L’intérim se ferme aux chômeurs frontaliers

Economie genevoiseL’application d’un accord franco-suisse de 2006 fragilise la place économique genevoise.

A la tête de Synergie Genève, Michel Bertomeu est inquiet pour l’avenir.

A la tête de Synergie Genève, Michel Bertomeu est inquiet pour l’avenir. Image: L. Fotunati

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Sur la porte d’entrée de l’agence de placement Synergie, une affichette a fait son apparition. Elle est symbolique des temps particulièrement rudes pour les chômeurs frontaliers. Ces derniers subissent de plein fouet la mise en application d’un accord franco-suisse remontant à 2006.

Depuis quelques mois, et conformément à cet accord, la France réclame en effet aux employeurs suisses le paiement des charges sociales pour leurs salariés qui touchent ou ont touché des indemnités chômage en France.

Surcoût important

«Cela suppose que l’employeur suisse s’affilie à l’Urssaf (ndlr: l’organisme français chargé du recouvrement des cotisations sociales) à Strasbourg, qu’il établisse des fiches de salaire françaises et surtout qu’il paie les charges sociales françaises. Le tout avec effet rétroactif sur maximum trois ans, plus l’année en cours. Cet accord est tout simplement impraticable», lance Guylaine Riondel Besson, directrice du service juridique au Groupement transfrontalier européen (GTE). Un casse-tête administratif et un surcoût que les employeurs suisses, notamment les agences de placement, ne peuvent supporter. «De 15% de charges patronales en Suisse, on passerait à 55%», précise Michel Bertomeu, directeur de Synergie Genève. La conséquence directe n’a pas tardé: «On explique aux chômeurs frontaliers qu’on ne peut plus les engager.» Inquiète elle aussi, la directrice du service juridique de la Fédération des entreprises romandes, Olivia Guyot Unger, poursuit: «On empêche de facto des chômeurs de sortir du chômage.»

Au-delà du coup dur pour cette main-d’œuvre, c’est toute la chaîne qui risque d’être impactée. Des agences de placement qui sont statutairement leurs employeurs jusqu’aux clients de ces agences. «Les répercussions vont arriver très vite, signale Michel Bertomeu, car les employeurs genevois ont besoin de cette main-d’œuvre frontalière intérimaire. Car même si aujourd’hui on privilégie la main-d’œuvre locale, elle s’avère parfois insuffisante pour pourvoir aux demandes spécifiques de nos clients. En termes de quantité et de qualité.» D’où un risque de pénurie marquée dans certaines branches.

Au printemps, le bâtiment pourrait être fortement touché «C’est le moment de l’année où l’on recrute des machinistes. Or ils viennent quasiment tous de France. On va certainement en manquer.» Vont aussi en pâtir le secteur médical, l’hôtellerie-restauration, l’horlogerie, etc. Des noms tels que Rolex ou encore les Hôpitaux universitaires de Genève viennent naturellement à l’esprit.

La réponse du ministère

L’une des options possibles pour les agences de placement consiste à facturer à leurs clients le surcoût engendré. «Si les entreprises ne trouvent plus la main-d’œuvre nécessaire ou si celle-ci devient encore plus chère, celles qui le peuvent vont partir. C’est un coup de poignard porté à l’attractivité de la place économique genevoise», tranche Olivia Guyot Unger.

Pour tenter d’enrayer l’effet domino, une forte mobilisation se met en place. Les députés de France voisine montent au créneau, dénonçant ce «frein à l’embauche des Français en Suisse». Michel Bertomeu, au nom de Swissstaffing, union faîtière des agences de placement, rencontre les autorités françaises et genevoises. Le Département de la sécurité et de l’économie confirme avoir pris connaissance du dossier et assure que «des rencontres sont prévues avec nos partenaires».

De son côté, le GTE s’est rendu mercredi au Ministère des affaires sociales avec deux demandes: effacer la créance des employeurs suisses et travailler sur un nouvel accord. «La réponse du ministère ne devrait pas tarder», conclut Guylaine Riondel Besson. (TDG)

(Créé: 29.01.2016, 20h12)

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