L’écoquartier de la Jonction commence par décevoir

ArchitectureEloignées de l’image promise lors du concours, les premières façades font des sceptiques.

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Découvrir le futur écoquartier de la Jonction grâce à des lunettes de réalité augmentée. C’est l’une des expériences qui attend les Genevois, en marge de l’exposition de la maquette de la Ville de Genève, exhibée pour la première fois en version intégrale jusqu’au 28 mai (lire: La Ville de Genève dévoile sa maquette en version intégrale). Le morceau de ville, qui pousse sur l’ancien site d’Artamis, sera aussi illustré par des croquis et des maquettes d’études. Pourtant, le quartier réel, qui totalisera 300 logements, émerge déjà.

L’un de ses trois futurs îlots est déjà occupé. Et il ne ressemble pas forcément aux dessins parus en février 2010 au terme du concours d’architecture. Aux dominantes blanches et vertes des images de synthèse parues alors succède une matérialisation de béton beige, assorti à des éléments métalliques bruns.

«Cage à lapins trop carrée»

Est-ce pour le mieux? Boulevard de Saint-Georges, passants et voisins sont au mieux mitigés, au pire assassins au sujet du premier immeuble. Le seul commentaire vraiment laudatif vient de Leonardo Monti qui juge l’édifice «ni beau ni moche», mais évocateur à la fois du futurisme, des années 70 et des films à bas budget, en précisant que, pour lui, c’est un compliment. «Sobre, il n’est pas enjolivé inutilement, mais il aurait fallu des balcons», commente une Jonquillarde, Renée Jordan. «Pas moche, assez banal, un peu triste, jauge Lilo Hechmati. Mais pour du logement social, ça va.»

D’autres avis sont plus sévères. «J’ai vu des reportages sur des écoquartiers très design en Allemagne, mais là, c’est un bloc massif qui n’évoque rien d’écologique et qui laisse penser que ça vieillira très mal», déplore un commerçant anonyme. «Ce sera sûrement mieux quand ça aura été tagué, rigole son client. On dirait une banque, pas des logements.»

«C’est une cage à lapins sans charme, trop carrée, peu chaleureuse qui pourrait convenir à des bureaux, mais pas à des habitations», enchaîne un passant, Stéphane. Isabelle Brunier, qui travaille dans le coin, fustige: «De nuit, ça va, mais de jour, c’est très moche. Le béton strié beigeâtre, qui virera vite au grisâtre, ça se faisait dans les années 70. Mais en 2015? On dirait qu’on veut stigmatiser les habitants. Et dire que c’est issu d’un concours d’architecture!»

Disposition judicieuse

Il semble donc y avoir un écart entre les goûts du public et ceux du jury qui a préféré ce projet aux 57 autres en lice lors du concours. «C’est avant tout la morphologie urbaine, l’équilibre entre les bâtiments et les espaces publics qui nous ont séduits, souligne Laurent Geninasca, président du jury. C’était la meilleure solution, et de loin. La déception provient peut-être de l’effervescence qui a autrefois régné sur le site, mais il faut des années pour qu’un quartier prenne vie.»

Cet architecte neuchâtelois n’a pas revu les lieux depuis l’érection du premier édifice. «Lors du concours, on ne maîtrise pas l’évolution future du projet, l’expression des bâtiments ou leur traduction architecturale, poursuit-il. Il peut y avoir un hiatus, parfois dû aux demandes du maître d’ouvrage. Dans la construction, il y a actuellement de fortes pressions à l’économie. Cela peut engendrer des pertes de qualité.»

Vice-présidente du jury, Anita Frei réserve son jugement: «Je trouve l’expression architecturale des façades austère, mais la qualité d’un projet ne tient pas à cela. Le résultat final se jouera sur l’ensemble du quartier, ses espaces publics et ce qui s’y passe.»

Précisant qu’il s’interdit d’intervenir dans les choix d’un jury professionnel, pour éviter tout «fait du Prince», le magistrat chargé des Constructions en Ville, Rémy Pagani, prône la patience: «On ne peut pas juger sur un seul bâtiment.»

Une démarche «modeste»

Et qu’en dit l’architecte? Yves Dreier explique que le projet a évolué, durant les cinq années qui ont suivi le concours, au fil des discussions avec les investisseurs et la Ville. «Nous n’avons pas voulu bâtir un monument, mais créer un objet modeste qui se rattache à l’existant, aux coloris et matériaux qu’on trouve déjà dans le quartier, explique le Lausannois. Nous avons différencié le socle, voué à l’activité et habillé d’un béton travaillé, des étages d’habitation qui sont couverts d’un crépi minéral, comme on en faisait déjà dans les années 50. Nous avons choisi d’être traditionnels dans l’expression architecturale.» Lui aussi invite à attendre l’achèvement du quartier pour le juger. (TDG)

(Créé: 22.01.2016, 09h27)

Mots-clés

Sondage

Le premier bâtiment occupé de l'écoquartier de la Jonction est-il esthétiquement réussi?

Oui

 
12.3%

Non

 
73.6%

Je ne me prononce pas

 
14.0%

1687 votes au total


Isabelle Brunier
Elle travaille dans le quartier

Stéphane
Un passant

Renée Jordan
Une Jonquillarde

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