L’éditorial
Un immense gâchis et un peu d’espoir
Par Pierre Ruetschi. Mis à jour le 28.02.2012 26 Commentaires
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En démissionnant, Mark Muller a pris une bonne et ultime décision. Sa position était devenue intenable et se révélait sans issue. Ni le Conseil d’Etat, qui a exigé à juste titre un supplément d’explications sur l’accord intervenu avec le barman, ni le PLR, dangereusement à la dérive, ne pouvaient continuer de travailler avec le magistrat. Sa crédibilité s’était évanouie, la confiance était rompue.
Jamais dans le passé un conseiller d’Etat ne fut contraint à la démission pour semblables raisons. Mark Muller a écrit hier un petit morceau d’histoire locale dont les Genevois se seraient bien passés. Il aurait pu échapper à ce lamentable destin s’il avait tout de suite, dès le 1er janvier, tenté de régler cette affaire cartes sur table avec le barman. Et s’il avait reconnu d’emblée tous les faits, sans louvoyer ni mentir. Au lieu de cela, Mark Muller s’est égaré dans le mensonge et les manœuvres dilatoires qui lui furent fatals. Là où il aurait dû réagir en homme et en politique, il a riposté en juriste, usant d’arguties byzantines, et avec l’endurance du coureur de fond, pariant que la douleur finirait par passer en même temps que l’affaire. En dépit d’un certain courage et d’une remarquable capacité de résistance, Mark Muller s’enfonçait un peu plus à chacun de ses mouvements. Le déni l’a tué. A aucun moment, y compris hier, il ne s’est remis en question.
Il invoque une sorte de complot ourdi contre lui, tandis que d’autres dénoncent le lynchage médiatique. C’est de bonne guerre. Il est vrai que son Département des constructions est une machine à se faire des ennemis, que les libéraux se distinguent par leurs mœurs fratricides et que le MCG a joué les boutefeux. Mais d’autres magistrats à Genève et ailleurs sont également exposés à la vindicte, voire à la trahison, qui sont trop souvent le propre du politique.
Le problème n’est donc pas là. L’affaire du MàD ne représente que la goutte d’eau qui a fait déborder le verre déjà rempli de deux précédentes affaires et d’un bilan tout sauf brillant à la tête du Département des constructions.
Ces dernières semaines, il n’y avait plus rien ni personne pour le sauver du piège qu’il s’est construit lui-même. Le PLR, ultime soutien possible, a rompu les amarres, craignant d’être entraîné par le fond avec son élu.
Et maintenant? A peine le départ de Muller annoncé que les candidats de tous bords se sont précipités sur le devant de la scène. Les premiers échanges d’une campagne express ne manquent pas d’inquiéter, comme si les acteurs du drame n’avaient pas encore compris que l’heure est à la reconstruction et non pas aux règlements de comptes.
Car cette crise présente aussi des opportunités. Encore faut-il les saisir. Ainsi, le Conseil d’Etat aura l’occasion unique de redécouper et redistribuer les départements, non pas en fonction des ego et des convenances de ses membres mais bien des nécessités du bon fonctionnement du gouvernement.
Vital, car les sept n’auront même pas deux ans pour remettre Genève sur la bonne voie et (commencer à) sortir le canton de ses multiples crises. La tâche sera immense, car le départ de Mark Muller ne va pas faire émerger miraculeusement de nouvelles habitations. Au contraire, cette période de transition gérée dans l’urgence promet d’être complexe, voire chaotique.
Au-delà des batailles passées, le dénouement de cette affaire constitue un énorme gâchis. Pour l’homme d’abord qui, convient-il de le rappeler, n’est pas un bandit de grand chemin; pour nos institutions considérablement affaiblies; pour Genève, enfin, dont la réputation n’en finit plus de se ternir.
En six mois, Genève a vécu ce qu’aucun autre canton, à l’exception de Neuchâtel peut-être, peut imaginer traverser en un siècle: deux démissions sous pression aux plus hautes charges de l’Etat, soit celle de procureur général et de conseiller d’Etat. Arrosez le tout d’un verre d’eau lancé au Parlement, et c’est l’ensemble de la classe politique qui se retrouve mouillée.
La culture de la confrontation et de la polémique a entraîné Parlement et autorités dans une spirale de la surenchère. Au point que la traditionnelle R’vue censée brocarder les élus semblent bien sage en regard de la réalité.
Un régal également pour les «amis» du reste de la Suisse qui regardent, sourire en coin, Genève l’internationale, confortés dans le cliché d’un canton en voie de délitement. Caricatural? Certainement. Mais il reste ce fond de vérité, tenace.
Le nouveau Conseil d’Etat devra prouver qu’il peut mieux faire face aux lourds défis d’une Cité en pleine crise de croissance. S’il y parvient, alors l’affaire Muller aura, sur un point au moins, servi les intérêts du canton. (TDG)
Créé: 28.02.2012, 07h02
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26 Commentaires
Tant que les bons bosseront dans le privé, les mauvais dans le public et les nuls en politique, ça va pas s'améliorer... Répondre
Il parait que ce boxeur d'occase va toucher 437'000,--francs pour sont départ? Braves genevois de vaches à lait, on se fiche de vous! 437'000 balles pour casser la figure à un barman, c'est pas mal, surtout sur le dos des contribuables? Répondre
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