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Anniversaire

Genève lance les festivités dédiées à Rousseau

Par Aurélie Toninato . Mis à jour le 19.01.2012 2 Commentaires

La commémoration du tricentenaire de la naissance du «citoyen de Genève» a officiellement démarré hier. L’écrivain sera fêté avec faste, à travers plus d’une trentaine d’événements.

Sur l’île Rousseau, la statue du philosophe a été tournée et regarde désormais en direction de la ville.

Sur l’île Rousseau, la statue du philosophe a été tournée et regarde désormais en direction de la ville.
Image: KEYSTONE

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En cette année 2012, impossible d’échapper à Jean-Jacques Rousseau. Vous pourrez toujours essayer; il est partout. A l’écran, en concert, en exposition, en conférence, en marionnette et même sur le lac. Partout! A l’origine de cette impressionnante omniprésence: le tricentenaire de la naissance de l’écrivain, l’un des citoyens les plus illustres de Genève, dixit le maire, Pierre Maudet. Les festivités ont officiellement démarré hier, à coups de conférences de presse, d’inaugurations, de discours en cascade et de rassemblement de magistrats municipaux et cantonaux. Rousseau a même attiré le conseiller fédéral Alain Berset en charge de la Culture, pour sa première visite officielle à Genève.

«Tout a commencé lorsque Rousseau s’est retrouvé face aux portes closes de Genève et qu’il a pris la décision de partir. Avec ces festivités, nous avons rouvert ces portes!» C’est ainsi que le maire de Genève, Pierre Maudet, lançait officiellement 2012 Rousseau pour tous. Au programme de cette année commémorative, rien de moins qu’une trentaine de manifestations. Morceaux choisis: du 1er avril au 31 octobre, les promeneurs – solitaires ou non – pourront déambuler sur les traces de l’illustre citoyen de Genève, livrets de balade en main. Du 25 au 29 avril, le Salon du livre sera placé sous le signe de Rousseau. Le 28 juin: apogée des festivités pour le jour de la naissance de l’écrivain, célébré par un cortège officiel, suivi d’un grand banquet républicain au parc La Grange et d’un spectacle. A noter que Rousseau se décline également sur le thème sportif puisqu’une «Sprint Cup» sera organisée sur le lac, réunissant des équipes genevoises, françaises et russes. Budget des réjouissances: 3,2 millions.

Découverte et coup de pub

Une partie de ces millions a servi au réaménagement d’un lieu emblématique du philosophe: la fameuse île Rousseau, dont le nouveau visage a officiellement été présenté hier également. Un pavillon d’information trône désormais sur l’îlot et diffuse courts-métrages et interviews sur la vie de l’écrivain. L’installation didactique répond ainsi à l’ambition première des festivités: «Permettre à tous de pouvoir approcher l’œuvre de Rousseau et de se rendre compte combien elle est éminemment contemporaine», explique Sami Kanaan, conseiller municipal en charge de la Culture. Et d’en profiter pour donner un petit coup de pub à l’image de la ville? «Notre but est aussi de valoriser Genève comme une ville de culture.» L’Unesco vient d’ailleurs d’apporter sa propre contribution au rayonnement de Genève: le patrimoine rousseauiste romand, constitué de manuscrits et d’éditions rares, est désormais inscrit au registre «Mémoire du monde». Mais on aurait tort de penser que Genève a l’apanage des célébrations du tricentenaire. L’écrivain n’aura jamais tant mérité son titre de penseur universel: on le fêtera à New York, Saint-Pétersbourg, Venise et encore São Paulo.

Un projet de réconciliation

Face à cet engouement planétaire, on peut légitimement se demander si l’homme mérite tant d’honneurs. Question posée à Alain Berset, conseiller fédéral, pour qui «Rousseau, avec son œuvre et sa réflexion, a durablement influencé l’évolution de la société et reste une source d’inspiration importante. Ses idées sont toujours d’actualité, par exemple sa réflexion sur l’organisation de la société et le bien commun.» Pour Pierre Maudet, «Rousseau a fait rayonner le nom de la Cité. L’écrivain a certes été maltraité par sa ville mais il l’a toujours gardée comme un modèle». Ce souvenir de mauvais traitements est toujours en mémoire du magistrat responsable de la Culture.

