La Cour des comptes enquête sur la Bibliothèque de Genève

CultureSaisie par le conseiller administratif Sami Kanaan, l'instance est chargée de faire la lumière sur le fonctionnement de cette institution en crise.

La Bibliothèque de Genève

La Bibliothèque de Genève Image: Pascal Frautschi (archives)

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Un audit pour y voir plus clair. L’annonce a été faite mardi matin au personnel de la Bibliothèque de Genève (BGE), par le magistrat en charge de la Culture, Sami Kanaan. Regroupant quatre sites (les Bastions, le Musée et Institut Voltaire, le Centre d’iconographie et la Bibliothèque musicale), l’institution genevoise, qui emploie 180 personnes, sera passée au crible par la Cour des comptes.

«J’ai sollicité cet audit de gouvernance et ils ont décidé de donner suite», confirme le conseiller administratif. Dans son courrier du 22 mars adressé au président de ladite Cour, il explique que le but est de «faire toute la lumière sur son fonctionnement et de contribuer ainsi à fournir des bases pertinentes pour faire face aux défis nombreux qui se posent à la BGE». Notamment dans le cadre de la Loi sur la répartition des tâches (LRT) entre la Ville et le Canton.

«Les rumeurs circulent sur une éventuelle cantonalisation. Le personnel s’interroge», commente Sami Kanaan. Il ajoute: «La Ville, elle, est favorable à un partenariat public renforcé avec le Canton et entend, quel que soit le cas de figure, être vigilante sur la préservation des acquis pour le personnel.»

Tensions depuis 2014

Au-delà de l’impact de la LRT, l’audit intervient aussi et surtout dans un contexte de crise au sein de la BGE. Lors d’une séance du Conseil municipal en février, plusieurs élus s’étaient fait l’écho des dysfonctionnements mais aussi de situations de conflit entre certains employés et le directeur Alexandre Vanautgaerden. La cheffe de groupe d’Ensemble à Gauche, Maria Pérez, était montée au créneau, dénonçant «une grave crise structurelle» remontant à «trois ans déjà». A l’époque, en 2014, une pétition avait été signée par une trentaine d’employés, afin de dénoncer l’augmentation du nombre de samedis de travail. Des critiques quant à la réorganisation des tâches au sein de l’institution s’étaient aussi élevées.

Dans le bulletin d’avril 2017 de l’Association genevoise des bibliothécaires et professionnels diplômés en information documentaire, son président, Christophe Riondel, écrit: «Des tensions se font sentir et les réformes peinent à se faire accepter.» A ses yeux, «une véritable prise de position claire sur l’avenir des institutions majeures comme les Bibliothèques municipales et la BGE est attendue de la part des autorités politiques de la Ville».

Rappelant les nombreuses évolutions du métier de bibliothécaire ainsi que de l’institution en général, Sami Kanaan précise que «beaucoup d’employés sont conscients de la nécessité de changer», de s’adapter aux nouveaux enjeux, tel l’avènement du numérique. Il assure par ailleurs comprendre que «ces changements, dont le rythme s’est accéléré, puissent créer des crispations et des incompréhensions. D’où l’audit!»

L’analyse portera notamment sur la gestion des ressources humaines. «S’il y a des tensions, il faut les prendre au sérieux, insiste le magistrat. Jusque-là, nos services n’ont rien trouvé de tangible, on verra si la Cour des comptes, organisme externe, parvient à les capter. Nous entamons ce travail justement pour pouvoir prendre des mesures le cas échéant.»

«Une bonne solution»

Dans l’opposition, le conseiller municipal PDC Jean-Charles Lathion estime que l’audit est une «bonne solution, qui démontre que les doléances du personnel n’étaient pas vaines». Il regrette toutefois qu’il faille en arriver là et voit dans ce recours à la Cour des comptes «un aveu d’impuissance tant de la direction de la BGE que du département». Regrettant pour sa part la «polarisation des débats» de manière générale, le socialiste Sami Kanaan rétorque: «S’il faut un regard externe, je n’hésite pas.»

Enfin, du côté des salariés, l’annonce a été plutôt bien accueillie. «C’est une bonne nouvelle», estiment certains, impatients de connaître le résultat de l’audit. Celui-ci devrait prendre environ six mois. (TDG)

Créé: 11.04.2017, 14h17

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