Genève
Excédé par le bruit, il tire et blesse un jeune homme
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Une tension croissante
Ces dernières années, la tension n’a cessé de monter entre les habitants de la Vieille-Ville et les noctambules.
Fêtards avinés qui vocifèrent au milieu de la nuit, verre cassé, bagarres et déprédations sont le lot quotidien du quartier. Les riverains qui osent demander le respect de leur sommeil se font souvent accueillir par des bordées d’insultes. D’autres en sont même venus à déverser des seaux d’eau sur les noctambules tapageurs, au risque de les déchaîner encore plus.
Lassés d’appeler une police souvent en manque d’effectifs et qui depuis 2010 a mis un terme à ses rondes de nuit en semaine, les habitants de la Vieille-Ville ont adressé l’an dernier une pétition aux autorités cantonales. Ils demandent notamment d’avancer l’heure de fermeture des établissements publics.
Au printemps et à l’été 2011, des rencontres avaient été organisées entre l’administration, la police, les habitants et les exploitants. Rien de concret n’en est sorti pour l’instant. «Certains établissements sont sous surveillance et des discussions ont cours, confie Louis-Charles Lévy, coprésident de l’association de quartier. Mais ces processus prennent beaucoup de temps.» Quelques exploitants ont réagi en engageant des portiers ou des «chuchoteurs». Cela n’a hélas pas suffi à empêcher le drame.
Antoine Grosjean
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«Cela devait arriver»: cette réplique était hier sur toutes les lèvres en Vieille-Ville. La réplique des mauvaises nouvelles et du déploiement policier qui s’ensuit. La chose «prévisible» s’est donc produite à 4?h?30 du matin, si l’on en croit le communiqué de cette même police: «Suite à un échange verbal musclé, un habitant a tiré plusieurs coups de feu avec une arme de poing en direction d’un groupe de clients, passablement bruyant, à la sortie d’un établissement nocturne.»
Il se rend sans résistance
Au sein du groupe, un jeune homme, né en 1983, s’effondre, blessé par balle à l’abdomen. On appelle les secours. Le cardiomobile intervient rapidement. La jeune victime est emmenée aux Urgences des HUG. Opération chirurgicale et soins intensifs. Dans l’intervalle, les forces de l’ordre ont bouclé le secteur. Des gendarmes d’élite, cagoulés, investissent avant le lever du jour l’immeuble où habite le tireur, un retraité âgé de 78?ans. Après négociation, il ouvre sa porte et se rend sans résistance.
Le secteur est celui de la Tour de Boël, de la Bibliothèque de la Cité et des petites places pavées que l’on traverse pour rejoindre les Rues-Basses. Cheminement interdit une bonne partie de la matinée. Les inspecteurs de la PJ passent la scène de tir au détecteur de métaux, la Brigade canine est également engagée. De la fenêtre où les coups de feu sont partis apparaît une enquêtrice flanquée d’un appareil de photo. Ses collègues de la Crim’ fouillent chaque pièce. Carl-Vogt a envoyé ses fins limiers et leurs mallettes d’expert.
De nuit, en revanche, on fait moins dans la dentelle. Le quartier a beau être bien élevé, son vocabulaire nocturne est trop souvent celui de l’embrouille et de l’insulte. Des noms d’oiseau avant le doigt sur la gâchette. «Cela devait arriver»: le porte-parole armé du quartier est donc passé à l’acte. Comme ses voisins, il avait pétitionné pour dire son ras-le-bol, avant d’annoncer à qui voulait l’entendre qu’il utiliserait un jour son pistolet contre ces fêtards sans horaire qui les empêchent, lui et ses concitoyens, de dormir.
Passage à l’acte annoncé, celui d’un être «jovial mais impulsif», subissant aux premières loges «la grande sortie du Petit Palace» pour reprendre les termes d’une habitante partageant le même sommeil contrarié. Cette sortie-là, «c’est toutes les nuits à partir de 4?h, sept jours sur sept», renchérit une voisine, fataliste et découragée. Avant d’ajouter: «Les gens n’en peuvent plus. L’un d’eux est aujourd’hui en prison et un innocent est à l’hôpital.»
Bruit et chuchotements
Le patron du Petit Palace, Antoine Macheda, tient lui aussi à réagir. Il est catastrophé: «D’après ce qu’on m’a dit, le jeune homme qui a été blessé était un de nos clients. Je n’étais pas sur place avant-hier soir, mais notre videur, notre «chuchoteur» et le directeur de la boîte ont demandé à son groupe de faire moins de bruit, même si l’altercation a eu lieu vers la place Bémont et pas devant notre établissement. Nous faisons de notre mieux pour garder de bons rapports avec le voisinage, mais il n’y a pas que nos clients qui fréquentent ce coin.» Coin historique et désormais très médiatisé. (TDG)
Créé: 25.01.2012, 23h55







