Ruée sur les Rues-Basses: les loyers sont au top!

CommerceLa reprise du restaurant Le Baroque par Zara illustre l’évolution de l’hyper-centre. La demande des grandes enseignes fait grimper les prix, qui deviennent hors de portée pour les échoppes.

Les rues longées par le tram offrent des loyers inférieurs à ceux de la prestigieuse rue du Rhône et les prix baissent à mesure qu’on s’éloigne du Molard.

Les rues longées par le tram offrent des loyers inférieurs à ceux de la prestigieuse rue du Rhône et les prix baissent à mesure qu’on s’éloigne du Molard. Image: Georges Cabrera

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«Des offres de reprise? J’en ai au moins deux fois par mois. Mais mon commerce n’est pas à remettre.» La ruée sur les arcades des Rues-Basses, Maurice Mathys connaît. Son magasin, rue du Port, jouxte l’arcade de Gucci sur la rue du Rhône. Un lieu très recherché. Ici, c’est le haut lieu du luxe et le moindre mètre carré se négocie à prix d’or. Mais le patron de Rasora, spécialiste du rasage, tient bon. Certes, il subit la concurrence d’internet. «J’ai vu un rasoir électrique qui s’y vendait moins cher que le prix que mon fournisseur me fait.» Mais sur les blaireaux, les rasoirs manuels et les lames, il est imbattable. «Par chance, le rasage à l’ancienne revient à la mode et mon arcade n’est pas trop chère.»

Un marché de niche et un loyer correct. Voilà ce qui permet à certains petits commerces de tenir. Mais dans l’hyper-centre, la hausse des loyers pousse au grand chambardement. La semaine dernière, on apprenait que Zara reprenait le restaurant Le Baroque pour étendre ses surfaces. Aujourd’hui, la marque espagnole de vêtements s’étire sur la moitié de la place du Molard. Le groupe dont elle fait partie, Inditex, poursuit son extension. Zara Home s’est installée dans les locaux occupés par Vögele, qui faisait face à une hausse de loyer. Massimo Dutti a repris l’arcade laissée par Payot et Bershka s’est installé juste en face.

Envolée des prix

D’autres changements sont en cours. Interdiscount, qui occupait cinq étages en face de la place du Molard, se contente désormais d’un petit rez-de-chaussée. H&M reprendra une partie des surfaces. Les propriétaires de Confédération Centre ont annoncé il y a deux ans la rénovation complète du complexe. Enfin, Photo-Hall, un commerce historique à la rue de la Confédération, a fermé ses portes.

Ces dernières années, les loyers se sont envolés en raison d’une demande de plus en plus forte. «Les marques veulent maîtriser toute la chaîne de production, de la fabrication à la vente, explique Fabio Melcarne, spécialiste en courtage. Elles cherchent donc des arcades. Et pour le luxe, elles veulent absolument une adresse à la rue du Rhône.» Longtemps confiné dans la partie nord de cette artère, le haut de gamme s’est déployé en direction de Bel-Air, entraînant une hausse des loyers.

La rue du Rhône est de loin la plus chère. «Le secteur entre le Molard et l’Hôtel Métropole se loue entre 8000 et 10 000 francs le mètre carré par année», note le courtier. Ces prix valent pour les rez-de-chaussée, les étages étant moins chers. «Une partie du loyer entre dans les frais de marketing, ce qu’un petit commerçant ne peut évidemment pas faire.» Olivier Nimis, directeur de Remicon, va même plus loin. «J’ai installé des marques qui perdent de l’argent à la rue du Rhône. Mais l’essentiel est d’y être.»

Les rues longées par le tram offrent des loyers un cran en dessous. «Près du Molard, les arcades se louent à 5000 francs le mètre carré par année. Puis les prix redescendent en direction de Rive et de Bel-Air», poursuit Fabio Melcarne.

Après avoir beaucoup augmenté, les loyers se stabilisent, malgré une demande qui reste vive. «On constate même une légère baisse depuis dix-huit mois, note Hervé Froidevaux de Wüest & Partner. De nouvelles surfaces ont élargi l’offre et même les grandes enseignes se montrent plus prudentes.»

A ces tarifs, le petit commerce local ne peut pas régater. «Mais ce n’est pas nouveau, note Olivier Nimis. Ce n’est d’ailleurs pas plus mal. Près des grandes enseignes, le client se balade dans les rayons, déballe tout et achète peu. Si vous êtes à l’écart, on viendra chez vous pour acheter.» Le directeur de Remicom fait donc la promotion des rues annexes. «On y trouve encore des arcades abordables et de quoi créer une bonne dynamique.»

Perte de diversité

Les commerçants des Rues-Basses ont vécu une année morose. «Nous tentons désormais de nous fédérer pour mieux faire notre promotion», note Guillaume Beurgaud, gérant de Victorinox. Il est prévu d’ouvrir un site Internet afin de présenter l’offre commerciale de ce «rectangle d’or».

Un rectangle qui perd en diversité. Tous les centres-villes finissent par se ressembler à force d’afficher les mêmes marques. «Il est toujours bon d’avoir une bonne mixité, en termes de types de commerces et de prix, relève Isabelle Fatton, à la Fédération du commerce genevois. Mais cela ne se dicte pas.»

Cela dit, des petits commerces, on en trouve encore. Comme Molard-Jouets. Jean-Daniel Schneider tient ce commerce depuis… 1965. La concurrence d’internet? «Si vous cherchez un avion télécommandé, vous en trouverez 500 sur le net. Mais vous ne saurez pas lequel choisir.» Il vient d’engager un apprenti, et il irradie sa petite boutique d’une bonhomie rafraîchissante. Les affaires? «Je suis toujours vivant et j’ai reconduit mon bail de dix ans. L’essentiel, c’est d’être joyeux tous les jours. Sinon, il vaut mieux arrêter.»

(TDG)

(Créé: 24.01.2016, 22h07)

Assurer la diversité

La perte de diversité des commerces, liée à la prédominance des grandes enseignes internationales, est souvent regrettée. Causée en partie par la hausse des loyers, elle est en général perçue comme une fatalité. La Ville de Genève dispose toutefois d’un règlement qui, depuis peu, assure le maintien des affectations. Un restaurant doit rester un restaurant, idem pour un cinéma. La Ville pourrait faire appliquer cette disposition dans le cas de la reprise, par Zara, du restaurant Le Baroque. Mais ce règlement présente un effet pervers, comme le relèvent certains courtiers. «Des propriétaires hésitent à accueillir un bar dans leurs locaux par crainte de figer leur affectation.»

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