«Ici, la monnaie, c’est le temps»

Journalisme de solutionDepuis quelques mois, Saint-Julien accueille une Accorderie. Un concept solidaire où on échange des services, du cours de français au jardinage.

Association de l'Accorderie du genevois. Association d'échange non rémunéré.

Association de l'Accorderie du genevois. Association d'échange non rémunéré. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Offrir une heure de cours de cuisine et recevoir en retour une heure d’arrosage de plantes ou une aide pour son déménagement. C’est le concept des Accorderies, un système solidaire venu du Québec qui contribue à lutter contre la pauvreté, l’exclusion et à favoriser le lien social. Une trentaine d’antennes ont déjà essaimé en France, dont une à Annecy et une autre à Saint-Julien qui a démarré sur les chapeaux de roue: en sept mois, l’Accorderie du Genevois a déjà engrangé 200 membres, «du trader qui travaille à Genève à la famille de primo-arrivants», indique Laurie Palayer, responsable de l’antenne de Saint-Julien.

Le principe: un accordeur propose ses services sur la plate-forme Internet de l’antenne de sa région; si un autre membre le sollicite, il se verra ensuite crédité de X heures réutilisables pour, à son tour, bénéficier d’un service. «L’échange se passe d’argent. Ici, la monnaie, c’est le temps», explique Laurie Palayer.

Soutien scolaire, jardinage et moto

Le mercredi, c’est jour de permanence à l’Accorderie du Genevois. Dans le local de l’antenne, Amal, non-francophone, se fait aider par Véronique pour remplir un formulaire de demande d’hébergement. Un service parmi beaucoup d’autres. Dans le top 3 des plus populaires: le bricolage, le dépannage informatique, les ateliers de conversation en français. Laurie Palayer ajoute: «Il y a aussi une grosse demande pour le soutien scolaire, notamment de la part des populations plus défavorisées.» Les accordeurs ne peuvent toutefois pas proposer de services dans leur domaine professionnel, «cela afin d’éviter une concurrence déloyale. Seuls les retraités peuvent le faire.»

Jean-Paul, 61 ans, bracelet en perles de bois autour du poignet, a l’offre généreuse. «Mes services? Tout ce dont je suis capable!» Cet agent communal propose une aide au jardinage, au déménagement, du covoiturage, «et même du ménage et des tours à moto!» Il ne demande pas grand-chose en retour. «Je cherche plutôt à donner.» Et de raconter une anecdote pour illustrer l’impact positif de l’Accorderie: «L’autre jour, avec ma femme, on a croisé une accordeuse dans un commerce. Il lui manquait trois euros pour payer ses courses. Elle n’aurait pas osé nous demander de la dépanner si on ne se connaissait pas. Grâce à l’Accorderie, une belle entraide a été possible.»

Dans la salle commune, on croise aussi Isabelle, 53 ans, et Sabine, 35 ans, qui élaborent une campagne de communication pour l’antenne. Le temps passé leur sera crédité, elles pourront le réutiliser en services. Elles offrent aussi les leurs, du covoiturage, la confection de confitures et de menus économiques pour Isabelle. «J’ai connu moi-même d’importantes restrictions budgétaires, alors j’ai développé quelques techniques…» Quant à Sabine, elle est au chômage et enceinte: «Aucune entreprise ne veut m’engager en ce moment, alors j’utilise mon temps pour me rendre utile! Cela me permet aussi de faire des rencontres et de profiter de services. Hier, un accordeur a réparé mon évier! C’était étrange de laisser entrer un inconnu chez moi, mais rapidement je n’y ai plus pensé. Il y a un lien de confiance grâce à l’Accorderie, ça sécurise.»

Confiance et garde-fous

C’est l’une des composantes essentielles du système: la confiance. «Elle est indispensable, abonde Laurie Palayer. Mais pour que les accordeurs ne soient pas que des noms sur un répertoire, nous organisons régulièrement des rencontres et des repas afin que les membres puissent faire connaissance.» La responsable ajoute encore qu’elle connaît tous les accordeurs, tous ont passé un entretien. Certaines offres sont par ailleurs testées au préalable par des membres et des garde-fous sont instaurés pour les services «délicats». «On veut éviter que des personnes vulnérables ne tombent sous l’emprise de tiers, ainsi on privilégiera le cours collectif à l’individuel pour des activités comme la sophrologie.»

L’Accorderie de Saint-Julien fonctionne grâce à des fonds privés et publics, qui permettent de financer le salaire de la chargée de projet. Le local a été mis à disposition par la Mairie. «L’engouement pour notre antenne est la preuve que son implantation ici fait sens. C’est une région avec une importante fracture socio-économique, des disparités salariales. Les communautés ont peu d’interactions entre elles et on trouve beaucoup de déracinés venus s’installer à Saint-Julien juste pour travailler à Genève. Il y a un fort besoin de resserrer les liens.»

(TDG)

Créé: 16.05.2017, 20h31

Et à Genève?

S’il n’y a pas d’Accorderie à Genève, des initiatives s’en rapprochent. Comme la plate-forme Trade School, basée sur le troc. Un cours de tango se «paie» ainsi avec de l’aide pour réparer un vélo, par exemple. Citons aussi le Mouvement des aînés et son projet d’échange de compétences Troc Temps, les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs à Lancy et à Vernier, ou encore le Système d’échange local (SEL), dont les 160 membres se partagent savoirs et biens sans échange monétaire.

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