Trois milliards pour la Genève internationale

InvestissementsD’énormes chantiers vont redonner une deuxième vie au secteur. Objectif: pérenniser la présence des agences onusiennes et désenclaver le quartier.

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La liste donne le tournis, les montants engagés le vertige. Près de 3 milliards de francs vont être investis ces prochaines années dans une quinzaine de chantiers, dispersés autour du Palais des Nations. Cette activité hors du commun va permettre au quartier international de faire peau neuve. Le secteur ne sera pas seulement rénové et agrandi. Des équipements culturels, des écoles, des logements et des infrastructures de transport vont contribuer à le désenclaver. Et, pourquoi pas, à rapprocher les internationaux des locaux.

«Ces cinq prochaines années, nous allons investir davantage que tout ce que nous avons fait ces cinquante dernières années, souligne François Longchamp, président du Conseil d’Etat et en charge de la Genève internationale. Après le fort développement des années 60-70, c’est un nouveau moment charnière.»

Les principales dépenses vont être consacrées à la rénovation et l’extension des grands paquebots onusiens. Rien que le chantier du Palais des Nations, qui débute ce printemps, est devisé à 837 millions de francs. Le bâtiment phare du BIT (travail) va engloutir 300 millions de francs, le siège de l’OMS (santé) 140 millions. L’UIT (télécommunications) va s’offrir un nouvel édifice pour 150 millions.

«La FICR est très progressiste en termes d’intégration. (…) Elle ouvre ses portes aux associations du quartier et collabore avec l’EMS voisin. C’est un modèle du genre»

En tout, les organisations internationales vont investir 1,5 milliard de francs, auxquels s’ajoutent 600 millions pour le CERN. Avec les autres projets, financés par des privés, ainsi que la construction du tram et de la route des Nations (170 millions chacun), ce sont 3 milliards de francs qui seront injectés ces huit prochaines années. Pour l’heure, le Canton de Genève a consenti des prêts à hauteur de 89 millions de francs, la Ville a, elle, accordé un prêt de 20 millions.

Répondre à la menace de l’exode

Genève revient de loin. Longtemps, la menace a plané d’un exode des organisations onusiennes, autant attirées par d’autres villes que chassées par le franc fort. Mais la Suisse a réagi. En 2013, la Confédération et le Canton élaborent une stratégie «pour renforcer et pérenniser la Genève internationale». Berne reconnaît en elle une «plate-forme de première importance pour la politique extérieure suisse», qui confère au pays «un poids politique nettement supérieur à sa taille».

La principale mesure consiste à soutenir les organisations dans leur besoin urgent de rénover et d’agrandir les bâtiments, par le biais de prêts et de mise à disposition de terrains. Ainsi, Berne, le Canton et la Ville de Genève ont consenti des prêts de 400 millions de francs pour le Palais des Nations. En tout, le pays y consacrera près de 800 millions. La Suisse a aussi renforcé (et assaini) la Fipoi, la structure qui assiste les organisations dans ces chantiers et par laquelle transitent les prêts. Enfin, un volet plus qualitatif doit contribuer à favoriser les synergies parmi la myriade d’organisations étatiques ou non gouvernementales.

Ces efforts permettent d’assurer l’ancrage du système onusien. Mais un autre enjeu attend Genève: vitaliser le quartier des Nations, sinistre dès la nuit tombée, et rapprocher la Genève internationale de la cité, ces deux mondes qui se dévisagent dans une indifférence tranquille depuis un demi-siècle. Pour cela, l’arrivée de la Cité de la musique tombe à pic. «C’est la cerise sur le gâteau», commente François Longchamp.

Le projet, devisé à plus de 250 millions et financés par des privés, est ambitieux. Prévu aux abords de la place des Nations, il vise non seulement à créer une grande salle de concert philharmonique de 1700 places, mais aussi à accueillir la Haute Ecole de musique (HEM) et l’Orchestre de la Suisse romande. Un concours d’architecte vient d’être lancé.

Un emblème pour la musique

«Nous voulons réaliser un bâtiment emblématique», annonce l’avocat Bruno Mégevand, président de la fondation constituée pour ce projet. Ce lieu, en drainant les mélomanes et les étudiants de la HEM, devrait animer le quartier. «On nous le demande et nous comptons bien y contribuer», assure l’avocat. De grands restaurants sont prévus, ainsi que des commerces. La Cité de la musique remplacera le projet dit des Feuillantines, qui prévoyait la réalisation d’une tour sans destination définie.

Toujours sur la place, la réalisation d’un bâtiment pour accueillir les visiteurs du palais est aussi à l’étude. Porté par le banquier Ivan Pictet, ce projet se veut un portail d’entrée dans l’univers onusien. Il offrira information aux touristes, boutiques et expositions thématiques. Et pourquoi pas l’occasion pour les touristes d’acheter une carte postale, chose toujours impossible aujourd’hui. Le projet est soutenu par le Conseil d’Etat.

Pour finir d’apporter de la mixité à l’ensemble, l’Hospice général a le projet de réaliser, en contrebas de la place, un foyer pour 370 migrants, prenant la forme de deux bâtiments en bois. Il fait pour l’heure l’objet d’un recours.

