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Ecole

«Le Röstigraben? C'est de la nourriture Madame!»

Par Aurélie Toninato. Mis à jour le 14.11.2012 8 Commentaires

Depuis la rentrée, les Genevois de 13-14 ans sont initiés aux dialectes alémaniques pendant leur cours d'allemand. Reportage au Cycle du Marais.

1/15 Une quarantaine d'élèves du cycle du Marais à Onex sont initiés depuis cette année aux dialectes alémaniques. Reportage dans la classe de Monica Cavadini, enseignante d'allemand.
Image: Pascal Frautschi

   

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«Qui peut me dire ce qu’est le Röstigraben?» «C’est de la nourriture Madame!» La scène se déroule au Cycle du Marais à Onex, pendant un cours d’allemand. Les élèves ont entonné un «Grüezi mitenand», en pouffant un peu, à la place du traditionnel «Guten Tag». Car depuis la rentrée, le schwyzerdütsch s’est invité dans le programme scolaire du Cycle d’orientation. Mais seule une partie des élèves se frotte aux dialectes alémaniques, à savoir les 10e année (13-14 ans), et l’an prochain les 11e , inscrits dans le profil «langues vivantes» de la section Littéraire et scientifique. Au Marais, une quarantaine d’élèves de 10e découvrent donc cette année la culture et la langue alémanique pendant dix-huit périodes de 45 minutes.

Phrases à répéter sur musique reggae

Ce mardi-là au cours de Monica Cavadini, on commence par écouter les douces sonorités du schwyzerdütsch. Une piste audio énonce des phrases en suisse-allemand, sur un fond sonore aux tonalités reggae. Les élèves les répètent eux-mêmes avant de les relier à leur pendant en hochdeutsch. Les répétitions se suivent et la participation s’essouffle un peu. Il faut dire que le rythme chaloupé de la musique n’est pas vraiment propice au dynamisme… Qu’à cela ne tienne, l’enseignante enchaîne sur un exercice qui mélange géographie et dialectes: sur une carte de la Suisse sont inscrites les manières de dire bonjour dans les différents cantons.

«Vieux jeu, sages et jouant avec de grandes flûtes»

Le cours se clôt par une dernière activité: l’étude des préjugés sur la Suisse alémanique et ses habitants. «Le suisse-allemand ça sert à rien mais ça ne me dérange pas de l’apprendre», lance Anita. Pour Agnès, «les Suisses-allemands sont vieux jeu» et pour Alice, « ils sont tous sages et calmes, là-bas la vie des profs est beaucoup plus tranquille!» Autres morceaux choisis: «Ce sont des gens qui jouent avec de grandes flûtes [du cor des alpes]» et «qui mangent traditionnel et ont peu de restaurants exotiques». Pour dépasser un peu ces préjugés, les élèves se rendront à Berne prochainement, pour une visite culturelle. Ils ont également entamé une correspondance avec des élèves de Bâle campagne.

«Utile si je dois travailler en Suisse alémanique»

Au terme de la leçon, que pensent les principaux concernés par cette initiation? Alice estime que «c’est quand même assez difficile mais ça aide pour réviser l’allemand, lorsqu’on compare la manière d’écrire les mots, le vocabulaire». Sami raconte qu’il a d’abord un peu paniqué en apprenant qu’il aurait des cours de suisse-allemand. «J’étais en vacances et en lisant le 20 minutes – ou on peut dire la Tribune si vous préférez – j’ai vu que le chef de l’école voulait nous mettre du suisse-allemand. Et pourquoi pas du chinois aussi! Mais aujourd’hui je pense différemment, c’est une langue marrante et plusieurs mots ressemblent au français. Et puis, ça pourra peut-être être utile si je dois aller travailler un jour en Suisse alémanique.» Quant à Kalua, elle hésite d’abord sur la pertinence de cette initiation. «Si on va travailler dans d’autres pays, ça sert à rien! Mais si on reste en Suisse, comme une grande partie du pays parle le suisse-allemand, c’est presque un devoir de connaître un peu cette langue. Je pense que c’est bien comme on fait maintenant: juste une initiation. Tout le monde devrait y avoir droit, pour s’habituer aux sons et découvrir une autre culture.» Si elle ne devait retenir qu’un mot? «Chuchichäschtli [petite armoire de cuisine], parce que c’est drôle!»

Des enseignants empruntés

Si du côté des élèves, le cours semble susciter l’amusement, il n’en va pas de même du côté de certains enseignants. Peur d’embrouiller les élèves qui peinent déjà à maîtriser le hochdeutsch, peur d’empiéter sur des heures destinées à réaliser le programme. Mais surtout, crainte d’enseigner une langue qu’eux-mêmes ne comprennent qu’à moitié et cela même s’ils ont à leur disposition des enregistrements audio et des correctifs. «Mais à l’inverse, certains collègues m’ont rapporté qu’ils trouvaient très intéressant de découvrir le suisse-allemand en même temps que leurs élèves», rapporte Monica Cavadini, qui maîtrise le dialecte zurichois.

La sensibilisation au suisse-allemand s’inscrit dans la volonté du Département de l’instruction publique de mettre l’accent sur l’enseignement des langues et de faire découvrir le bilinguisme suisse. Le but recherché n’est pas la maîtrise mais plutôt une découverte des dialectes et surtout de la culture. Cette initiation fera l’objet d’une évaluation, sur la compréhension notamment, et la note sera incluse dans la moyenne du cours d’allemand. (TDG)

Créé: 14.11.2012, 15h38

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8 Commentaires

Tessa Pasquier

14.11.2012, 17:09 Heures
Signaler un abus 7 Recommandation 7

Quand j'avais 16 ans, pour apprendre la langue, j'étais dans une famille TRES CHIC de la Ville de Berne. Monsieur, avocat-notaire et Madame fille d'industriels bâlois. En un mois, la seule chose que j'ai appris, car monsieur me le disait tout les matins quand je servais le pt.-déjeuner, c'est "charogne de welche" !!! C'est beau l'aristocratie . J'avais plus envie de l'apprendre le suisse-allemand Répondre


Marguerite Favre

14.11.2012, 18:15 Heures
Signaler un abus 8 Recommandation 8

Bien, très bien...maintenant, il serait bien d'initier les Suisses-allemands...à l'allemand ! Répondre



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