Néonazis français à Genève: le barbecue qui intrigue

RassemblementDes extrémistes de droite se réunissent demain dans un lieu secret. Qui sont-ils? Éclairage du politologue Jean-Yves Camus

Ce cliché représente des membres d’Artam Brotherhood. Il a été diffusé sur le site Internet de ce groupuscule.

Ce cliché représente des membres d’Artam Brotherhood. Il a été diffusé sur le site Internet de ce groupuscule. Image: DR

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Annoncé il y a plus d’un mois sur le Net, le barbecue organisé par Artam Brotherhood – des néonazis français – a lieu demain à Genève. Où ça? Impossible de le savoir: l’endroit n’est pas indiqué sur le site de ce groupuscule semi-clandestin et la police cantonale en dit un minimum sur ce rassemblement. Nul doute pourtant qu’elle sera sur les dents demain après-midi. Et pour cause: les tensions sont palpables entre extrémistes de droite et extrémistes de gauche depuis l’altercation survenue lors la Fête de la musique, à la fin juin. Le chanteur d’un groupe punk avait alors reçu trois coups de couteau. Deux nationalistes avaient été arrêtés et prévenus de lésions corporelles graves, voire de tentative de meurtre.

Qui constitue le groupe Artam Brotherhood?

Selon Jean-Yves Camus, politologue spécialisé dans les nationalismes et extrémismes en Europe, ce groupe est né en 2011 et doit rassembler quelques dizaines de militants entre Saint-Etienne, Lyon, la Franche-Comté et le nord de la Savoie. Il n’a pas de publication papier et ses dirigeants ne sont pas connus. «Ce groupe est un thuriféraire du national-socialisme. Il est à la fois raciste, antisémite, pour la suprématie de la race blanche et pour une Europe basée sur les critères du sang et de la race», explique le politologue.

Il relève que dans son invitation au barbecue, ce groupe annonce la participation des Jeunesses nationalistes – un mouvement fondé par un ancien du Front national, exclu du parti – et du Gud, «une vingtaine d’étudiants lyonnais de tendance néofasciste».

Pourquoi le barbecue est-il organisé à Genève?

Artam Brotherhood a déjà organisé une fête dans la campagne neuchâteloise, l’an dernier. Le groupuscule remet ça à Genève et annonce des jeux d’habileté, du tir à la corde et de nombreux stands. «Ces Français semblent avoir des liens avec des militants neuchâtelois et genevois, confie Jean-Yves Camus. Ils ont une volonté d’extension en Suisse et cet événement est un moyen de recruter des membres. Par ailleurs, les activités des Jeunesses nationalistes ont été rendues plus difficiles par les pressions policières à Lyon. En se déplaçant, ils espèrent être plus tranquilles.»

La réunion risque-t-elle de dégénérer?

Jean-Yves Camus relève la radicalité des propos tenus sur Internet. Pour les extrémistes de droite, ceux de gauche sont «une belle brochette d’invertis (homosexuels), crasseux, squatters, chanteurs keupons ratés et putes à redskins. La vermine d’extrême gauche ne nous effraie pas le moins du monde.»

Que répondent les extrémistes de gauche? Ils annoncent une journée «Love Music, Hate Fascism», aujourd’hui, à l’Ilôt 13, derrière la gare Cornavin. Ce qui ne convainc pas tous leurs sympathisants. «A un moment donné, il faut arrêter de boire, organiser des concerts et couper sa crête. Il faut s’entraîner et passer à l’action sérieusement, écrit l’un d’eux sur un site Internet. Il faut arrêter de pisser dans son pantalon à l’idée d’affronter des fachos qui, eux, apparemment, s’entraînent et sont prêts à la confrontation.»

Pour Jean-Yves Camus, «le conflit est permanent entre les militants d’extrême droite et les militants antifascistes les plus radicaux. Le risque de débordement est donc toujours là. Mais j’ai confiance en la police cantonale pour contrôler les militants français à la frontière et préserver l’ordre public.»

Que pense la police cantonale de ce barbecue?

Porte-parole de la police genevoise, Eric Grandjean tient à dire que «cet événement existe par les médias. Les extrémistes jouent là-dessus. Nous ne sommes même pas sûrs que ce pique-nique aura lieu», dit-il, sans développer son propos. L’officier de presse ajoute: «Artam Brotherhood, ce sont quelques dizaines de personnes. Nous sommes prêts à remplir la mission générale de police qui nous est donnée: celle de maintenir l’ordre public.»

L’organisation d’un barbecue par un groupe néonazi français ne semble pas inquiéter outre mesure le porte-parole de la police. A moins qu’il ne préfère renvoyer dos à dos extrémistes de droite et de gauche. Cela avait déjà été le cas après l’altercation survenue lors de la Fête de la musique, aux Bastions: la police s’était évertuée à parler d’une bagarre entre deux individus alors que le caractère politique de la rixe était avéré. Rixe qui aurait pu se terminer par la mort d’un trentenaire, qui, aujourd’hui, a une cicatrice de vingt centimètres au ventre.

(TDG)

Créé: 27.07.2012, 19h56

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«Barrer la route aux fachos»

Les extrémistes de droite organisent un barbecue. Ceux de gauche, une journée de protestation contre la montée de l’extrême droite, à l’Ilôt 13. Sur le papier, le programme se veut festif: stands d’informations, «bouffe populaire» dès 14 h, concerts dès 21 h. «Genève est une ville où les groupes fascistes n’ont aucun terrain fertile pour eux: ni dans les écoles et les universités, ni dans les stades, ni dans la rue. Chaque événement qu’ils organisent est clandestin et fermé, c’est bien là un aveu de faiblesse de leur part», lit-on sur le site Internet du Réseau Antifasciste Genève. La lutte serait donc avant tout «politique et culturelle».

Mais pas seulement, peut-être. Car dans son texte diffusé jeudi sur le Net, le Réseau Antifasciste Genève appelle «les Genevois à la vigilance dans tous les quartiers et les communes. Mais aussi à l’élaboration d’initiatives autonomes et des actions symboliques ou non pour barrer la route des fachos et leur faire comprendre que Genève est une terre antifasciste.» Un message ambigu. F.C.

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