Alors pour que la hache de guerre entre Genève et son illustre citoyen soit définitivement enterrée, Sami Kanaan réfléchit à un «projet de réconciliation», soit un acte symbolique sur la place de l’Hôtel-de-Ville, lieu de l’autodafé des livres de Rousseau.

Rousseau et Genève: de l’amour à la haine

Entre Jean-Jacques Rousseau et sa ville natale, la relation a viré de l’amour à la haine. François Jacob, conservateur responsable de l’Institut et Musée Voltaire, et chef de projet de «2012 Rousseau pour tous» avec Dominique Berlie, revient sur le lien entre le philosophe et Genève.

François Jacob, Rousseau passe son enfance et une partie de son adolescence dans le quartier de Saint-Gervais et y semble heureux. Quand a commencé cette relation amour-haine pour Genève?

Ses prémisses se situent en 1755, lorsque Rousseau dédie son deuxième discours au syndic de Genève. Il attendait une réaction, il n’y en aura aucune. Le philosophe sera très déçu.

Mais la véritable rupture entre Genève et Rousseau aura lieu quelques années plus tard…

En effet. En 1762, Rousseau publie Du Contrat social et Emile ou de l’Education, qui sont rapidement condamnés en France. L’écrivain décide alors de fuir et de se réfugier à Genève. Mais dix jours après l’interdiction française, le Petit Conseil de la Cité de Calvin condamne à son tour les deux ouvrages. Un exemplaire de l’Emile est lacéré par le bourreau, sur la place publique. Cette action avait la valeur symbolique d’une mise à mort. De nombreux autres exemplaires seront brûlés devant l’Hôtel de Ville. Les autorités genevoises ne se contentent pas de détruire les livres de Rousseau; elles menacent de l’arrêter s’il s’avise de revenir à Genève. Le philosophe modifie ses projets et s’installe à Neuchâtel, alors en mains prussiennes. Rousseau a perçu cette attitude genevoise comme un total désaveu.

Le désaveu est tel qu’il va faire une croix sur son appartenance à Genève?

Oui, en 1765, lorsqu’il renonce à sa citoyenneté genevoise. Depuis lors, il vivra le reste de son existence en exil.

Pourquoi l’«Emile» a eu cet effet-là sur les Français et Genevois?

L’Emile et Du Contrat social étaient des livres explosifs et polémiques, accusés de détruire la religion chrétienne et les gouvernements, de remettre en cause le pouvoir oligarque genevois. Rousseau était constamment du côté de ceux qui contestaient ce pouvoir, à l’inverse de son contemporain Voltaire, qui soutenait les aristocrates. Celui-ci a d’ailleurs nui à Rousseau, en révélant notamment qu’il avait abandonné ses enfants.

Aujourd’hui, Genève et Rousseau se sont-ils réconciliés?

Lors des commémorations de l’écrivain en 1912, il y avait encore une gêne des Genevois face au personnage de Rousseau. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est la première fois dans l’Histoire qu’un véritable consensus se dessine. On se rend compte que l’écrivain a été – et est toujours – un miroir des interrogations de la société.

A.T. (TDG)

Créé: 19.01.2012, 23h21

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2 Commentaires

Marcel Dechval

19.01.2012, 23:47 Heures
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Un vilain penseur libre? Mais quel sacandale!
Ici, on n'admet que les capitaux en cash, pas les idées.
Vade retro SATANAS, on veut le veau d'or, pas les idéalistes!
Répondre


Piotr dowski

22.01.2012, 00:38 Heures
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C'est vrai, si J.Jacques etait un phoenix ressucité de ses cendres il ne reviendra jamais a Geneve.Car lui ne peut pas pardonner à l'ésprit Calvinien toujour présent en cette cité.



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