Un double péage est suggéré pour la traversée du lac

EtudeCouplé à un droit de franchissement, un péage urbain réduirait les risques économiques de l’ouvrage, juge un rapport d’experts.

Le péage urbain réduirait les risques pesant sur la rentabilité d'une traversée du lac.

Le péage urbain réduirait les risques pesant sur la rentabilité d'une traversée du lac. Image: Laurent Guiraud

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Pour financer la traversée du lac, il faudra peut-être faire payer ses usagers, mais aussi prévoir en parallèle un éventuel péage urbain. C’est l’une des pistes qui ressort d’un gros rapport rendu au Conseil d’Etat. Ce document analyse la «mise en œuvre éventuelle d’un péage routier et d’un financement sous forme de partenariat public-privé (PPP)» et se veut une «étude préliminaire des conditions juridiques et économiques». L’analyse paraît alors que les citoyens genevois devront se prononcer cette année sur une initiative qui inscrirait dans la Constitution cantonale, non pas un projet précis, mais le principe d’une traversée du lac pour boucler le périphérique autoroutier et moyennant le possible recours à un PPP.

Il est encore trop tôt pour se déterminer sur l’option d’un recours au secteur privé, estime le rapport. La décision ne peut se prendre qu’à un stade très avancé de la préparation du chantier, afin d’en connaître tous les paramètres. Mais, si l’option devait être prise, les experts recommandent de responsabiliser au maximum l’investisseur privé et de décharger au maximum l’Etat du risque de trafic, c’est-à-dire de l’éventualité qu’une affluence inférieure aux prévisions sur l’ouvrage vienne menacer sa rentabilité.

Responsabiliser le privé

Des partenariats avec le secteur privé existent, où ce dernier est entièrement abrité de ce risque: c’est le cas lorsque l’investisseur se renfloue, non pas avec un péage prélevé sur les usagers, mais grâce à un loyer fixe versé par l’Etat, financé par l’impôt. Or, à en croire les auteurs du rapport, les PPP assortis d’un péage «transfèrent une grande partie du risque de trafic et de revenu au privé». Ainsi, ils «constituent un financement plus stable et durable» et «sont susceptibles de responsabiliser le partenaire privé de manière optimale».

Que vient faire le péage urbain dans cette affaire? Il réduirait les risques pesant sur la rentabilité d’une traversée du lac, soumise elle-même à un droit de passage, relèvent les auteurs. Un tel dispositif «pourrait contribuer à limiter l’évasion de trafic sur le bouclement autoroutier» et «produirait une plus grande certitude sur le nombre d’usagers payant un péage sur le projet», rendant «la probabilité d’un projet rentable plus élevée». En clair, les automobilistes seraient moins tentés d’éviter le péage frappant la traversée du lac si l’itinéraire traditionnel reliant les rives par les ponts urbains, aujourd’hui exonérés, devait être lui aussi taxé. Vous ne voulez pas payer? Eh bien, vous paierez quand même!

Les contreparties de la taxe

Alors que la faible popularité des impôts et autres taxes est bien connue, la perspective d’un double péage n’apparaît-elle pas comme politiquement risquée? Nous avons sondé quelques élus.

«Ce n’est qu’une possibilité parmi d’autres et il est trop tôt pour l’examiner, estime le député PLR Daniel Zaugg, auteur de l’initiative pour la traversée du lac. Si l’option d’un PPP est retenue, il faut savoir qu’il en existe 32 types différents! L’idée du péage me rebute plutôt a priori, mais on ne peut pas juger sans savoir quelles sont les contreparties d’une taxe. Quel temps gagne-t-on sur un trajet? Quel est le gain pour la qualité de vie en ville?»

Favorable à la traversée, l’UDC Patrick Lussi grimace quand on lui parle de péage: «Les usagers de la route sont déjà surtaxés et essorés, se plaint-il. Notre préférence irait à un PPP dans lequel le privé financerait l’infrastructure et serait rétribué avec un loyer fixe payé par l’Etat, puisé dans les fonds actuels. Et cela, sans nouvelle taxe: l’UDC s’y opposerait!»

Traversée «insensée»

Et à gauche? Le socialiste Thomas Wenger est un promoteur du péage urbain, mais un opposant à la traversée: «Dans notre esprit, le péage urbain n’est qu’une pièce d’un puzzle et ses recettes doivent financer le développement des transports publics, argue-t-il. Le péage sur la traversée risque d’inciter l’Etat à promouvoir l’usage de l’automobile, pour financer l’ouvrage. Le gros du trafic genevois a le centre-ville pour origine ou destination: cela restera vrai pour les gens qui emprunteront une éventuelle traversée, qu’il y ait un péage urbain ou non!»

Encore plus à gauche, Rémy Pagani combat tant la traversée que le péage urbain, qu’il juge antisocial: «Et cela le devient encore davantage avec ce scénario, où soit on prend de l’argent aux gens s’ils veulent entrer en ville, soit on leur en prend s’ils veulent la contourner, résume le magistrat d’Ensemble à Gauche en Ville de Genève. C’est dire si cette traversée est insensée: il faudrait forcer les gens à l’emprunter en verrouillant le centre. Le génie humain ne cesse de me surprendre!» (TDG)

(Créé: 08.01.2016, 17h47)

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Une expertise touffue

Long de près de 200 pages, le rapport, publié le 14 octobre, ne se résume pas à l’idée d’un double péage, évoqué comme simple piste de réflexion. Il inclut d’autres enseignements.

Par exemple, le texte décrit les conditions juridiques encadrant les deux types de péage. Si les péages «d’ouvrage» sont en principe interdits en Suisse, ils peuvent être autorisés moyennant une dérogation votée par le parlement fédéral, comme cela a été fait pour le tunnel du Grand-Saint-Bernard. Il faut démontrer que le chantier serait difficile voire impossible à financer autrement, qu’il offrirait un net avantage et qu’il serait prêt à être mené. Le cadre diffère pour un péage urbain, appliqué non pas à un ouvrage nouveau, mais à une zone urbaine. Il nécessiterait une modification constitutionnelle ou une loi l’autorisant de façon expérimentale et provisoire.

Le rapport souligne les grandes incertitudes qui obèrent encore le projet. Il juge nécessaire de pouvoir tabler sur des projections de trafic allant au-delà de 2030, date à laquelle l’Etat espère mettre en service l’ouvrage. Faut-il franchir le lac avec un pont ou un tunnel? Sans trancher, les experts estiment qu’un pont limiterait les risques.

Illustration de cette incertitude, une grille jauge la viabilité économique d’un PPP avec péage selon différents scénarios, optimistes et pessimistes, sur 30?ans ou 50?ans, avec un pont ou un tunnel, incluant 4 ou 6 voies de circulation. Les résultats vont d’un déficit de 6,4 milliards de francs à un bénéfice frôlant les 13,8 milliards. Et d’asséner: «L’évaluation préliminaire du résultat financier intégrant des risques réalistes au regard des incertitudes existantes ne permet pas de conclure à la viabilité d’un financement en PPP.»

Et que se passe-t-il si on refuse de réaliser la traversée du lac? L’étude invite à chiffrer le coût de l’inaction, car les bouchons urbains ne sont pas indolores pour l’économie. Les auteurs avancent des chiffres: une non-réalisation pourrait coûter de 3,8 à 6,3 milliards de francs sur 30?ans, 10,5 milliards sur un demi-siècle.

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