Pourquoi la police livre la photo d’un braqueur

Appel à témoinFait exceptionnel à Genève, la police a choisi de diffuser le portrait d’un homme soupçonné d’avoir commis trois brigandages.

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Le braqueur a agi non masqué. Dommage pour lui. Sa photo tirée de caméras de surveillance a été diffusée ce vendredi par la police et la justice genevoises, par le biais des médias et Facebook. Une méthode rarement employée en Suisse romande. Explications.

La Brigade de répression du banditisme (BRB) a livré le signalement d’un homme «soupçonné d’être l’auteur de trois brigandages, avec usage d’une arme, ayant visé un palace et deux banques». A savoir l’Hôtel Kempinski, le 27 août dernier, UBS à Vernier, le 29 janvier, et la BCGE à Bernex, le 1er mars, selon nos sources. Dans ces deux établissements bancaires, il s’était fait passer pour un client, prenant rendez-vous avec un conseiller, avant de passer à l’acte. A chaque fois, il est reparti avec un butin.

Agé d’environ 35 ans, le suspect mesure près d’un mètre nonante, a le visage fin et allongé et s’exprime en français sans accent. Il pourrait avoir des attaches «en France, soit en Haute-Savoie ainsi que dans les régions parisienne et lyonnaise», précise la BRB dans son communiqué.

La doctrine ne change pas

La police genevoise lance rarement des appels à témoin accompagnés de clichés pour ce type de délits. Une méthode employée étonnamment pour la seconde fois en une semaine. Le 26 février, elle montrait en effet les silhouettes de deux hommes masqués entrant dans la Coop des Palettes avant de blesser par balle une employée et un client.

Assiste-t-on à un changement de doctrine en la matière? «Non, répond Monica Bonfanti, cheffe de la police. Si les enquêteurs pensent que la diffusion d’images peut donner des résultats positifs, ils peuvent utiliser cet outil», explique-t-elle. La transmission de la photo d’une personne clairement identifiable est plus rare. «Nous disposons souvent du descriptif d’un suspect qui permet de réaliser un portrait-robot. Dans ce cas-là, et c’est rare, le suspect a agi à visage découvert. En diffusant son image, nous augmentons nos chances de le retrouver.»

En 2013, la disparition inquiétante d’une sociothérapeute de La Pâquerette signalée par communiqué incluait son portrait et celui du détenu qu’elle accompagnait en sortie. En 2003, après les violentes manifestations du G8, la police avait livré des dizaines d’images de manifestants sur un site Internet. Une première à l’origine d’une vive polémique. Le procédé est pourtant banal en Suisse alémanique. Avec une certaine efficacité, selon Bâle-Ville, dans les cas de hooliganisme.

Autorisation du procureur

La pratique est cadrée. Il revient au procureur d’autoriser les enquêteurs à publier ou non des photos. Le porte-parole du Ministère public genevois, Henri Della Casa, rappelle que «ce recours à la diffusion de portraits d’un suspect est conforme au principe de la légalité, en vertu de l’article 211 du Code de procédure pénale et au principe de la proportionnalité, étant donné que l’individu recherché est suspecté d’avoir récidivé dans la commission de crimes graves».

Dans une recommandation de la Conférence des procureurs de Suisse adoptée en 2013, la participation du public aux recherches est justifiée ainsi: «Il faut qu’il existe un sérieux soupçon, que la ou les personnes recherchées aient été photographiées et que tous les moyens d’investigation et de recherche dont dispose la police soient épuisés.»

Toute information concernant le suspect peut être communiquée à la BRB au +41 22 427 73 80 ou à l’adresse: brb@police.ge.ch (TDG)

(Créé: 04.03.2016, 20h37)

Les malfrats utilisent des données sur Facebook

«Il ne s’agit pas d’une série noire.» Pour Monica Bonfanti, cheffe de la police, et Giovanni Martinelli, chef de la Brigade des vols et incendies, la vague de brigandages touchant Genève révèle une réalité contrastée, mais aussi des méthodes de malfrats jamais vues jusqu’ici.

«Contrairement à ce que l’on peut penser, le nombre de vols avec violence a baissé entre 2014 et 2015», avance Monica Bonfanti, réservant les chiffres pour la prochaine conférence de presse annuelle de la police. Il s’agit pour un tiers de hold-up visant les commerces et les banques. Le recul s’observe aussi sur les deux premiers mois de l’année, avec 35 brigandages tous confondus contre 45 durant la même période en 2015.

Si les chiffres s’améliorent, les méthodes inquiètent. «Ce qui frappe depuis ces dernières semaines, c’est le modus operandi: l’utilisation d’armes à feu, mais aussi de nouvelles manières d’agir», reconnaît Monica Bonfanti. Comme celle du braqueur dont la police a diffusé hier des photos. Dans les deux attaques de banques qui lui sont reprochées, il s’est fait passer pour un client, prenant rendez-vous avec un conseiller et agissant à visage découvert. Ce n’est pas tout. «Dans plusieurs cas ayant revêtu un caractère criminel, des malfrats ont utilisé des données personnelles trouvées sur des profils Facebook», indique Monica Bonfanti, sans en dire davantage. En clair, «vos amis Facebook peuvent diffuser des éléments vous concernant à des personnes malhonnêtes, sans le savoir», détaille Giovanni Martinelli, qui a animé l’an passé une vingtaine de conférences sur le thème de la prévention dans le milieu bancaire. Mieux vaut aussi éviter de livrer sa vie sur les réseaux sociaux, en inscrivant par exemple sa fonction et son employeur.

Autre conseil pratique: «Il faut varier les trajets pour aller au travail. Si vous remarquez quelque chose d’inhabituel, n’hésitez pas à le signaler à la police.» Les recommandations s’adressent à toute personne travaillant dans un lieu à risque. «Grâce à la vigilance d’un employé de banque, nous avons évité un cas il y a quelques années», signale-t-il. L’humain reste la faille, mais les banques pourraient aussi réduire les risques en limitant les liquidités dans leurs agences. Pas si simple. S.R.

En chiffres

39. C’est le nombre de hold-up commis en 2015 contre des commerces et banques, ainsi que des home-jacking traités par la Brigade de répression du banditisme. Elle a résolu 29 cas. S.R.

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