Reportage
Plainpalais, le nouveau supermarché de la coke
Par Catherine Focas. Mis à jour le 10.07.2012 56 Commentaires
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La légalisation de la coke permettrait-elle de se débarrasser des dealers en Ville?
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«J’ai emménagé à Plainpalais en 2008, je trouvais que c’était un quartier sympa. Il y avait le côté familial, des jeunes gens, des personnes âgées, un bon mélange de population et plein de bistrots.» Aujourd’hui, Catherine, 43?ans, ne rêve que d’une chose: déménager. Et elle n’est pas la seule. «Quelque chose a changé, confie Damiena, qui vit là depuis onze?ans. L’atmosphère est différente, plus malsaine. Auparavant, je ressentais ça aux Pâquis, mais pas à Plainpalais.» Le ras-le-bol
La plupart des commerçants et des habitants partagent le malaise. Depuis environ deux ans, la qualité de vie dans le quartier s’est dégradée. David, 28?ans: «Maintenant, les amis qui viennent chez moi le soir croisent dix à vingt dealers. Tous les jours, après le boulot, on se fait aborder, on n’a pas besoin de ça!» Catherine confirme: «J’ai l’impression que c’est exponentiel. Il y a de plus en plus de dealers et de plus en plus de personnes qui viennent se fournir en cocaïne. Le ballet des voitures, je l’entends de chez moi.»
«Hey baby!»
La scène, rapide, est presque toujours la même. Une grosse cylindrée qui s’arrête, une portière qui s’ouvre, un dealer guinéen qui pose rapidement la marchandise sur le siège, le véhicule du client qui repart aussitôt. «Ça me scandalise! explose cette habitante. J’ai l’impression que les consommateurs viennent de partout. S’ils veulent de la drogue, qu’ils emmènent les dealers dans leur quartier. Je ne vois pas pourquoi je devrais vivre dans un quartier à ce point détérioré.»
Plainpalais est devenu le supermarché de la cocaïne. Les vendeurs de drogue ont envahi les lieux. Un regard, un «bonsoir», un «hey baby!» Ils abordent le passant. Pas de brutalité. Mais c’est déjà trop. «Avant, ils se tenaient immobiles comme des poteaux, c’était déjà oppressant, mais maintenant ils deviennent de plus en plus entreprenants, raconte Laurence, qui travaille dans le quartier. Il n’y a pas un soir où je ne suis pas abordée. Dernièrement, je rentrais du travail épuisée, j’ai explosé. Le vendeur est resté coi.»
Le deal à ciel ouvert a transformé le quartier. Sentiment d’insécurité, saleté, violence. Les patrons de bistrot qui oublient bougeoirs et petites cuillères sur leur terrasse ne les retrouvent plus. Fauchés par les toxicomanes. «J’ai une jolie clientèle d’affaires à midi, explique le patron du 3S. Je sers du homard, du filet de bœuf, du Gevrey-Chambertin, alors quand un toxicomane entre et jette aux clients: «T’as pas une paille?» ça nuit à mon commerce.»
Ils ressortent menottés
L’autre jour encore, un homme est venu mendier sur sa terrasse avant de déclencher une bagarre avec des clients américains et de lancer un verre d’eau sur l’ensemble des convives.
Le vidéoclub de l’avenue du Mail a condamné toute une partie du magasin qui était devenu le royaume des dealers: «Nous avions quarante ordinateurs dans la salle d’à côté, nous l’avions transformée en cybercafé, ça marchait très bien, mais nous l’avons fermé il y a quatre mois. Les Blacks venaient faire leur business. Il y a eu plusieurs descentes de police, des arrestations, des gens qui ressortaient menottés, la clientèle se posait des questions. On a fermé.»
«Ça m’a vidé le bar»
Patrick, qui a repris en 2008 L’Eléphant dans la canette, veille au grain. Les habitués de son bar sont jeunes, des collégiens majoritairement: «Les dealers ont tenté de venir ici pour boire une bière. Très gentils, très polis. Je les ai pris un par un et je les ai mis à la porte. Ils ne viennent plus. L’autre soir, l’un d’eux a tout de même réussi à s’infiltrer. Une toxicomane à qui il avait vendu de la drogue de mauvaise qualité est venue le gazer au poivre, elle s’est trompée de personne, ça m’a vidé le bar.» Il y a trois semaines, Patrick a appelé l’ambulance pour un cas d’overdose.
Un cri dans la nuit
Nos interlocuteurs font le lien entre l’opération Figaro et la dégradation de Plainpalais: «Pour moi, c’est clairement Figaro qui a fait exploser le phénomène. La police a voulu chasser les dealers des Pâquis et maintenant ils sont ici.» Dans leur sillage, une atmosphère très lourde. Frank, éducateur, quarante?ans dans le quartier, a observé une scène juste sous ses fenêtres. Un homme bastonné par cinq autres. «Je n’avais jamais vu ça.» Damiena, elle, s’est réveillée en sursaut au milieu de la nuit: «Quelqu’un hurlait, ça a duré au moins quinze?minutes, je me demandais si je devais appeler la police. Je n’ai pas réussi à me rendormir. Ça n’existait pas avant dans ce quartier.» David: «Les dealers, les Roms, les travaux, la saleté. Ça fait beaucoup…»
Totale impunité
Certains ont le sentiment que les dealers jouissent d’une totale impunité: «C’est un coin où il y a beaucoup de jeunes et la vente de coke est en train de se banaliser. J’ai l’impression que les autorités ne prennent pas la mesure du phénomène.» D’autres ont l’impression que la police se manifeste un peu plus ces derniers temps. Il n’en demeure pas moins à leurs yeux «que si ces dealers se trouvaient à Champel, le problème serait réglé dans les dix jours».
(TDG)
Créé: 10.07.2012, 07h18
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56 Commentaires
Ce n'est pas en déplaçant le problème, qu'on va le régler. Prison ferme pour les Suisse et expulsion pour les étrangers. Assorti de peines de plus en plus lourdes en cas de récidive. Répondre
«Pour moi, c’est clairement Figaro qui a fait exploser le phénomène. La police a voulu chasser les dealers des Pâquis et maintenant ils sont iciJe peux seulement dire que je travaille aux Paquis a la rue de Monthoux et les dealers ont augmenté aussi .Il n' y a pas de déplacement de dealers mais une augmentation très inquiètante surtout il faut les éradiqués de la place de Genève très rapidement . Répondre
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