Nouvel assaut commercial au-delà de la frontière

Tourisme d'achat Centres commerciaux et supermarchés se bousculent en France voisine. «Des soucis» pour les acteurs genevois.

Plus de 15 000 véhicules circulent entre Ferney-Voltaire et Meyrin chaque jour. Combien seront-ils quand le centre commercial sera ouvert?

Plus de 15 000 véhicules circulent entre Ferney-Voltaire et Meyrin chaque jour. Combien seront-ils quand le centre commercial sera ouvert? Image: Laurent Guiraud

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Résultats mitigés d’un côté, grues et inaugurations de l’autre. A l’heure où les commerçants genevois tournent la page d’une année morose, au-delà de la frontière, la région continue d’exercer son pouvoir d’attraction. Et tout semble s’accélérer.

A Ferney-Voltaire, 250 mètres séparent Meyrin et la douane de Mategnin au centre commercial Candide. L’ouverture est annoncée pour le mois de mai de cette année. Dans cette zone commerciale en chantier, la chaîne Grand Frais a déjà ouvert une grande surface en décembre. Cette même enseigne mise visiblement sur le tourisme d’achat. Elle a fêté l’ouverture d’un autre magasin à Saint-Julien le 3 janvier à coup de publicités sur territoire genevois et d’ouverture dominicale.

L’Union maraîchère inquiète

«On ne fait pas le marché, on le suit», fait remarquer Jean-Louis Cardahi. Cet homme d’affaires libanais, ministre des Télécommunications dans son pays entre 2000 et 2005, investit dans la région. Le terrain sur lequel s’élève l’espace commercial Candide lui appartient depuis 1992. «Cet emplacement est excellent, les études de marché nous ont clairement montré son potentiel», assure le promoteur alors qu’une trentaine de commerces s’apprêtent à ouvrir sur deux étages. La clientèle suisse? «Les commerces du Pays de Gex comptent sur toute la région frontalière.»

La chaîne Grand Frais, elle, ne communique pas sur sa stratégie. Mais son développement national (184 magasins en France avec une nette accélération ces dernières années) passe désormais par les portes de Genève. A deux pas, à l’Union maraîchère de Genève (UMG), l’arrivée de ce concurrent n’est pas passée inaperçue: «Le tourisme alimentaire est déjà très élevé, il risque de l’être toujours davantage», note Jacques Blondin, directeur de la coopérative genevoise. «Je suis allé voir: ce ne sont pas des produits de la région. Si ce type d’enseigne rencontre du succès, on sera en péril. Oui, c’est un souci.»

«Faire de gros efforts»

Cette nouvelle offensive commerciale s’insère dans un contexte suisse et genevois particulier. De la grogne locale aux études de grands instituts, rarement la thématique du tourisme d’achat aura été aussi prégnante. Avant les Fêtes, la plateforme du commerce, un groupe de travail créé pour limiter l’impact économique des achats hors frontière, remerciait ironiquement sur des affiches les consommateurs genevois qui traversent la frontière. Le 4 janvier, la traditionnelle étude de Credit Suisse sur le commerce de détail est venue confirmer que 2016 fut «une année difficile», avec un tourisme d’achat «qui pèse fortement sur la branche» (10 milliards de francs en Suisse, soit un franc sur dix, est dépensé à l’étranger dans le commerce de détail) sans réelles perspectives de reprise pour 2017.

«Tout le monde est contraint de faire de gros efforts pour baisser les prix», observe Laurent Baldacci, directeur de Meyrincentre qui, avec l’arrivée de l’espace Candide à Ferney-Voltaire, voit un concurrent direct émerger à quelques encablures. «Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas de crainte. Mais la bataille n’est pas perdue. Nous misons sur notre rôle de place du village. Je reste convaincu que ce n’est pas moins cher en France.»

En attendant, cette semaine, les voitures s’encolonnaient à cheval sur la frontière. Les deux commerces qui jouxtent le futur centre commercial de Ferney-Voltaire contribuent à intensifier la circulation de cet axe qui voit passer chaque jour 15 000 véhicules. Avec le centre commercial, combien seront-ils? Des études ont beau avoir été lancées pour fluidifier le trafic, les commerces, eux, n’attendent pas. (TDG)

Créé: 08.01.2017, 18h16

La cohérence territoriale mise à mal

Pour l’heure, Open porte mal son nom. Le centre commercial mastodonte projeté à Saint-Genis-Pouilly (60 000 m2, 90 enseignes avec navettes gratuites vers le centre-ville de Genève et 2000 places de parking) n’a toujours pas reçu les autorisations nécessaires.
Le complexe devait ouvrir en 2016. Il est désormais annoncé pour 2019. A condition que le promoteur, Antoine Frey, obtienne les permis de construire.

Serpent de mer administratif initié il y a neuf ans, le dossier Open vient également poser la question des limites d’une région en plein essor. Entre Val Thoiry, le futur espace Candide, les commerces genevois non loin et ceux qui se développent dans la région de Divonne, les ambitions ne sont-elles pas démesurées?

Hubert Bertrand, le maire de Saint-Genis-Pouilly, porte un soutien sans faille au projet commercial. «Nous sommes défaillants dans le domaine de l’emploi», affirmait-il lors d’une présentation des plans en 2014. Quant aux oppositions, elles n’ont pas altéré l’enthousiasme du maire de la commune frontalière, qui s’attend à la création de 500 emplois grâce
à Open.

A plus large échelle, en revanche, les doutes s’immiscent. «Il faut être cohérent et faire attention à ne pas saturer l’offre», soutient Daniel Raphoz, maire de la commune voisine de Ferney-Voltaire. Mais surtout, «ce sera à la Communauté de communes du Pays de Gex
de décider», poursuit-il. Car les règles du jeu ont changé pour
les 27 communes qui s’étendent entre Fort L’Ecluse et Divonne. Depuis le 1er janvier, un schéma de cohérence territorial fixe les grandes orientations d’aménagement pour les quinze prochaines années. Aussi, la commission qui permet la délivrance des permis de construire se réfère désormais à ce schéma tenant compte d’enjeux globaux. Le centre commercial Open pourrait-il être menacé? «Aujourd’hui, personne ne peut le dire, assure Vincent Scattolin, vice-président chargé de l’Aménagement du territoire à la Communauté de communes. Il faut de l’équilibre et un développement cohérent pour l’ensemble du Pays
de Gex.»

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