Nomenclature
Genève ne veut plus des hommes politiques dans ses rues
Par Julien de Weck. Mis à jour le 18.01.2013
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Nommer une voie à Genève peut s'avérer être un long chemin chaotique. Le processus tout d'abord. La commune soumet un nom à la commission de la nomenclature. Qui l’approuve ou le retoque. En fin de parcours, le Conseil d’Etat tranche. Sans oublier l’avis du promoteur immobilier, de la population et les lois régissant la dénomination des voies publiques. Dans le canton, deux noms identiques ou de même consonance sont par exemple interdits. Quant aux patronymes de personnalités, sauf dérogation, le Conseil d'Etat n'en veut plus depuis 2012. Vous l’avez compris, baptiser les rues genevoises est une opération délicate.
La commune de Veyrier vient d’en faire l’expérience. Il lui a fallu plus d'une année pour obtenir le nom d'un nouveau chemin. La première formulation atterrit sur le bureau de la commission en 2011. «Le chemin d'Etrembières» passe la rampe en novembre, mais n'est pas au goût des propriétaires de la parcelle sur laquelle va être réalisé le passage. Deuxième proposition de la commune: «Le chemin Jean-Grillet». Refusé par la commission début février 2012. Un troisième essai avec «le chemin Jean-Piaget » s’avère infructueux. Le nom du célèbre pédagogue est déjà réservé à l’une des voies du futur quartier des Grands-Esserts.
Le conseiller administratif Thomas Barth lance alors une bouteille à la mer, via Facebook. Les propositions affluent, donnant lieu à des échanges joyeux. Mais c’est finalement lors d’une cogitation interne au Conseil administratif, que le secrétaire général de Veyrier, Christian Garin, exhume «Le Trappeur» de Veyrier, Edmond Laurent Delieutraz (1876-1923). Ce personnage a sillonné la planète avant de s’essayer à la vie aventureuse de trappeur au Canada. De retour au pays, il s’installe à Veyrier où il chasse serpents et grenouilles, qu’il avale vivants devant des hôtes médusés. Ce mercredi, le Conseil d’Etat a donc entériné «Le chemin du Trappeur», plus d’un an après les premières démarches.
Responsable des adresses à l'Etat de Genève, Vincent Galley reconnaît que la procédure peut être fastidieuse. Le Conseil d’Etat a de plus restreint en 2012 la dénomination de voies avec des noms propres. Pour éviter que les communes proposent d’illustres inconnus, mais aussi pour se mettre à l’abri des polémiques. S’il suffisait auparavant au candidat soumis d’être décédé depuis plus de 10 ans, la personnalité doit désormais «avoir marqué de manière pérenne l’histoire du canton», rappelle Vincent Galley. Les dénominations courtes se référant à la toponymie locale sont privilégiées.
Une tentative d’éviter une future controverse telle que celle née rue Sautter. En 2008, l'idée de débaptiser une portion de cette artère au profit de la pionnière du droit à l’avortement, Gabrielle Perret-Gentil, avait suscité une levée de boucliers des conservateurs et mis le Conseil d’Etat dans l’embarras. La doctoresse est finalement devenue la 21e femme à voir son nom associé à une voie du canton de Genève qui en compte environ 3000 sur son territoire. Prochain casse-tête pour le Conseil d'Etat en 2015, date marquant le dixième anniversaire de la disparition de Grisélidis Réal. (TDG)
Créé: 18.01.2013, 18h31
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