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Polémique

L’Hôpital vit-il une «dérive autocratique»?

Par Sophie Davaris. Mis à jour le 13.06.2012 63 Commentaires

Un député accuse la direction des HUG d’abus de pouvoir. Michel Balestra, président du conseil d’administration, balaie ces reproches

Face aux accusations d'abus de pouvoir, Bernard Gruson, directeur des HUG, garde le silence.

Face aux accusations d'abus de pouvoir, Bernard Gruson, directeur des HUG, garde le silence.
Image: Pierre Abensur

Auditeur très critiqué

Les HUG recourent au cabinet d’audit Boston Consulting Group depuis des années. Pour un coût de 10 millions de francs par an selon le député Aubert. Bernard Gruson avance, lui, «4 millions pour le plan Victoria, qui a permis d’économiser 80 millions; c’était un investissement. La même somme a été dépensée pour le plan stratégique des HUG. Enfin, le cabinet d’audit participe actuellement au plan Per4mance, qui vise à économiser 60 millions d’ici à 2015.» La syndicaliste Manuela Cattani réagit: «Nous payons des gens très cher pour nous dire comment supprimer des postes de travail. Nous refusons ce 2e plan d’austérité alors que Victoria a déjà entraîné 350 suppressions de postes.» Un chef de service relève que les médecins «ne sont pas hostiles à une expertise extérieure, mais les gens du Boston sont installés aux HUG et ne semblent pas toujours comprendre notre métier».

S.D.

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«Autocratie: forme de gouvernement où le souverain exerce lui-même une autorité sans limite» – selon la définition du Robert . Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) vivent-ils une dérive autocratique? Le député Claude Aubert n’y va pas avec le dos de la cuillère en posant cette question écrite au Grand Conseil.

Déposé lundi, le texte attaque la direction générale des HUG sur plusieurs points. Il évoque d’abord son interférence dans les procédures de nomination, y compris dans la désignation du successeur de l’actuel directeur général Bernard Gruson: «Un candidat s’est fait sortir de la liste des papables par la direction avant même que ne se réunisse la commission de sélection!»

Le député déplore ensuite une ambiance de travail dégradée. «Une dizaine de cadres médecins ont démissionné; des cadres infirmiers sont partis ou ont été déplacés; une enquête (non diffusée) a montré que 55% des collaborateurs sont insatisfaits. Découragement, lassitude, sentiment d’être harcelé. En silence.»

Et d’enchaîner sur le «pouvoir exorbitant» de la direction générale, procédant aux allocations budgétaires, déterminant la dotation en personnel, décidant des carrières hospitalo-universitaires. «Elle tient tout le monde. Bien naïf serait le cadre qui oserait s’en offusquer: il risque de voir son budget rogné, son personnel diminué, sa carrière compromise. (…) Tout concourt pour dénoncer une dérive autocratique au sommet des HUG, accuse Claude Aubert. Il n’y a plus d’équilibre des pouvoirs dans ce système complexe. La mise hors jeu des chefs de service est évidente.»

Egalement mis en cause, un consultant externe «serait payé 10 millions par année» pour penser l’avenir de l’institution. In fine , le député demande au Conseil d’Etat une réaction du conseil d’administration des HUG. «Calomnie!»

Qui est donc ce député en colère? Elu du Parti libéral, psychiatre installé en ville, Claude Aubert n’en est pas à sa première attaque contre les HUG. En juillet 2011, il mettait en doute la régularité de la procédure de nomination du chef du Service de psychiatrie. En décembre, il soulevait le problème des liens conjugaux dans les hautes sphères des HUG et des possibles conflits d’intérêts en découlant. Aujourd’hui, il explique recevoir plusieurs témoignages que le personnel des HUG n’ose pas exprimer. «Dans une telle institution, il doit être possible de mener des débats internes. Lorsque ce n’est pas le cas, les gens parlent entre deux portes.»

Député et médecin lui aussi, le professeur Philippe Morel rejette vivement ces accusations. «Je passe douze à quinze?heures par jour à l’Hôpital, je suis proche des médecins, des infirmières, des nettoyeurs. Je peux vous dire que le climat n’est pas mauvais. Tout cela émane d’esprits chagrins et n’est que pure calomnie!» Philippe Morel défend-il une direction dont il est proche? «Je ne suis pas l’ami de Bernard Gruson, se défend le chirurgien, je me suis opposé à lui à plusieurs reprises. Mais je vous assure que l’Hôpital fonctionne à la totale satisfaction des patients.» Une réaction jugée prévisible par le député Aubert: «Philippe Morel est membre du Parti démocrate-chrétien, comme Messieurs Gruson et Unger.»

Interrogés, Bernard Gruson et le conseiller d’Etat Pierre-François Unger gardent le silence. Quant au président du conseil d’administration, Michel Balestra, il invoque «une période de restructuration: nous demandons aux gens d’être moins gourmands en charges et plus productifs en soins et en recherche. Cela provoque des frustrations.» Ressent-il un malaise interne, lié à une certaine pratique du pouvoir? «Non. Bernard Gruson fait très bien son travail. Dans les moments difficiles, il faut une gestion serrée.»

Sophie Davaris (TDG)

Créé: 13.06.2012, 08h11

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63 Commentaires

Pierre Duniton

13.06.2012, 09:13 Heures
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Un exemple de plus de dysfonctionnenements du système de santé mettant en évidence des méthodes utilisées : risque de diminution de budget, carrière compromise. Cette situation perdurera tant que les citoyens auront l'obligation de financer sans limite un système qui n'a jamais été sous contrôle. Répondre


ras le bol des insatisfaits

13.06.2012, 08:56 Heures
Signaler un abus 29 Recommandation 2

Sur la quantité de personnes insatisfaites combien y a-til de frontaliers? Une solution s'offre aux HUG licencier les frontaliers mécontents et engager des Suisses au chômage qui eux ne demandent quà trouver un emploi. ABE Répondre



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