«Nous nous sommes réfugiés dans les rayons»

Brigandage à LancyDes témoins éclaircissent les circonstances de l’attaque de la Coop des Palettes, jeudi soir. La police souligne la rareté de tirs contre des civils désarmés. Le butin est dérisoire.

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Deux braqueurs ont ouvert le feu sur des personnes sans défense, jeudi vers 19 h 20, à la Coop des Palettes. Une employée et un client ont été blessés par balle, comme l’a confirmé le Ministère public (lire: Des braqueurs tirent et blessent deux personnes). On en sait plus aujourd’hui sur le déroulement de ce brigandage hors du commun.

«Nous étions une vingtaine de clients. J’étais le deuxième de la file aux caisses. Un premier homme, de grande taille, est arrivé par l’entrée principale. Un second l’a suivi, plus petit. Ils avaient le visage caché et étaient habillés de noir», détaille un opticien du Grand-Lancy, qui faisait ses courses lorsque les deux malfrats ont surgi dans le supermarché. Des signalements envoyés hier soir par la police confirment sa description. Les deux hommes sont jeunes: tous deux ont entre 18 et 30 ans. Le premier mesure entre 1,75 m et 1,85 m, portait un training avec des bandes rouges sur les côtés et parlait un français sans accent. Le second, légèrement plus petit, portait des baskets blanches et un sac à dos bleu.

«Le premier a tenté d’ouvrir la caisse. Nous avons eu le temps de nous réfugier dans les rayons, poursuit l’opticien d’une voix calme. Puis nous avons entendu deux à trois coups de feu et nous sommes allés encore plus au fond du magasin. Le bruit n’était pas très fort, on aurait dit un pistolet d’airsoft.»

Une employée, qui s’occupe d’habitude des pains, a été touchée par balle au pied. Selon nos sources, l’arme était de petit calibre. Par chance, avant l’arrivée des secours, plusieurs personnes, dont un jeune homme qui venait de suivre un cours de Samaritains, ont prodigué les premiers soins à la victime: «Elle ne semblait pas souffrir, mais était surtout en état de choc», relate-t-il. Ses jours ne sont pas en danger. Tout comme ceux de l’autre personne blessée.

Nouveaux coups de feu dehors

Les malfrats sont parvenus à emporter le tiroir-caisse. Montant du butin: 2000 francs, selon nos sources. Des tirs ont aussi eu lieu dans la rue, d’après plusieurs témoignages, alors que des clients s’enfuyaient. Les auteurs ont quitté les lieux à pied sur une portion du chemin des Palettes, en direction de l’immeuble Etoile-Palettes.

L’alerte transfrontalière, permettant de mobiliser des forces de l’ordre de part et d’autre de la frontière, n’a pas été déclenchée. «Les critères n’étaient pas réunis, mais les gardes-frontière étaient en alerte dans la région», explique Michel Bachar, responsable de la communication au Corps VI. Il faut en fait disposer d’éléments liés au profil des auteurs, à leur direction de fuite ou encore à leur moyen de transport.

«Ils ont failli tuer pour 2000 fr.»

La piste locale est-elle privilégiée par les enquêteurs? La question reste en suspens. Toujours est-il que les auteurs semblent inexpérimentés. «Ils ont tiré alors qu’ils n’étaient pas menacés, la police étant arrivée après les faits. Ils ont utilisé leur arme contre des gens sans défense. C’est exceptionnel! Ils ont pris le risque de tuer pour 2000 francs…», s’étonne un policier.

Vendredi matin, des traces de sang sont encore visibles devant l’entrée du personnel. A deux pas, une flèche jaune indique l’endroit où un impact de balle a traversé la vitre d’une voiture garée sur un parking. Deux entrées plus loin, dans la portion du chemin des Palettes que les malfrats ont emprunté pour fuir, une seconde flèche jaune marque l’emplacement d’un impact contre une autre carrosserie.

