Hôpital
Opérations reportées par manque de personnel
Par Sophie Davaris. Mis à jour le 04.07.2012 2 Commentaires
Des salles de bloc opératoire restent closes, des interventions doivent être reportées quand leur déroulement n’est pas perturbé. Voici le quotidien que relatent, agacés, trois chirurgiens des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
«Des salles d’opération sont régulièrement fermées par manque d’infirmières instrumentistes», déplore le chirurgien Philippe Morel. Un de ses collègues, X, renchérit: «Le bloc Opéra compte huit salles. L’une d’elles a été fermée pendant des mois en 2011.» Un troisième docteur, Y, ajoute que «tout un wagon d’infirmières instrumentistes est parti travailler en clinique privée». Il semble que le personnel aguerri soit souvent amené à «boucher les trous», à remplacer les absents et à former de jeunes collègues ( lire le témoignage ci-contre ). «Les équipes changent tellement vite! On a souvent affaire à de petits jeunes à qui il faut tout expliquer», soupire ce chirurgien.
Echange de tennis
Quel rôle remplissent, au juste, les instrumentistes? «Colonne vertébrale du bloc», selon Philippe Morel, ils forment, d’après Y, un «binôme très important avec le chirurgien. Comme dans un échange de tennis, une opération doit avoir un rythme. L’opérateur tend la main; il reçoit l’instrument. Avec un instrumentiste mal formé, on perd cette fluidité. On s’agace, tout prend plus de temps.» Et le patient reste endormi plus longtemps.
S’ajouterait à cela un absentéisme élevé. Selon Philippe Morel, c’est «le signe d’un problème» entre la base et la hiérarchie. «Récemment, la direction a remplacé la responsable des blocs. Une bonne chose», selon le chirurgien. Sur le fond, il explique le problème par le fait que la spécialisation d’instrumentiste n’attire plus beaucoup d’infirmiers. Or, ces derniers se font déjà trop rares. «Genève en forme 80 par an, alors qu’il en faudrait 220 pour les seuls HUG, afin de remplacer les départs, combler les temps partiels, etc. C’est un scandale!»
Dans l’immédiat, pour améliorer la gestion des blocs opératoires, le professeur esquisse des solutions: engager des techniciens, qui suivent une formation moins longue que les infirmiers, ou réduire les effectifs. «Au lieu de deux instrumentistes par salle, nous pourrions n’en avoir qu’un.»
Interrogée, la syndicaliste du SIT Manuela Cattani évoque «des blocs qui travaillent en flux tendu, dans le stress. Leturnover est important en raison de conditions de travail difficiles.»
Direction «attentive»
Face à ces doléances, la direction répond que les effectifs sont au complet. Le personnel est-il suffisamment formé? «Sur 120 instrumentistes, une quinzaine sont en formation», répond le directeur général adjoint François Taillard. Quid de la fermeture des salles d’opération? «Cela est arrivé trois fois depuis le début de l’année.» Nulle trace, donc, d’une salle close pendant des mois. Le «wagon» d’infirmières ayant quitté les HUG? «Il y a eu quatre démissions en 2011.»
François Taillard l’admet toutefois: la mise en service de deux salles supplémentaires en 2010-2011 et l’élargissement des horaires, s’ils ont permis d’augmenter de 7% puis de 9% le nombre d’opérations, ont rendu le travail des instrumentistes plus difficile. Quant à l’absentéisme, il estime que la situation «s’améliore un peu» mais il reconnaît qu’il «faut rester attentif, ces activités étant très stressantes».
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«Les conditions se sont dégradées en cinq ans»
Quitter l’Hôpital pour gagner 20% de moins dans le privé et toucher une retraite moins confortable? Infirmière de bloc opératoire, Jeanne (prénom d’emprunt) a fait ce choix: après plus de dix ans aux HUG, elle a rejoint une clinique privée. «En 2011, une dizaine d’infirmières a quitté le bloc des urgences, confie-t-elle. Les conditions se sont énormément dégradées en cinq ans. La charge de travail a beaucoup augmenté, la pression aussi: nous étions entourés de collègues moins formés que nous devions encadrer.»
Mains invisibles, les infirmiers de bloc jouent un rôle crucial: «Les chirurgiens ont besoin de travailler en confiance. Il faut connaître par cœur le déroulement de l’opération, lire le dossier du patient, anticiper les risques, pour savoir ce dont le chirurgien aura besoin sans qu’il ait à le demander. Il faut aussi absorber le stress du chirurgien. Un jeune n’en est pas capable», estime-t-elle.
«Il y a environ cinq ans, la direction générale a imposé un manager à la tête des blocs opératoires. Pour optimiser au maximum le temps d’occupation des salles d’opération, il fallait enchaîner vite. Avec du personnel moins bien formé, c’était compliqué. »J’étais arrivée au bout de ce que j’avais envie de voir. L’institution n’a pas essayé de me retenir. Malgré ma motivation pour me réorienter à l’interne, je n’ai pas obtenu ce que j’avais sollicité. Aux Urgences, les conditions de travail étaient difficiles, avec énormément de responsabilités et peu de personnel formé, malgré le recrutement d’intérimaires, dont certains n’avaient aucune expérience du bloc.»
Dans le privé, Jeanne estime bénéficier de meilleures conditions de travail malgré un salaire amputé d’un cinquième. «La régularité des horaires compte beaucoup. Je travaille douze heures d’affilée, c’est mieux que trois?fois huit heures avec une fois le matin, une fois le soir. A l’Hôpital, la trame horaire était difficilement applicable. Les différences de niveau professionnel étant trop importantes, les plus expérimentés étaient de toute façon assignés au bloc des Urgences. Il était donc très difficile de récupérer les heures supplémentaires.»
S.D. (TDG)
Créé: 04.07.2012, 07h16
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2 Commentaires
Cas concrêt qui explique sans fioriture la pauvreté de formation en Suisse, les HUG embauchent donc un max de frontaliers : après on vient leur cracher à la figure mais sans les frontaliers, les HUG ne suivraient pas. Répondre
Qui a raison: Philippe Morel ou François Taillard ? Répondre
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