Trams, télécabines et trains sillonneront le sud du canton

Mobilité L’Etat dévoile ses plans pour desservir les futurs quartiers des Cherpines et Bernex-Est.

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Comment desservir les futures villes que Genève veut faire pousser sur son flanc méridional? Le Département des transports prépare la mobilité des habitants et employés qui s’implanteront bientôt aux Cherpines (aux confins de Confignon et de Plan-les-Ouates, où la zone industrielle, la déjà importante ZIPLO, est appelée à grandir) et à Bernex-Est, en lisière du village actuel, sur les champs qui bordent la route de Chancy. Ces quartiers ont un fort potentiel: on parle de 3000 logements aux Cherpines et jusqu’à 5700 à Bernex. Pour raccorder ces cités du proche futur, l’Etat a un plan en trois temps. D’abord étendre le réseau de trams, ensuite développer une télécabine urbaine et par la suite bâtir un nouveau barreau ferroviaire (lire ci-dessous).

Les prolongations des lignes de tram 14 et 15 sont prévues de longue date. La 15 devrait relier les Palettes à la ZIPLO déjà en 2019, avant de poursuivre sa route vers Saint-Julien via Perly en 2023. Sur une partie de cette ligne, on envisage de tester un système d’alimentation électrique sans câble, avec une recharge rapide aux arrêts, comme elle est prévue sur le prototype TOSA, un trolley sans fil. La ligne 14, elle, devrait se prolonger du P+R Bernex jusqu’au bout du village, à Vailly, pour 2020. «Mais si la Commune ne démarre pas le nouveau quartier, on ne démarrera pas non plus», prévient le ministre Luc Barthassat. Vers 2023, la ligne 15 devrait croître à son autre extrémité, des Nations jusqu’au Grand-Saconnex.

Un tracé aérien

Vers 2025, on espère décoller. Avec une télécabine urbaine. L’idée mijotée depuis plusieurs années par le département a enfin trouvé un itinéraire jugé adéquat. Il s’agirait d’une ligne tangentielle, reliant entre elles des périphéries sans transiter par le centre, qui suivrait de plus ou moins près l’autoroute de contournement (où on ne peut pas faire circuler des bus, pour motif de sécurité), des Cherpines jusqu’au parking 47 de l’aéroport. C’est là que doit aboutir la seconde extension du tram 15 ainsi que le nouveau bus chargé de desservir le Pays de Gex. Au passage, on s’arrêterait à Bernex, Loëx, Blandonnet et au terminal aéroportuaire. Le trajet de quelque trente minutes offrirait de nombreuses correspondances: on croiserait deux fois le tram 15, deux fois le tram 14 et on jouxterait les gares CFF de Cointrin et de Vernier. Coût du projet: environ 90 millions de francs.

Les atouts du câble

Pourquoi une télécabine? Des Alpes, cet outil s’est exporté vers les cités du Sud, alléchées par son coût modique. Grâce à d’autres atouts, il conquiert aussi les villes développées. Avec lui, on franchit facilement des obstacles comme le Rhône, sans devoir bâtir de routes. Chef des transports collectifs à la Direction générale des transports, Benoît Pavageau énumère ses compliments: «Elle offre une capacité égale à celle d’un tram et une vitesse plus grande, pour un coût de construction de trois à quatre fois moindre, assure-t-il. Eprouvée, sa technologie permet de braver à pleine vitesse un vent de 70 km/h, ou de 100 km/h à vitesse réduite. L’architecture des stations et des pylônes est désormais adaptée au contexte urbain.»

Les vues plongeantes sur les propriétés voisines sont un défaut reproché au transport par câble. «Mais on peut prévoir des caches qui empêcheraient de regarder en dessous», argue l’expert. Le tracé choisi évite les zones habitées. A l’inverse de celui, abandonné, entre Carouge et Veyrier, auquel on prêtait l’an dernier un bénéfice touristique en lien avec le téléphérique du Salève. Le nouveau projet ne pourra s’en targuer. Même si le survol du Rhône pourrait faire rêver.


Le rail aux Cherpines et à Bernex

Les projets ferroviaires mijotent longtemps. Genève prépare sa liste de vœux, à déposer à Berne en 2019, pour les chantiers qui seront lancés de 2030 à 2035. Le Canton a mis sur la table toutes les idées de desserte ferroviaire émises dans le débat public et les développements urbains prévus ces prochaines décennies. La réponse est tombée: les gros besoins se situent sur la Rive droite et dans le sud du canton.

Genève demandera donc la réalisation, imaginée dès 2012, d’une «raquette ferroviaire», une ligne à 2 milliards qui, de Cornavin, rallierait en sous-sol les Nations, l’aéroport, Meyrin, et aurait pour terminus la Zimeysa, où on transborderait sur la ligne de La Plaine.

