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Champ-Dollon

Travail en prison: Genève veut éviter les dérapages zurichois

Par Sophie Roselli. Mis à jour le 15.08.2012 10 Commentaires

Des prisonniers zurichois ont eu accès à des adresses privées dans le cadre de leur travail exécuté pour la Migros.

Image: Michel Perret (Archives)

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Payé 33 francs par jour au maximum

Un détenu reçoit pour son travail un montant maximal de 33 fr. par jour, duquel on déduit 8 fr. au titre des prestations fournies par la prison (logement, repas, etc.). Il dispose librement de 65% de son salaire net, alors que 15% sont bloqués pour sa libération. Une part de 20% est réservée au paiement des indemnités aux victimes, des cotisations AVS/AI, des frais de santé. Il dispose d’un jour de congé minimum par semaine. Telles sont les règles édictées par la Conférence latine des chefs des départements de justice et police. Quel salaire est versé aux prisonniers employés par certains fournisseurs de Migros? La coopérative ne le sait pas. En revanche, elle paie tous ses sous-traitants «selon le prix du marché». «Nous établissons un contrat avec ces entreprises. Puis, libre à elles de sous-traiter ou non leur travail, explique Martina Bosshard, porte-parole de Migros. A condition bien sûr qu’elles respectent nos exigences.» Le groupe de distribution n’est donc pas en mesure de nous livrer une liste des entreprises sous-traitantes qui font appel à des détenus. J.B./S.R.

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Comment expliquer que des détenus accèdent à des données personnelles dans le cadre de travaux qui leurs sont confiés? Plusieurs clients de Migros ont en effet reçu une lettre d’un prisonnier zurichois glissée lors de la mise sous pli d’un courrier publicitaire, révélait hier la Tribune de Genève. A Champ-Dollon, plusieurs personnes en détention provisoire ou condamnées travaillent derrière les barreaux. Comment s’assurer qu’elles n’ont pas accès à des données privées?

«En principe, l’adresse n’est pas considérée comme une donnée sensible par la loi. C’est une donnée personnelle que l’on peut souvent trouver dans l’annuaire», indique Francis Meier, collaborateur scientifique au préposé fédéral à la protection des données. Toutefois, il observe que «l’accès des détenus à cette information et celles liées au programme Cumulus n’est pas sans risque». «Bien sûr, plus les données sont confidentielles, plus des mesures de contrôles doivent être mises en place par l’entreprise elle-même. Celle-ci doit veiller à transmettre uniquement les éléments nécessaires pour remplir une tâche.»

Champ-Dollon peu sollicité

«La mise sous pli est un travail fréquemment confié aux détenus», observe pour sa part Blaise Péquignot, secrétaire général de la Conférence latine des chefs des départements de justice et police. Le risque de voir utiliser des données personnelles n’est pas plus grand avec des détenus, selon lui. «Toute personne qui doit manipuler des données a un devoir de réserve. Il revient au directeur de l’établissement de déterminer quel détenu peut réaliser quel travail, en fonction de ses qualifications et du risque que cela implique.»

Dans l’établissement genevois de Champ-Dollon, en surpopulation chronique, on évite de prendre des mandats sensibles. «Nous n’avons jamais reçu de demande pour mettre sous pli des courriers comportant des adresses, réagit Constantin Franziskakis, directeur de la prison. Mais si c’était le cas, le collage des étiquettes ne serait pas donné aux détenus.» De toute façon, cette main-d’œuvre potentielle n’intéresse guère les entreprises. Sur les quatorze ateliers mis en place, comme la cuisine la buanderie, la peinture, etc., un seul, la reliure, reçoit ponctuellement des commandes de l’extérieur. «Certaines études d’avocats nous sollicitent pour relier la Semaine judiciaire ou nous achètent des boîtes d’archives; la centrale d’achat de l’Etat nous commande des objets comme des chemises en carton», cite-t-il en exemple.

Ce genre d’activités n’a concerné l’an passé que 36 détenus sur 174 places de travail, alors que le site compte plus de 600 «pensionnaires». Salaire net pour ces employés: 16 francs par jour (lire ci-contre ).

Tout le monde gagnant

Le cadre légal est clair, rappelle Sandra Imhof, responsable du secrétariat de la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT): «Les prisonniers en exécution de peine ont l’obligation de travailler. Dans ce sens, les établissements pénitentiaires s’efforcent de leur trouver du travail, mais il n’y en a pas assez. Les détenus sont souvent désœuvrés.»

Pour les entreprises, il s’agit d’une main-d’œuvre bon marché et très concurrentielle… Peut-être, rétorque Sandra Imhof, mais c’est une solution gagnante pour tout le monde. «Il faut voir surtout les avantages pour les détenus. Il n’y a rien de mieux que la resocialisation par le travail. Le jour où ils ressortent, ils sont mieux préparés à la vie quotidienne.» La loi et une réglementation encadrent le travail rémunéré en prison. Il revient au centre pénitentiaire de veiller à l’application du contrat qui lui est confié.

(TDG)

Créé: 15.08.2012, 08h01

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10 Commentaires

Cédric Lustenberger

15.08.2012, 12:26 Heures
Signaler un abus 8 Recommandation 0

Je ne comprends toujours pas pourquoi les détenus ne sont pas astreints à des travaux d'utilité publique afin de rembourser, du moins partiellement, leurs frais d'incarcération. Répondre


Frédéric Bastiat

15.08.2012, 09:10 Heures
Signaler un abus 5 Recommandation 0

Mais pourquoi personne ne trouve rien à redire qu'on fasse travailler des prisonniers (donc sous le contrôle de l'état) pour des entreprises privées? Qu'ils exercent une activité en vue de leur réinsertion absolument oui, mais que des entreprises privées bénéficient de cette main d'oeuvre pour se fournir en matériel ou pour réaliser leurs propres activités à bon marché (16 francs par jour?), non. Répondre



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