Parker Hannifin SA à Genève: plan social accepté

IndustrieLe syndicat Unia a échoué à maintenir 80 emplois dans le canton. Le site de Carouge n'abritera plus que l’ingénierie et le marketing.

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En lutte depuis le mois de mai, les employés de la multinationale Parker Hannifin situé à deux pas des tours de Carouge ont rendu les armes. Ils avaient tenté après l'annonce de l'entreprise américaine de délocaliser sa production en Italie et en Tchéquie de se battre pour maintenir quelque 80 emplois à Genève. En vain. Le syndicat Unia indique ce mercredi dans un communiqué que les employés ont accepté les indemnités de départ, un fond pour la requalification, un plan de retraite anticipée et l’indemnisation des travailleurs temporaires. Il n'est plus question d'emplois.

Les autorités genevoises avaient tenté fin juin une médiation entre le personnel et la direction de l’entreprise américaine d’électrovannes. Pierre Maudet avait sollicité la Chambre des relations collectives du travail (CRCT).

A Carouge, les machines vont cesser de tourner, mais les activités d’ingénierie et de commercialisation demeurent, indique la cheffe des ressources humaines, qu'on interpelle alors qu'elle va entrer en séance en vue de signer le protocole d'accord. «Seul le manufacturing quitte la cité sarde.» Il restera une trentaine d'emplois sur 120.

C'est à une large majorité que le personnel a accepté le plan social qualifié de «satisfaisant». Unia dénonce le cadre légal «qui n’offre aucune protection aux salariés en cas de licenciements de masse et un faible soutien politique». Le syndicat genevois va s'activer pour lancer une initiative fédérale pour une meilleure protection contre les licenciements.

Pierre Maudet regrette la perte d'emplois

Pierre Maudet regrette la perte d'emplois, indique son directeur de cabinet Patrick Baud-Lavigne. En charge de l'Economie genevoise depuis décembre 2013, le magistrat PLR a tout mis en œuvre pour que le dialogue soit rétabli et maintenu entre les représentants du personnel et la direction de l'entreprise. Dans ce genre de situation, où les centres de décisions sont très éloignés du canton, il convient de faire la part des choses. Genève conserve les secteurs recherche et développement, ingénierie et marketing. Quant au défaut de politique industrielle que dénonce le secrétaire d'Unia Genève, le directeur de cabinet cabinet répond que de nombreuses actions ont été entreprises, notamment par des fondations de droit public et les milieux industriels, et souligne que les relations entre Pierre Maudet et Alessandro Pelizzari sont excellentes.

Nicolas Aune, secrétaire général de l'Union industrielle de Genève regrette la disparition des ateliers de ce fleuron de l’industrie genevoise. Il en impute la raison à des choix stratégiques de l'entreprise. Et vraisemblablement à l'opportunité d'une cession du terrain dans cette zone du PAV, où Genève prévoit la construction tout à côté de nouvelles tours d'habitations. La fin de la fabrication chez Parker ne serait donc pas un signe avant-coureur pour le tissu industriel genevois. Nicolas Aune se félicite des relations avec les syndicats, notant que les minimaux salariaux ont été revalorisé au début de cette année. Pour le reste il renvoie à Swissmem, l'organisation patronale suisse qui est partie de la convention collective nationale dans le secteur.

Sites du Grand Genève également touchés

En automne 2013, Parker Hannifin Corporation avait annoncé des coupes massives dans ses effectifs dans douze de ses treize sites en France, suscitant alors de grosses inquiétudes à Carouge. Deux usines aux frontières de Genève ont été particulièrement frappées. Le site d’Annemasse, où se trouve le siège social du groupe dans l’Hexagone, a été le plus touché: 101 postes sur 160 seront biffés. 58 autres, sur 300, devraient également disparaître du côté de l’usine de Contamine-sur-Arve, à 10 kilomètres au sud.

Basée à Cleveland, Ohio, et présente en Europe depuis 1960, la multinationale a installé à Etoy son siège pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (EMEA), dans un bâtiment flambant neuf inauguré en mai 2010. Environ 120 personnes travaillent actuellement dans la bourgade vaudoise.

Parker Hannifin, fondé en 1918, compte des succursales dans 52 pays. Avec un chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars, le groupe se décrit comme le leader mondial dans les technologies de contrôle et de mouvement. Il produit notamment des systèmes hydrauliques et des pièces détachées pour machines. En juin 2013, il comptait 58 151 salariés, contre 59 331 douze mois plus tôt. (TDG)

(Créé: 17.09.2014, 10h27)

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Le patron d'Unia amer

59 licenciements et 30 emplois temporaires perdus. Les travailleurs qui restent sur le carreau sont en majorité des femmes. Leur moyenne d'âge est supérieure à 50 ans. Alessandro Pelizzari est écœuré. «Parker Carouge n'était pas une entreprise déficitaire, rappelle le secrétaire d'Unia Genève. La délocalisation de la production est une décision purement financière parce que des administrateurs sont contraints par les actionnaires d'augmenter le taux de rentabilité. Tant que cette pression durera on connaîtra d'autres fermeture, dénonce le syndicaliste.»

Le syndicaliste ne veut pas tomber dans le pessimisme. «La Suisse reste un très bon élève en matière industrielle, mais elle est à la traîne pour la protection des travailleurs contre les licenciements. ça doit changer!»

«C'est toujours avec amertume qu'on est contraint de limiter la casse en négociant un plan social», poursuit Alessandro Pelizzari. Il en veut moins à Pierre Maudet, le nouveau patron de l'économie genevoise depuis décembre 2013, qui a tenté une conciliation, qu'à ses prédécesseurs et au discours politique ambiant.

Reste que «Genève manque toujours d'une politique industrielle digne de ce nom», constate le patron du principal syndicat du canton. «On pourrait faire plus en mettant, par exemple, à disposition des terrains et des crédits bonifiés.» (JFM)

Lucifer, une institution à Carouge

L’usine du chemin du Faubourg-de-Cruseilles est une institution dans la ville sarde. Plus connue sous le nom de Parker ou Lucifer ou encore Parker & Lucifer, l’entreprise a vu le jour en 1912, il y a plus d’un siècle. Contrairement au foncier de l'ancienne zone industrielle de Praille Acacias Vernet, devenue zone de développement 2, qui sont en droit de superficie, les terrains de Parker Hannifin (en rose) ci-dessus appartiennent à la multinationale américaine.

Parker s’appelait alors «Magnéto Lucifer» et se spécialisait dans les dynamos pour vélos. Dans les années 1960, elle se lance dans la construction d’électrovannes, un dispositif électrique permettant de contrôler la circulation de fluide ou de gaz dans un circuit. Le Carougeois est racheté en 1971 par la société américaine Sperry Rand avant d’être acquis douze ans plus tard par Honeywell, un groupe américain. En 1997, le fabricant change à nouveau de propriétaire et est repris par Parker Hannifin. (RE)

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