L’atmosphère reste tendue dans le magasin, où patrouille un vigile. «C’est donc arrivé ici», remarque une cliente qui connaît bien l’employée blessée. Un de ses collègues, éprouvé par les événements, est également absent après «une nuit sans sommeil», selon une vendeuse. «C’est difficile…», lâche-t-elle.

Un des clients présents lors du brigandage fait part d’une similitude avec une attaque récente dans une supérette. Le gérant du lieu, situé dans l’immeuble Etoile Palettes, confirme: «Le 2 novembre, un homme de grande taille est entré avec un pistolet – j’ignore s’il était factice – dans notre magasin. Il a arraché la caisse avant de partir à pied. Le 12 février, nous avons aussi été victimes d’un braquage: je me suis retrouvé nez à nez avec un homme armé. Il m’a frappé d’un coup de crosse.» Il craint d’intervenir malgré lui si cela se reproduisait. «Le butin a été de quelques milliers de francs, poursuit-il. Nous avons subi deux attaques en trois mois alors que ce n’était jamais arrivé en seize ans.» Par deux fois, l’auteur du brigandage est reparti à pied. Mais sans ouvrir le feu.

La police invite toute personne en possession d’informations relatives à l’affaire de la Coop des Palettes à la contacter au 022 427 73 80.

Evolution des brigandages à Genève

Les chiffres pour l’année 2015 n’ont pas encore été rendus publics.

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(TDG)

(Créé: 26.02.2016, 20h19)

Les deux auteurs, filmés par une caméra de surveillance.

Pour le syndicat de police, «la violence va crescendo»

Des attaques à main armée qui dégénèrent avec des malfrats ouvrant le feu sur des quidams, c’est exceptionnel. Le brigandage de la Coop des Palettes marque donc les esprits. A double titre. Et la question des moyens donnés aux policiers se pose.

«Le fait que des braqueurs tirent sans raison est tout à fait inhabituel. Cela semble irrationnel. Etaient-ils sous l’emprise de la drogue ou paniqués, perdant la notion de proportionnalité?» s’interroge un spécialiste de la sécurité. Si l’acte commis aux Palettes frappe aussi, c’est parce qu’il s’inscrit dans une série noire. Le 3 février, un voleur armé a visé le siège d’une société active dans les métaux précieux et a tiré sans faire de blessé. Le 14 janvier, deux hommes armés ont séquestré un employé de banque et sa compagne toute une nuit avant de s’enfuir avec un butin considérable. Le 2 janvier, une société de sécurité a été attaquée par des personnes armées qui ont ligoté un employé. Autant de dossiers en mains de la Brigade de répression du banditisme.

«Il y a cinq ans, on plastiquait pour la première fois un distributeur de billets. Il y a trois ans, des policiers se faisaient tirer dessus lors du braquage d’un change. Au début du mois, trois policiers, blessés par un forcené qui avait tué sa compagne, ont dû répliquer. Aujourd’hui, on tire dans un supermarché. La violence va crescendo», estime Marc Baudat, président de l’Union du personnel du corps de police. Attristé pour les victimes, il s’inquiète également pour les gendarmes. «Le matériel d’intervention n’a pas évolué depuis dix ans! Nous avons besoin de boucliers de protection, de casques balistiques et de réfléchir à l’utilisation d’autres calibres.» La menace terroriste s’ajoute aux interventions quotidiennes et rend la question plus sensible.

La cheffe de la police, Monica Bonfanti, ne partage pas la vision du syndicat des gendarmes: «L’équipement personnel des policiers correspond à celui disponible sur le marché. Il offre le niveau de protection le plus performant actuellement et doit donc être considéré comme parfaitement moderne et adapté», écrit-elle par e-mail. Elle relève que les réflexions sont permanentes pour s’adapter aux menaces. D’ailleurs, la Conférence des commandants de gendarmerie de Romandie, Berne et du Tessin envisage notamment d’unifier le matériel de dotation de ces polices. «A la suite des attentats de Paris, j’ai reçu plusieurs suggestions de la part de certains policiers. Leurs propositions sont actuellement à l’étude», ajoute-t-elle.

S.R.

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