Manif contre Frambois
Manifestation freinée par du gaz lacrymogène
Par Fedele Mendicino. Mis à jour le 03.07.2012 4 Commentaires
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Ils s’étaient donné rendez-vous à l’aéroport hier à 12?h?30 pour se rendre, à pied et en musique, devant la prison de Frambois, à Vernier. Mais ces 150 manifestants n’ont jamais pu atteindre le centre de détention administrative où sont placés des requérants d’asile déboutés en voie d’expulsion.
Action disproportionnée?
La manifestation, non autorisée, a été freinée, non loin du but, par un barrage policier d’une trentaine d’hommes. Et surtout par du gaz lacrymogène. Un dispositif impressionnant mobilisé pour éviter les risques d’émeute parmi les pensionnaires de Frambois. Une préoccupation confirmée hier par la police.
«Mais nous ne souhaitions pas provoquer de rébellion au sein de l’établissement, nous voulions juste manifester devant la prison pour réclamer la libre circulation des personnes, l’arrêt immédiat des expulsions, la fermeture des centres de rétention et un monde sans frontières, explique un militant qui souhaite garder l’anonymat (lire ci-contre). La réaction policière est disproportionnée.» Dans le cortège, le conseiller municipal socialiste Pascal Holenweg ne charge pas la police, «qui fait son travail sur ordre du Conseil d’Etat. Notre action s’inscrivait simplement dans le cadre de la Marche européenne des sans-papiers et des migrants.»
Tout avait pourtant bien commencé. Escortés par deux motos de police qui leur ouvrent la voie, les manifestants quittent Cointrin vers 13?h sous un ciel de cendre. Ils souhaitent symboliquement faire le chemin inverse de celui d’un détenu de Frambois expulsé de Suisse par avion. Après avoir traversé Vernier, ses centres commerciaux et sa zone industrielle, ils se retrouvent vers 14?h sur la route de Montfleury. A la hauteur du numéro 66, dans un écrin de verdure, des policiers les attendent de pied ferme. Après quelques minutes, l’un d’eux envoie du gaz au poivre sur le cortège. Des dizaines de manifestants sont fortement incommodés par les sprays lacrymogènes, une femme perd même connaissance. «Il y a parmi nous un enfant et une poussette!» déplore une participante qui rebrousse chemin. Des insultes pleuvent sur la police, les agents ne se laissent pas démonter. Un fourgon de gendarmerie ne quitte pas la queue du peloton.
Policiers aux champs
Cachés dans les champs de maïs, des policiers veillent au grain. Peu avant la route de Peney, deux manifestants déplacent des divans abandonnés pour barrer la route au fourgon bleu. Une provocation qui agace les policiers. Ils sortent aussitôt leurs matraques et accélèrent le pas, bien visiblement. Avertissement sans frais. A Blandonnet, les manifestants prennent tous le tram pour le centre-ville. Le fourgon de police les suit de loin en roulant sur les voies. Aux Grottes, le cortège, composé de syndicalistes, de féministes et d’étudiants, se disperse vers 16?h?30 devant une buvette.
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La nouvelle loi est-elle applicable? Votée en mars par les Genevois, la nouvelle Loi sur les manifestations oblige tout organisateur à demander une autorisation, sous peine de subir une amende salée: jusqu’à 100?000?francs. Le sort réservé à deux récentes manifestations organisées sans autorisation semble toutefois indiquer qu’elle n’a guère d’effet. La preuve: tant le cortège d’hier demandant la fermeture de Frambois que celui de samedi réagissant à l’agression lors de la Fête de la musique ont bien eu lieu.
Une surprise? Pas pour tout le monde: «Cela illustre simplement les difficultés posées par l’application d’une loi inapplicable», estime Pierre Vanek, permanent à solidaritéS, qui a défilé samedi. «Depuis mars, on est passé d’un régime de gestion en opportunité des manifestations à un régime où on peut se retrouver condamné si des dégâts sont commis aux alentours. Résultat: on se passe des autorisations.» Karl Grünberg, secrétaire général d’Acor SOS Racisme, dont l’organisation a relayé la tenue des deux manifestations, est du même avis: «La criminalisation des personnes induite par la nouvelle loi est déraisonnable.»
De son côté?, Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge de la Sécurité, relève que le texte a été «largement accepté par le peuple». Selon le magistrat PLR, «la loi est applicable et appliquée».
Comment expliquer que des cortèges non autorisés puissent avoir lieu? «Les manifestations n’ont pas été dissoutes pour des raisons opérationnelles, sécuritaires et tactiques, pour ne pas engendrer des violences incontrôlables sur plusieurs sites», explique la cheffe de la police, Monica Bonfanti. Pour l’heure, relève-t-elle, «il n’y a pas de doctrine établie. Chaque manifestation, chaque rassemblement est unique. A chaque fois, une appréciation est effectuée avec célérité.» La police affirme d’ailleurs ne pas renoncer à identifier les organisateurs. «Des investigations sont en cours pour les identifier, ils seront poursuivis, le cas échéant.»
Sans parler de son application délicate, la légalité de la Loi cantonale sur les manifestations reste sujette à caution. Elle est d’ailleurs contestée devant le Tribunal fédéral. Une réponse est attendue pour l’automne.
Marc Bretton (TDG)
Créé: 02.07.2012, 14h34
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4 Commentaires
bravo la police ..l'effet Maudet a du bon!!! Répondre
c'est irresponsable de venir avec un enfant dans ce type de manifestation d'extrême gauche...! Répondre
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