Malaise et colère au skatepark

Plaine de Plainpalais Le trafic de drogue, la violence et les vols sont en nette augmentation autour de l’installation. Une association de skateurs lance une pétition pour alerter les pouvoirs publics.

Image: Laurent Guiraud

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Bière à la main, un homme d’un âge avancé hèle vulgairement une adolescente qui passe. «Hey princesse…» Derrière, ils sont trois à sortir des toilettes, le pas rapide, le regard fuyant qui trahit quelque chose à se reprocher. C’est l’heure du goûter. «Venez voir ce qu’il se passe quand la nuit tombe», suggère un skateur. On s’exécute. Un triste spectacle quotidien entre dealers et consommateurs de drogue dure se joue sur la scène du skatepark de Plainpalais et ses alentours.

Cinq ans après la naissance du lieu destiné au skateboard, une dégradation sournoise s’est engagée. Elle a conduit OG Skate, une association genevoise, à lancer une pétition en ligne. Ils sont déjà près de 500 à l’avoir signée afin de mettre en évidence les perturbations, violences et vols, alerter les autorités et lancer une réflexion pour mettre en place des solutions. «En raison de sa localisation et sa configuration, le lieu est envahi par des dealers, des toxicomanes et des indésirables qui perturbent la pratique de sports urbains», écrivent les porteurs du texte. Les signatures et les commentaires abondent: «Je ne peux pas y aller avec mon fils car je ne veux pas le faire baigner dans cette ambiance», écrit un skateur et père de famille.

Seringues, méthadone, cocaïne…

Sur place, c’est Jonas Duclos, l’un des responsables de l’association, qui justifie la démarche. «Il y a un vrai malaise dû à la configuration du skatepark, assure-t-il. Il n’y a aucune entrée définie ni délimitation, n’importe qui peut se balader, voire se planquer ici. Ça devait être un lieu pour les jeunes et le sport, c’est devenu un lieu animé par les excès d’alcool et de drogue, et leurs conséquences indésirables.»

On observe le manège: peu de skateurs, plusieurs attroupements, des promeneurs traversent l’arène comme un quelconque carrefour, n’importe qui s’assied sur les bords de l’arène comme s’il s’agissait de bancs publics. Le matin offre un peu de répit, aux plus jeunes notamment, quand les noctambules quittent les lieux. Mais au fil de la journée, les activités interlopes reprennent. Le lundi de Pâques, quatre jeunes ont réussi à rattraper celui qui avait volé un de leurs sacs pendant qu’ils pratiquaient leur sport. Récemment, un employé de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) a dû faire face à un homme qui le menaçait d'un couteau.

Et puis il y a la prise de possession du bitume quand la nuit tombe. Cédric Bodinier, le gardien de l’installation sportive, a non seulement pour mission de maintenir le dialogue avec les usagers du skatepark, mais également de ramasser les déchets le matin. Ses trouvailles témoignent de la consommation nocturne: pipes à crack, seringues, flacons de méthadone sont consignés en image dans son téléphone portable. «Le record, c’est 15 grammes de cocaïne éparpillés sur le béton», se souvient l’homme de 45 ans, engagé au skatepark depuis son inauguration. «Il y a eu une claire évolution de la situation. Peut-être que la pression policière sur les Pâquis a poussé le deal vers le skatepark, analyse-t-il. Aujourd’hui, nous sommes désarmés pour gérer des situations toujours plus fréquentes: par exemple la violence entre adultes sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue.»

La Ville et la police partagent le constat

Le skatepark est souvent brandi comme trophée politique par les autorités de la Ville de Genève. Désormais, la réalité qui l’entoure en est devenue la face obscure. Et c’est précisément à la Municipalité qu’est destinée la pétition. Au sein du Service de la jeunesse néanmoins, on dresse le même constat que les utilisateurs ou les professionnels engagés sur le terrain (un gardien d’installation sportive et trois moniteurs salariés par la FASe à temps partiel): «Il nous faut sérieusement épauler l’équipe présente sur place», reconnaît Alain Mathieu, adjoint de direction. Des actions sont en cours, assure-t-il. Parmi celles-ci, l’engagement d’un assistant socio-éducatif est en consultation, quelques tables et bancs pourraient être supprimés prochainement, alors que le Service de la jeunesse prévoit de travailler avec la Fédération genevoise pour la prévention de l’alcoolisme (Fegpa) pour intervenir in situ. Enfin, les polices cantonale et municipales ont été averties et disent connaître la situation.

Ceux qui assistent à la dégradation du skatepark ont en tête une autre solution à mettre en œuvre prioritairement: des barrières et une entrée. «Aujourd’hui, on ne sait pas où commence le skatepark et où il se termine», fait remarquer Cédric Bodinier. «La zone réservée aux usagers serait clairement délimitée», renchérit Jonas Duclos. Envisageable? «Exclu!» bondit Rémy Pagani, conseiller administratif en charge de l’Aménagement à la Ville de Genève. «L’idée de départ était d’aménager un lieu ouvert pour tout le monde. On ne va pas commencer à retirer des éléments et boucler des zones.»

Les skateurs, eux, veulent éviter que leur parc devienne un coupe-gorge. «Le skateboard fera son entrée aux Jeux olympiques en 2020, rappelle Jonas Duclos. Il y a des jeunes à Genève qui rêvent d’y participer un jour. Ou simplement de pouvoir s’entraîner en paix.»

(TDG)

Créé: 20.04.2017, 18h18

Le ghorr aussi fait la misère des skateurs

Si l’architecte de la plaine de Plainpalais considère que le ghorr du Beaujolais «amène une lumière chaude et sensuelle dans une ville qui a connu des siècles d’austérité», ce revêtement ocre qui recouvre la surface de 70'000 m2 n’a jamais fait l’unanimité. Aujourd’hui, sur la pointe nord, il fait trébucher et use intensément le béton du skatepark. Parole de skateurs. Des cailloux se retrouvent sans cesse dans l’arène, à tel point que le gardien de l’installation a remplacé son traditionnel coup de balai matinal par un nettoyage… à la souffleuse. Aussi, après cinq ans, des morceaux de granit concassé (l’un des composants du ghorr) frottent contre le béton et altèrent le sol. Au lieu d’être lisse – donc idéale pour rouler dessus et permettant au corps de glisser en cas de chute – la surface est désormais devenue rugueuse.

Comme le revêtement d’un terrain de foot qu’on remplace, celui du skatepark va-t-il subir un lifting? Ce n’est pas prévu, au dire de Rémy Pagani. «Le béton est prévu pour durer au moins cinquante ans.» Au sujet du ghorr, Rémy Pagani répète que le choix s’est porté sur un matériau «polyvalent». Une sorte de compromis, en somme, qui le satisfait aujourd’hui encore, cinq ans après les grands travaux sur la plaine. «Avant, il fallait une semaine pour refaire les pelouses. Le ghorr a même réussi à faire disparaître les crottes de chien en les rendant visibles. Avant, les propriétaires de chiens ne se gênaient pas.»

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