Portrait
François Longchamp, le serial réformateur
Par Eric Budry. Mis à jour le 11.02.2012 9 Commentaires
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Il lui a fallu s’y reprendre à deux fois pour devenir conseiller d’Etat, le socialiste Charles Beer lui ayant soufflé, en 2003, la succession de Micheline Calmy-Rey. Mais depuis sa première élection, en 2005, François Longchamp a fait plus que rattraper ces deux ans. Le conseiller d’Etat radical n’a en effet cessé de restructurer, de réformer et de reprendre en main tous les domaines en lien avec le Département de la solidarité et de l’emploi qu’il dirige.
Lors de la législature en cours, il aura notamment mis de l’ordre dans la gouvernance des EMS (établissements médico-sociaux) et, tout récemment, profondément modifié le régime de l’aide sociale en lui adjoignant un volet de réinsertion professionnelle. Dans les deux cas, cela ne sera pas allé sans mal. Si le magistrat trouve aisément des majorités pour soutenir ses projets au Grand Conseil, les attaques les plus fortes viennent généralement de l’extérieur. Que ce soit par le biais de référendums ou de fronde des acteurs concernés (cas des EMS).
Maîtrise totale des dossiers
Tout comme il n’était pas facile de faire avaler aux Genevois la fin des emplois temporaires destinés aux chômeurs en fin de droits en 2008, il n’a pas été aisé de les convaincre de mettre à mort, en novembre 2011, le revenu minimum cantonal d’aide sociale (RMCAS). Le peuple lui a pourtant donné raison une fois de plus en acceptant la Loi sur l’insertion et l’aide sociale individuelle (LIASI). Une victoire contre la gauche et les syndicats, qui n’ont pas encore trouvé la formule magique pour contrer efficacement ce serial réformateur.
L’une des grandes forces de François Longchamp consiste à construire des modèles alternatifs complexes et bien articulés qui parviennent à convaincre une majorité de citoyens d’abandonner les systèmes en place. Sa grande maîtrise des dossiers, unanimement reconnue par les députés, en fait un redoutable avocat de sa politique. Et sa force de travail lui permet d’enchaîner les réformes depuis plus de six ans.
Politique adroite ou de droite?
Il y a toutefois un revers de la médaille de ce portrait d’un conseiller d’Etat qui en deviendrait agaçant à force d’être trop parfait. «Je reconnais qu’il mène très bien sa barque, mais il est parfois trop technocratique, trop éloigné du terrain dans son approche des dossiers», note Anne Emery-Torracinta, députée socialiste. L’élue donne le récent exemple de son refus de prendre le relais de la Confédération pour financer l’allocation d’impotent comme l’a fait le Canton de Vaud. «C’est un peu court de dire aux institutions qu’elles n’ont qu’à faire des économies par des restructurations, ajoute-t-elle. Les «y a qu’à», c’est trop facile!»
Sur un plan plus politique, Jocelyne Haller reproche au conseiller d’Etat de mener une politique de démantèlement des mesures cantonales de lutte contre le chômage dans le but de ne plus s’appuyer que sur le dispositif fédéral. L’ancienne députée de solidaritéS, aujourd’hui élue à la Constituante, critique en premier lieu le manque de transparence qui accompagne cette évolution. «Il y a chez lui une sorte d’arrogance intellectuelle qui paraît lui faire penser qu’il est seul à avoir raison, commente Jocelyne Haller. C’est dommageable, car il se prive ainsi de l’expertise et de la connaissance de gens qui agissent sur le terrain.»
Anne Emery-Torracinta développe une autre critique: «François Longchamp est obnubilé par le budget et les comptes, estime-t-elle. Et il est très malin pour trouver des économies.» En soi, ce n’est évidemment pas un défaut, particulièrement dans son camp politique. Mais ses adversaires affirment que de nombreux services n’ont plus aujourd’hui les moyens de répondre aux besoins de la population.
Le défi de la libre circulation
Même s’il tique facilement lorsqu’il est attaqué, ces piques ne vont pas déstabiliser François Longchamp. Le programme de l’année qui s’ouvre est suffisamment chargé pour occuper son esprit. Ces prochains mois, la restructuration de l’Office cantonal de l’emploi et la centralisation de ses structures à Montbrillant vont passablement l’occuper.
Son grand défi sera toutefois le contrôle du marché du travail. Le débat sur l’efficacité des mesures d’accompagnement aux accords de libre circulation agite Genève aussi bien que la Berne fédérale. Le dispositif mis en place dans le canton a beau être le plus avancé de Suisse, les syndicats le jugent très insatisfaisant. Ils ont donc lancé une initiative pour renforcer ce contrôle. Hasard du calendrier, elle a été déposée hier.
L’attaque est frontale, et François Longchamp se devait de réagir. Il avoue aujourd’hui réfléchir à un contre-projet (lire ci-contre ). Alessandro Pelizzari, président de la Communauté genevoise d’action syndicale, estime que François Longchamp est «très bon dans le rôle de garant du partenariat social». En revanche, «sa vision libérale l’empêche d’envisager de confier à l’Etat un rôle de contrôle plus important». Jusqu’à quel point? La réponse tombera d’ici à quelques mois.
Eric Budry (TDG)
Créé: 11.02.2012, 08h59
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9 Commentaires
F. Longchamp ne laisse que les empruntes de traces qui recèlent ses propres passages précédents. Son action peut se résumer à faire, défaire et refaire, tout en manipulant en permanence les chiffres du chômage et de l'aide sociale. Grâce à lui et à ses pairs, les jeunes générations seront poussées à l'exil en ce qui concerne le marché du travail. Répondre
Ne serais-ce pas une pitoyable tentative pour valoriser le travail du seul rescapé PLR du Conseil d'Etat dans le but de faire oublier le bilan catastrophique des deux autres (M. Muller et Mme Rochat) ?
C'est vrai que M. Longchamp n'a pas (encore) de casserole accrochée aux fesses, mais son action, notamment en matière de lutte contre le chômage est loin d'être exemplaire...
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