Un autre foyer d’animation devrait surgir, plus haut le long de la route de Ferney, en contrebas de la route des Morillons. L’Institut des hautes études internationales (IHEID) compte réaliser une résidence pour étudiants. Près de 700 lits sont prévus. Le complexe doit aussi accueillir le siège suisse de Médecin sans frontières ainsi que 80 logements pour des internationaux. Trois concours d’architecture sont en cours.

Modèle d’ouverture

Enfin, il faut relever l’ouverture dont fait preuve la Fédération internationale de la Croix-Rouge et qui s’inscrira dans son futur bâtiment, à l’ouest du village du Petit-Saconnex. Sa cafétéria et son parc y seront ouverts au public. «La FICR est très progressiste en termes d’intégration dans le quartier, souligne Michael Meier, chargé de la Genève internationale au Département cantonal présidentiel. Elle ouvre ses portes aux associations du quartier et collabore avec l’EMS voisin. C’est un modèle du genre.» La cérémonie de la première pierre aura lieu début mai. Suivra celle du Palais des Nations, sans doute l’un des plus grands chantiers de ces prochaines années.


«La présence des organisations est assurée»

Inquiet, il y a dix ans, d’un exode des organisations internationales, Genève peut être désormais rassuré. «Les efforts consentis, notamment dans la rénovation des bâtiments, ont porté leurs fruits, estime François Longchamp, président du Conseil d’Etat. La présence des organisations est assurée pour une ou deux générations. Nous avions encore des craintes de voir partir l’UIT, mais elle a finalement décidé de rester malgré le pont d’or qu’un pays du Golfe lui proposait.»

Aujourd’hui, la présence de la Genève internationale n’a jamais été aussi forte, si l’on examine les chiffres de l’Office cantonal de la statistique. Le nombre de fonctionnaires internationaux continue de croître. On en comptait 24 500 en 2016, soit 3000 de plus que cinq ans plus tôt. Le nombre d’organisations internationales est passé lui de 29 à 33 en quelques années. Les organisations non gouvernementales (ONG) se multiplient aussi. Elles sont 178 en 2016.

«La progression est nette depuis trois ans, se réjouit François Longchamp. Rien qu’en 2016, une trentaine d’ONG sont arrivées.» Genève bénéficie d’un cercle vertueux. «Le réseau appelle le réseau. Le maillage est telle qu’une organisation humanitaire ou diplomatique ne peut plus ne pas être présente à Genève. Et nous avons renforcé notre soutien aux petits pays.» Il est vrai que certaines agences ont déplacé une partie de leurs activités à l’étranger. Mais cela a surtout concerné les fonctions de support, comme l’informatique.

Pour le magistrat, «tous les signaux sont nettement favorables». Certes, le président américain Donald Trump a menacé de couper les vivres du système onusien. «Mais le président chinois Xi Jinping est venu spécialement à Genève en février pour assurer de son soutien au multilatéralisme. Et pour dire que la Chine se substituerait aux Etats-Unis si ceux-ci venaient à se retirer.»

Le magistrat loue par ailleurs l’attitude de Michael Møeller, directeur général des Nations Unies à Genève. «Il tient à ouvrir son organisation vis-à-vis de la ville hôte et à créer des liens. Il a tout de suite autorisé un entraînement de la Course de l’Escalade dans le parc du palais, chose qui aurait été sans doute inimaginable avec ses prédécesseurs.» C.B.


Genève a préparé le terrain

La mue du secteur international se prépare depuis une douzaine d’années. En 2005, le Canton a adopté un plan directeur de quartier, dans le but d’en organiser le développement. Cette image, appelée Jardin des Nations, prévoyait une ribambelle de tours le long de la route de Ferney, avant que d’autres choix architecturaux ne soient faits. Ce plan structure notamment le réseau de mobilité douce, qui tente de se frayer un passage au milieu des différentes promotions.

En 2013, le statut du secteur a été mis en zone 3 de développement, prioritairement destiné aux organisations internationales. Ce toilettage a permis d’introduire des affectations différentes, comme le logement ou la culture, et a fourni le cadre légal pour libérer des terrains et les valoriser. Par exemple à la Cité internationale. Le terrain appartenait à l’Etat qui l’avait mis en droit de superficie au BIT, sans que ce dernier ne l’utilise. L’Etat a alors cédé la moitié de la parcelle au BIT qui l’a revendue à un mécène, afin qu’il le mette à disposition de l’IHEID pour la résidence étudiants. Le produit de la vente permet au BIT de financer en partie sa rénovation. Puis l’Etat a repris la jouissance de l’autre moitié du terrain pour le remettre en droit de superficie à Médecins sans frontières et Terra Casa, une fondation pour le logement.

Autre exemple avec le Centre œcuménique des églises. Ce dernier va démolir la plupart de ses bâtiments afin de réaliser six immeubles de bureaux et de logements ainsi qu’une résidence hôtelière. Cette opération, qui va multiplier par quatre la densité de son terrain, lui permettra de financer la rénovation de son bâtiment central, jugé patrimonial, et de lui assurer des revenus pour rester à Genève. C.B. (TDG)

Créé: 12.04.2017, 22h03

L’essentiel

Réalisations
Près de trois milliards de francs vont être investis ces prochaines années dans une quinzaine de chantiers dispersés autour du Palais des Nations.

Coopération
La Confédération, le Canton et la Ville de Genève ont coordonné leurs efforts avec succès.

Interview
Pour François Longchamp, président du Conseil d’Etat, la présence des organisations est assurée pour une ou deux générations.

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