En voulant circoncire un enfant, un chirurgien lui sectionne le gland

JusticeAu moment de l'acte, son père a pris une photo et le petit garçon s'est déplacé. Mais pour la procureure, le médecin n'a pas pris toutes les précautions.

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Photo d'illustration Image: Georges Cabrera

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Madame voulait que la circoncision se déroule au Maroc. Monsieur, lui, n’a pas choisi l’Algérie, malgré ses origines. «Je voulais que ça se passe en Suisse en raison de la compétence des médecins.» Mais le 31 juillet 2014, la main du chirurgien choisi avec tant de soin pour cette circoncision rituelle a dévié de sa trajectoire et le gland d’un petit garçon de quatre ans a été sectionné. Le médecin responsable de l’opération comparaissait mardi devant le Tribunal de police, accusé de lésions corporelles graves.

La lame du bistouri

Que s’est-il passé? Comment cet urologue d’excellente réputation, a-t-il manqué cette opération alors qu’il en a pratiqué plus de 2500 sans aucun problème? Il explique que ces circoncisions sont vécues comme des fêtes par les familles des patients qui lui apportent parfois des plats pour marquer l’événement. «Suivant leurs origines, les traditions des parents musulmans diffèrent. Certains me demandent de prononcer une formule au moment du geste.» La plupart du temps, on promet à l’enfant un beau cadeau. Et des photos immortalisent le moment.

Ce soir de juillet, vers 20 h, le docteur, comme d’habitude, engage la conversation avec son petit patient afin de «le mettre en confiance et de mesurer son adhésion à l’intervention».

Tout se passe bien. L’enfant est sous anesthésie partielle. Arrive l’instant fatidique où, comme l’explique le médecin, «il faut couper le prépuce avec la lame très tranchante du bistouri». L’acte dure une à deux secondes tout au plus. «Mais si quelque chose arrive à ce moment-là, c’est fini…»

Et quelque chose justement est arrivé. Le père a levé la main pour prendre une photo. Le petit garçon a effectué un mouvement du bassin pour se tourner vers lui. Le chirurgien a perdu la maîtrise du geste. Aussitôt, il a tenté de réparer son erreur en pratiquant une «anastomose». Autrement dit, en recousant le gland sectionné.

A partir de là, les versions divergent. Le prévenu assure qu’il a tout de suite pressé le père de se rendre aux HUG pour la suite des opérations, notamment la pose d’une sonde pédiatrique. Le père au contraire explique que le docteur a minimisé les dégâts et l’a fait patienter dans la salle d’attente jusqu’à minuit, avant qu’il ne se rende lui-même, à pied, aux Urgences.

Le garçon est resté tout le mois d’août à l’hôpital. Il a beaucoup souffert sur le plan psychique et physique. Aujourd’hui heureusement, après une dernière intervention chirurgicale en 2016, il est sur la bonne voie, indique le médecin des HUG qui le suit. Bien que son pénis garde encore «un aspect carré-bossu (sic)». Guérira-t-il complètement? C’est très possible mais il est trop tôt pour l’affirmer. «Il faut le laisser grandir et voir si, à 18 ans, il voudra une correction, poursuit le chirurgien. Je ne le pense pas car la déformation est discrète.» Le témoin souligne le bon travail effectué par le prévenu après l’accident.

Les parents, eux, décrivent la souffrance vécue depuis ce jour terrible et la culpabilité ressentie par rapport à leur fils: «On lui a déjà imposé une opération. A 18 ans, s’il n’est pas guéri, qu’est-ce qu’on va lui dire?» Ils ont peur des séquelles physiques et psychologiques. «Pour mon mari, son fils est son roi, détaille Madame. Il aurait pu le faire circoncire à la mosquée mais il voulait lui payer le luxe d’une intervention chez le médecin.»

Aux yeux de la procureure Judith Levy Owczarczak, le prévenu est coupable. Elle énumère ses manquements: pas de consentement éclairé signé par les parents; pas de sondes, en rupture de stock depuis deux semaines au cabinet; pas de précautions suffisantes afin que le petit patient ne bouge pas. Les sangles n’ont pas été utilisées. Il n’y a pas eu d’anesthésie générale. Et, en fin de compte, si le père et le fils étaient trop agités, l’opération aurait pu être reportée. Elle réclame 240 jours-amendes (à 200 francs le jour) avec sursis. Elle note que le seul changement de pratique chez l’accusé est le fait qu’il interdit désormais les photos durant les opérations.

Une erreur ne suffit pas

«Pourquoi couriez-vous ce soir-là dans tout Genève afin de trouver une sonde au lieu de vous rendre tout de suite à l’hôpital?» demande Me Jacques Emery, avocat des parents. «En fait, vous vouliez cacher aux HUG que vous aviez fait une faute médicale, vous vouliez masquer votre responsabilité!» A la défense, Me Charles Joye réclame l’acquittement de son client: «La main du chirurgien n’est pas infaillible, son œil non plus», plaide-t-il en citant un arrêt datant de 1944… Il souligne le sang-froid de son client et sa dextérité après les faits. «Il s’est produit un événement imprévisible qui a causé un accident regrettable. Une erreur ne suffit pas pour condamner, il faut une faute.» Le verdict sera rendu ultérieurement. (TDG)

Créé: 28.03.2017, 22h27

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