La fratrie Musa a été expulsée vers la Croatie

AsileLa forte mobilisation autour du cas de ces trois frères et sœurs kurdes de Syrie n'a pas infléchi la décision des autorités.

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La nouvelle est tombée hier à midi. Hazna, Slava, et Walat Musa sont à Zagreb. L’expulsion d’un frère et de deux sœurs kurdes de Syrie débutée mardi à leur arrivée à l’Office cantonal de la population et des migrations où ils venaient faire tamponner leur demande d’aide d’urgence (lire nos éditions du 05 et 06.09 et ci-dessous) vient de se conclure. Dans la matinée, les trois requérants d’asile ont atterri à Zagreb par un vol spécial parti de Zurich.

Quelques minutes après avoir appris la nouvelle, Martine de Solidarité Tattes prend la parole lors du rassemblement de soutien organisé devant les bureaux du conseiller d’Etat en charge de la Sécurité, Pierre Maudet. «On les a traités comme des criminels et embarqués dans un vol spécial alors qu’ils n’avaient jamais opposé de résistance à monter dans un avion. Ils ont entamé une grève de la faim et veulent rentrer en Suisse», annonce la militante, la voix chargée de colère et de tristesse. A ses côtés, les oncles et tantes de la fratrie Musa ainsi que leur petit frère, Redur, fixent la centaine de personnes présentes en silence.

Seule issue, la clandestinité

Lisa Mazzone, marraine de la fratrie et conseillère nationale verte, prend le micro et décrit «un grand sentiment d’impuissance face à un système où personne ne veut prendre de responsabilités.» L’élue dénonce à nouveau «la Suisse qui applique le règlement Dublin et le Canton de Genève qui décide du renvoi». Elle appelle tout à chacun «à se mobiliser et à résister par devoir d’humanité en allant à Berne dire que la Suisse doit changer sa pratique en matière de renvois». Fait marquant, les conseillers d’Etat de gauche, Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers ont indiqué au Courrier qu’ils regrettaient «d’avoir été mis devant le fait accompli mercredi matin et [nous] continuerons à plaider, au sein du Conseil, pour une politique d’asile plus humaniste». Le Département de la sécurité s’est lui toujours refusé à commenter les cas particuliers.

Membre de Solidarité Tattes, Juliette Fioretta questionne l’assemblée: «Peut-être devrions-nous arrêter de déposer des demandes d’asile et inviter les gens à passer directement dans la clandestinité vu que la voie légale ne fonctionne pas.» La fratrie Musa a en effet suivi toutes les étapes de l’asile en Suisse. Or un document attestant de son passage par la Croatie a permis de les renvoyer vers ce pays européen en vertu des accords de Dublin.

La suite? Mardi, l’avocat des Musa, Me Philippe Currat, a déposé une demande de réexamen de leur demande d’asile ainsi qu’une contestation de l’ordre de mise en détention. Mercredi, ses clients ayant quitté le territoire, la dernière procédure est devenue sans objet. «On peut continuer à s’inquiéter de la mise en œuvre des accords de Dublin qui sépare une fratrie et renvoie ses membres vers le premier pays de l’Espace Schengen où cela est possible sans aucune logique ni aucun souci humanitaire. Dans ce cas toutefois, j’ai la chance d’avoir pu maintenir les contacts avec mes mandants en Croatie, de sorte que je suis en mesure de déterminer avec eux la meilleure suite à donner à la procédure.»

La détresse du petit frère

Me Currat observe «une vraie contradiction» dans la volonté de maintenir l’unité familiale des requérants d’asile et la politique d’accueil prônée à l’égard des Syriens: «D’une part, ils ne peuvent obtenir de visa humanitaire que s’ils voyagent tous ensemble. D’autre part, les accords de Dublin ne garantissent le regroupement familial qu’aux mineurs.» Ainsi, Redur, le petit frère de 18 ans, a pu rester en Suisse où vivent des proches. Il se retrouve seul dans la chambre qu’il partageait en foyer avec son frère Walat. «Lundi, je devais commencer l’école et avec cette histoire, je n’y suis pas allé, répète-t-il désemparé. J’irai demain et après, je ne sais pas.» (TDG)

Créé: 07.09.2016, 15h28

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