Marasme
Le viticulteur genevois Cretegny s'allie à Freysinger pour sauver le chasselas suisse
Par Mabut Jean-François. Mis à jour le 14.08.2012 19 Commentaires
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«A 50 jours des vendanges, les caves sont pleines, il n'y a plus d'acheteurs, il n'y a plus de prix.» Le Genevois Willy Cretegny lance un nouveau cri d'alarme. En juin, il est monté à Berne en tracteur pour manifester. Aujourd'hui, il demande au Conseil fédéral qu'il n'accorde des permis d'importer qu'aux négociants qui sont prêts à écouler davantage de vins suisses à un prix rémunérateur. Il bat la campagne pour réunir des soutiens à la motion déposée dans ce sens par l'UDC Oskar Freysinger.
Hodgers, Tornare et Barthassat soutiennent
On ne connaissait pas au Genevois des accointances avec le parti nationaliste... Willy Cretegny rit. «C'était stratégiquement important que la motion soit déposée par un élu du Valais, le plus grand canton viticole», répond-il. «Jusqu'à il y a peu, c'étaient surtout les Genevois qui sonnaient le tocsin. La motion Freysinger est cosignée notamment par le Vert Antonio Hodgers, le socialiste Manuel Tornare, le PDC Luc Barthassat.» Ce dernier a également déposé une motion pour augmenter la contribution fédérale à la promotion. Michèle Künzler appuie ces mesures. La cheffe de l'Environnement a écrit fin juillet au ministre fédéral de l'Economie et à ses collègues des cantons romands.
«La BNS dépense des milliards pour maintenir le cour du francs à 1 francs 20», argumente Willy Cretegny, dont le combat a commencé en 1992, quand Denner a ouvert la brèche de la libre importation des vins étrangers en Suisse. «Une catastrophe», estime le vigneron, qui réclame une rémunération de 4 francs le litre.
François Erard, directeur d'AgriGenève, tempère. Le marasme affecte essentiellement les vins de pays d'entrée de gamme. Les blancs et les rouges livrés en vrac ou au litre sont sous la pression d'importations bon marché et d'une année 2011 généreuse. La profession aidée par l'Etat devrait intensifier la promotion et envisager de réduire les quotas de production au-dessous des 1,6 litre au mètre carré pour les blancs de pays, respectivement 1,4 litre par mètre carré pour les rouges. AgriGenève prendra position le 27 août prochain.
Chasselas allemand et hongrois
«Des chasselas allemands et hongrois engorgent effectivement le marché, forçant les vignerons à vider leur cave à des prix à peine supérieur à 1 franc 50 le litre, confirme Olivier Barthassat, directeur au sein de la Maison Schenk et frère du conseiller national genevois. En revanche, les vins suisses sous étiquette à 15 ou 20 francs la bouteille se vendent bien.»
«L'association des négociants soutient la motion Freysinger, mais l'encadrement des importations demandée ne peut être qu'une mesure temporaire», commente le Genevois, qui ne croit pas au retour des contingents. Pour le négociant, la seule politique c'est la promotion. Il faut que les cantons romands fassent une promotion commune en direction de la Suisse allemande. Olivier Barthassat cite l'Autriche en exemple: «Ce pays a investi des millions dans la promotion de la marque vin d'Autriche, sans indication de cépage ni cibler l'un ou l'autre de ses sept vignobles. Résultat, les vins autrichiens sont désormais bien installés outre-Sarine.»
Les conditions ont changé. Coop et Denner dominent le marché. Les particuliers achètent directement de plus en plus à l'étranger. Les Suisses boivent moins de vin. Et des maisons suisses-alémaniques de négoce en vin ont été rachetées par des brasseurs... Bref, face à ce nouvel environnement, seule une communication intensive peut permettre au vin de pays suisse de se faire une place au soleil. Olivier Barthassat croit l'affaire possible et chiffre l'effort nécessaire entre 10 et 15 millions sur cinq ans.
Le modèle agricole en question
Willy Cretegny redoute de s'engager dans cette voie. Il réclame des conditions cadres qui favorisent la production du pays. «Pour tout un chacun, explique le Don Quichotte de la viticulture suisse, il est normal que la vitesse soit limitée dans les agglomérations. Il n'y a pas de raison que les aliments vendus en Suisse échappent aux normes suisses. Les consommateurs doivent pouvoir acheter avec l'assurance que tous les produits répondent aux règles suisses sans s'arracher les yeux à lire les étiquettes.»
Au-delà de la défense des vignerons suisses, c'est un nouveau modèle de société que défend le biovigneron-encaveur de Satigny. Il s'inscrit à 180 degrés de la politique agricole conduite depuis la chute du Mur de Berlin et qui vise à rendre les paysans suisses eurocompatibles. Willy Cretegny n'en veut pas. Il fait signer une initiative dans ce sens et expose son credo dans son site internet La Vrille.
(TDG)
Créé: 14.08.2012, 16h07
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19 Commentaires
Personnellement, j'enrage quand je vois tous ces camions transportant toutes ces marchandises à travers l'Europe, et ces bateaux qui nous amènent des pommes ou des oignons de Nouvelle-Zélande (oui!). Même raisonnement pour le vin : Qu'un Pata Negra, un Nero D'Avola traverse l'Europe, ok. Mais pour un vin de base qui existe ici, ne le faisons pas venir d'Autriche ou d'ailleurs, bon sang! Répondre
Lorsqu'un vigneron qui produit du chasselas n'arrive plus à le vendre, il a le devoir de se poser la question: est-ce qu'il faut changer qqchose ! J'aimerais dire à ce Monsieur que le chasselas, on en a pardessus la tête. Quand on est entrepreneur, on ne peut pas imposer aux gens d'acheter son produit, on est obligé de suivre le marché. Comment font les autres entreprises ? Répondre
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