Souvenir
Les Genevois à 200 mètres du sommet de l’Everest. C’était il y a soixante ans
Par Jean-Claude Ferrier. Mis à jour le 22.03.2012 3 Commentaires
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Il y aura soixante ans en juin qu’une expédition genevoise à l’Everest échoua à 200 mètres du sommet, trahi par des masques à oxygène inadaptés. Raymond Lambert et le sherpa Tensing, à bout de forces, eurent la sagesse de rebrousser chemin. Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, avait récemment traité les Romands de Grecs de la Suisse, ce qui frisait l’indélicatesse. Avec Hanspeter Born, il se rattrape aujourd’hui et nous livre un dossier bien ficelé sur l’expédition genevoise en interviewant le seul survivant de cette belle équipe, Jean-Jacques Asper. Pourquoi ne pas avoir attendu juin ? Il faut toujours être le premier. On parle du 11 Septembre au mois d’août déjà. Un journal avait annoncé la mort de Victor Hugo dix ans trop tôt. Lorsqu’il mourut pour de bon, le même canard eut le culot d’écrire qu’il avait été le premier à annoncer la nouvelle.
Il y a dix ans, le fils de Raymond Lambert m’avait contacté : il organisait une expédition à l’Everest, cinquante ans après son père. Pari gagné. On l’avait photographié au cimetière des Rois, devant l’énorme caillou s’élevant sur la tombe de Georges Favon, pour donner une ambiance népalaise… Je lui avais raconté un détail qu’il ne connaissait pas. Quand il était adolescent, Raymond Lambert déclarait à ses parents qu’il allait aux bains des Pâquis. En réalité il se rendait au Salève pour varapper. En retournant en ville, il s’arrêtait à la fontaine du Molard pour y tremper son costume de bain qu’il étendait ensuite au-dessus de la baignoire familiale.
Suite à mon article sur Lambert fils, une dame me téléphone pour me dire que son mari a participé à l’une des deux expéditions suisses à l’Everest en 1952 : «Personne n’a jamais parlé de lui, ça n’est pas juste». Je prends rendez-vous, je vois des photos qui me montrent Buzio, l’inconnu de l’Everest. Modeste ouvrier dans une usine, il adorait la montagne et s’était lié avec l’équipe du fameux Club de l’Androsace. Parti fatigué à l’Himalaya, il réussit pourtant à grimper à 8000 mètres. A la demande de l’horloger, il portait une Rolex sur à chaque poignet pour un test de froid et d’altitude.
René Dittert, chef technique de l’expédition, habitait notre immeuble à Sécheron. Enfant, on l’adorait car il nous faisait toujours rire. Pour s’entraîner, il montait toujours en courant les quatre étages jusqu’à son appartement. Il m’avait écrit une carte postale d’un camp situé à 4660 mètres lors d’une expédition à l’Himalaya en 1949 : «Quand j’avais ton âge, je rêvais d’une vie aventureuse, sous la tente, loin des villes. Cette fois je suis comblé et j’ai tout à la fois. Mais il faut aussi que je te dise que ce n’est pas toujours drôle. Il pleut à verse, il fait froid et je voudrais bien être à Sécheron. Demain le soleil sera revenu et je serai heureux d’être dans ce pays lointain».
«Ceusses de Genève sont souvent pas convenables, J’ai un boîton exprès pour les grimpeurs, Ousque j’relègue ces gens trop chahuteurs », couplet d’une chanson évoquant les expéditions de collégiens genevois en Haute-Savoie. Cette réputation de chahuteur devait perdurer puisque les montagnards de l’Androsace, ceux-là même qui allaient s’attaquer à l’Everest, étaient de gais lurons particulièrement bruyants. Plusieurs hôtels de Haute-Savoie, à Chamonix notamment, leur avaient fermé leurs portes.
J’ai eu la chance de côtoyer plusieurs Himalayens de Genève, en particulier René Dittert, Léon Flory et Ernest Hofstetter. Ils nous avaient entraîné, mon père et moi, dans des couloirs situés sous les Attelas, à Verbier. Avec des barres à mines de 2m20, sans fixations de sécurité, dans une neige pourrie, cela tenait de l’exploit. Le lendemain, dans la cabine du téléphérique, nous admirions nos traces.
Au début des années trente, tous les soirs, une équipe de copains se retrouve place de la Fusterie. Une passion, la montagne. En début de semaine, on évoque les exploits du week-end. Au fil des jours on prépare l’aventure du dimanche suivant. Parmi ces sportifs un jeune homme qui a grandi à Davos, Ernest Hofstetter, qui ouvrira un commerce de sports au passage des Lions puis à la Corraterie, où l’on admirait des photos de l’Everest. Il fera partie de l’expédition de 1952. Madame Hofstetter me dit un jour : «Je n’ai pas épousé un poète, mais un montagnard».
Edmund Hillary, né à AUCKLAND, parviendra au sommet de l’Everest en 1953 avec le sherpa Tensing. Le chef de l’expédition, le colonel John Hunt, rendit un vibrant hommage à l’expédition genevoise, qui avait ouvert la voie un an plus tôt. L’ambiance était plutôt militaire et Tensing avoua préférer l’équipe de copains genevois. Il se rendit plusieurs fois à Genève pour y retrouver ses amis et se rendre dans les varappes du Salève. Au sommet de l’Everest, Tensing avait creusé un trou dans la neige pour y enfouir des biscuits, du chocolat et des sucreries, son modeste présent aux dieux. Hillary déposa à côté un petit crucifix que lui avait remis John Hunt. Le sommet de la montagne est le séjour des dieux.
(TDG)
Créé: 22.03.2012, 12h51
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3 Commentaires
Ah, ce fameux Jean Pierre Asper, une personne que j'aurai bien voulu connaitre ! Répondre
Et Erika Stagni qui s'en souvient? Répondre
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