Condamné pour avoir agressé le chien Raffy

BernexL’homme s’en était pris au vieux labrador qui avait blessé son enfant de 19 mois.

Peu après les faits. le vétérinaire a tenté, en vain, de sauver la jambe de «Raffy» en la plâtrant.

Peu après les faits. le vétérinaire a tenté, en vain, de sauver la jambe de «Raffy» en la plâtrant. Image: DR

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L’affaire avait fait grand bruit le 1er août 2014 à Bernex. Ce jour-là, un chien qui a légèrement blessé la main d’une enfant de 19 mois, en lui volant une madeleine, a été roué de coups par le père de la fillette. Raffy, le labrador de 13 ans, a dû être amputé. D’après nos informations, l’homme qui a frappé le chien vient d’être condamné par le biais d’une récente ordonnance pénale: le prévenu, reconnu coupable de dommages à la propriété (ndlr: car les animaux sont des choses selon la loi) et de violation de la Loi fédérale sur les animaux, écope de 180 jours-amende avec sursis durant trois ans. Il est prié de s’acquitter d’une amende de 4500 fr. sous peine de purger 45 jours de détention, il doit payer 8500 fr. de frais de défense à la détentrice de Raffy et 1000 fr. de frais de procédure.

A l’époque, le prévenu avait, lui aussi, dénoncé la propriétaire du chien qui n’était pas tenu en laisse. Une plainte aujourd’hui classée par le Ministère public qui estime que la femme n’avait pas l’intention de commettre des voies de fait ou des lésions. D’après le constat médical, le chien est à l’origine «de trois éraflures avec du sang séché, et de deux lésions arrondies sur la main».

«Je vais le tuer»

Que s’est-il passé ce jour-là? Raffy, balle de tennis en bouche, se promenait avec sa maîtresse, défendue par Me Valérie Pache Havel. L’animal a aperçu l’enfant assise par terre, qui tenait une madeleine. Il lui a chipé le petit gâteau et s’en est allé. La petite, qui avait «opposé quelques résistances aux entreprises du canidé», a chuté en avant. Toujours selon l’ordonnance pénale du procureur Frédéric Scheidegger, le père s’est mué en justicier et a poursuivi le chien qui était à quatre mètres. Pluie de coups de pied pour l’éloigner. Puis, d’après le Parquet, il l’a saisi par la taille avant de le soulever et le projeter au sol à plusieurs reprises: «Je vais le tuer ce chien, il a mordu ma fille.» Le prévenu est descendu d’un talus en portant le chien. Il l’a jeté au sol. L’animal est resté passif, assure un témoin, «pattes vers le ciel, ventre visible». Coups de pied. Coups de poing. Interrompus, d’après le Parquet, par la venue des pompiers présents pour les festivités du 1er Août.

Les excuses du prévenu

L’enfant a du prendre des antibiotiques durant une semaine, sans compter un rappel du tétanos. Son père a expliqué en procédure que sa fille est traumatisée. Concernant Raffy, le vétérinaire, qui a constaté une dizaine de fractures à la patte, a estimé que pour causer de telles lésions «il fallait un accident de voiture à grande vitesse ou une chute du 2e ou 3e étage». L’amputation était inévitable. Raffy vit avec une prothèse. «Il peut remarcher grâce à sa prothèse, relève Me Pache Havel. Mais il est très diminué et est atteint d’un sévère ulcère de l’estomac, vraisemblablement dû au stress intense et au traumatisme.»

Le printemps dernier, le prévenu s’est excusé auprès de la propriétaire. Selon l’ordonnance, il a admis avoir agi de façon imprévisible et excessive. Il n’a eu en tête, dit-il en audience, que le souci de protéger sa fille. Pour le Ministère public, le prévenu, en proie à une vive émotion compréhensible au vu des circonstances, a néanmoins voulu se venger, alors que l’enfant était manifestement hors de danger. Ce qui le conduit à cette sanction. La contestera-t-il? Nous avons tenté de contacter cet homme, qui ne vit plus en Suisse. Sans y parvenir. «Vu le départ du prévenu à l’étranger, ma cliente a peu d’espoir de se voir rembourser ne serait-ce qu’un franc pour les frais vétérinaires, ajoute l’avocate. Ce qui compte, c’est que son chien ait pu être sauvé grâce au travail des vétérinaires et du prothésiste et qu’une telle cruauté soit sanctionnée.» (TDG)

(Créé: 14.03.2016, 18h45)

«La propriétaire n’a pas réagi»

A l’époque, l’avocat du prévenu expliquait que Raffy a léché une première fois la main de la fillette, puis le bras. Lorsque le père a vu l’avant-bras dans la gueule de l’animal, il a paniqué. Sans réfléchir, mû par l’instinct, il dit alors avoir tout tenté pour chasser Raffy loin d’eux. Il reconnaît avoir donné des coups, sans toutefois se souvenir combien et sur quelle partie du corps. L’avocat ajoutait alors que le labrador ne s’est pas écarté tout de suite de son client. Il aurait même tenté de revenir vers le bébé. Ce qui aurait attisé l’instinct de défense du père. Celui-ci reconnaît avoir donné des coups à l’animal et l’avoir pris par le collier pour l’éloigner définitivement. Le papa ajoute qu’il ne comprend pas pourquoi la propriétaire n’a pas réagi.
Pour la propriétaire de Raffy, c’est le prévenu lui-même qui a posé sa fille par terre pour lui montrer le chien: «Il n’y avait pas de traces de sang sur les mains de la petite, dit-elle. En revanche son père a continué à maltraiter Raffy, malgré les signes manifestes de soumission du chien qui ne se défendait pas. Je note que la peine fixée contre le prévenu correspond au plafond, de jours-amendes avec sursis, prévu par la loi.» F.M.

Sans laisse

Au lendemain des faits, la propriétaire de Raffy a reçu une amende de 350?fr. La raison: le jour de l’agression, l’animal n’était pas tenu en laisse. Une sanction qu’elle a contestée. Citant un pompier, elle explique que sur ce site, les animaux ne doivent pas être tenus en laisse. Le Service des contraventions persistera-t-il dans sa sanction? La procédure, suspendue en attendant l’issue des plaintes aujourd’hui traitées par le Ministère public, reprendra prochainement. F.M.

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