L’autre idée est nouvelle. Elle anticipe l’essor des nouveaux quartiers du sud du canton: un tronçon à 600 millions qui, de la gare CEVA de Lancy-Pont-Rouge, gagnerait les Cherpines et Bernex. Pourquoi ne pas rallier la ligne SNCF à Saint-Julien, comme on le projetait avec la ligne dite du «Barreau Sud»? «La ligne du pied du Salève est à voie unique et ce projet n’aurait de sens que si la France projetait une liaison directe entre Annecy et Genève par Saint-Julien, où se rendra déjà le tram», répond Benoît Pavageau. D’autres projets patienteront. Un lien entre Satigny et la vieille ligne du Pays de Gex? «Ce serait un coût très important pour pouvoir se raccorder sur une voie ferrée située au-delà de la zone dense de Saint-Genis», réplique-t-il.

Sur cette base, le Canton imagine l’offre réalisable au milieu du siècle. Avec un départ toutes les 15 minutes, des lignes RER relieraient la Zimeysa à Annemasse, d’une part, et Bernex, d’autre part. La même cadence serait offerte entre Coppet et La Plaine. En ajoutant les trains prévus entre Nyon et Annemasse, le tronçon CEVA serait bien rentabilisé: 10 trains par heure et par sens. Des départs toutes les 7 minutes seraient proposés entre Cornavin et Cointrin.

(TDG)

Créé: 27.06.2016, 19h57

Luc Barthassat: «Tout est bien pensé pour l’avenir»

Luc Barthassat, conseiller d’Etat chargé des Transports, explique sa vision des transports publics.

Ne craignez-vous pas des recours contre une télécabine qui survolerait des habitations?

Non. A part quelques maisons, nous avons pris soin d’emprunter des zones qui ne sont pas habitables. Nos sondages et ce qu’on lit sur les réseaux sociaux montrent un fort engouement pour le transport par câble, qui a aussi fait l’objet de motions à Genève dans plusieurs conseils municipaux.

Est-ce pour laisser les routes aux scooters que vous placez les transports publics en l’air?

Non. Cela évite, dans des zones qui restent assez agricoles, de construire des routes qui coûtent horriblement cher et apportent des nuisances. On est gagnant car on transporte autant de monde que dans un tram pour un prix de construction bien moins cher. Sur un tel tracé, il est inutile de s’arrêter tous les 300?mètres: il s’agit de relier une série de pôles qui sont appelés à devenir très importants et qui généreront des flux de déplacement. On innove tout en bénéficiant des expériences déjà réalisées non seulement en montagne, mais aussi dans des villes de plusieurs continents.

Après le CEVA et l’extension de Cornavin, ne repousse-t-on pas les autres projets ferroviaires aux calendes grecques?

Pas du tout. Il y a trois temps: tout de suite, demain et après-demain. Depuis le début de la législature, je demande à mes services d’offrir une vision globale dans le temps. C’est ce même principe qui régit la nouvelle Loi sur la mobilité ou la traversée du lac (ndlr: toutes deux votées par le peuple le 5 juin). Après le prolongement du tram 14 vers Bernex et du tram 15 vers la ZIPLO, il s’agit déjà de prévoir pour la suite de bons transports, y compris ferroviaires, afin de répondre aux densifications des quartiers des Cherpines et de Bernex pour lesquels on a grignoté de la zone agricole. Et avant cela, il faut accompagner l’arrivée du RER Léman Express, en travaillant avec les communes sur le nouveau plan directeur des transports collectifs 2019-2023. Avec le CEVA et l’agrandissement de la gare Cornavin, on rattrape le temps perdu. Le Léman Express, ce sont 230 kilomètres de lignes, 54 gares et il faudra s’adapter autour de ce réseau. On planifie déjà la raquette ferroviaire et une extension de Lancy-Pont-Rouge vers Bernex en vue de faire inscrire ces objets dans la future planification 2035 de la Confédération, car on ne peut pas tout faire en même temps. Tous ces projets représentent énormément d’argent et si on en tire le bilan, on voit qu’il y en a pour tous les modes de transport, du train, du tram, du transport par câble et aussi de la route pour le trafic motorisé et la mobilité douce. Tout est bien pensé pour les 20 ou 30?ans à venir.

Berne a une compétence exclusive sur les chemins de fer. Comment la convaincre?

Depuis deux ans, on a renforcé nos contacts avec Berne et notre coopération avec Vaud et la France. Genève doit à la fois rattraper le temps perdu et anticiper ses besoins pour l’avenir. Nous sommes un des pôles économiques les plus importants du pays, il convient de le rester et c’est à Berne que tout se joue.

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