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SantéUn tiers de la population dort mal. Panorama des troubles du sommeil et traitements.

L'apnée du sommeil est le trouble le plus fréquent. Des traitements existent, pas forcément liés aux médicaments.

L'apnée du sommeil est le trouble le plus fréquent. Des traitements existent, pas forcément liés aux médicaments. Image: GETTY

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Dans un canton où plus du tiers des habitants se plaint de mal dormir, une journée consacrée au sommeil ne passera sans doute pas inaperçue. Samedi, le public pourra évaluer son risque de souffrir d’apnée du sommeil - le trouble le plus fréquent - et bénéficier des conseils d’un expert*.

Cette journée de sensibilisation, organisée par le centre genevois du sommeil CENAS, était précédée, hier, d’une conférence de deux spécialistes du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) suivie par une centaine de médecins genevois. L’objectif? Les sensibiliser à ce problème fréquent en présentant l’étude menée auprès de plus de 2000 Vaudois entre 2009 et 2013, qui révèle notamment que près de la moitié des hommes et un quart des femmes de plus de 40 ans souffrent d’apnées du sommeil récurrentes (plus de 15 réveils par heure de sommeil) affectant leur santé. La plupart d’entre eux sans le savoir. Selon le Dr Alain Bigin Younossian, pneumologue à l’Hôpital de la Tour et membre de la commission médicale du CENAS, «seuls 20% des individus souffrant de troubles du sommeil sont correctement diagnostiqués et traités».

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L’apnée rend-elle malade?

Pourtant, «mal dormir n’est pas une fatalité. Il existe des traitements qui ne passent pas nécessairement par des médicaments», lance le Dr José Haba-Rubio, médecin cadre du Centre du sommeil du CHUV et coauteur de l’étude, avec le Dr Raphaël Heinzer.

Dues à un affaissement des muscles de la gorge, les apnées du sommeil sont de brefs arrêts respiratoires qui abaissent le taux d’oxygène dans le sang et augmentent celui de gaz carbonique. Le cerveau réagit en provoquant un microréveil. Lorsque le phénomène se répète plusieurs centaines de fois par nuit, il en résulte non seulement une grande fatigue et une somnolence diurne, mais aussi des dégâts à plus long terme.

L’étude du CHUV a en effet établi une association entre l’apnée et trois maladies: l’hypertension, le diabète et la dépression. «Le suivi de la cohorte nous dira si l’apnée est à l’origine de ces maladies. Elle nous permettra aussi d’identifier les sujets à risque - car tous ceux qui souffrent d’apnées ne développent pas ces troubles», précise José Haba-Rubio.

La bonne nouvelle, c’est que l’apnée se traite. Il est d’abord conseillé de «perdre du poids, d’éviter l’alcool et les somnifères qui relâchent les muscles». Ensuite, il est proposé de porter des prothèses d’avancement de la mâchoire ou des dispositifs qui empêchent de dormir sur le dos. La méthode la plus efficace reste la CPAP (prononcez cipape), un masque qui envoie de l’air dans la gorge à une certaine pression et dégage les voies aériennes: «90% des patients en sont satisfaits», indique le spécialiste.

Outre les apnées, d’autres troubles altèrent la qualité du sommeil. Selon l’étude vaudoise, le syndrome des jambes sans repos ou les mouvements périodiques des membres inférieurs touchent 28% des adultes (plus de 15 mouvements par heure). «Ce chiffre nous a beaucoup étonnés; mais des médicaments très efficaces existent», rassure le spécialiste. Plus rares: le bruxisme (mâchoire qui grince: 4 à 6%), le somnambulisme (1%), l’hypersomnie ou les rêves agités (1 à 2%), nous privent aussi d’un repos réparateur.

Se coucher épuisé

Par ailleurs, l’insomnie demeure une plainte fréquente. Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes ou précoces: quelle que soit sa forme, elle empoisonne la vie de beaucoup d’entre nous au point qu’«une personne sur dix prend régulièrement des médicaments, sans forcément dormir mieux», note José Haba-Rubio. Soulignant le risque d’accoutumance aux somnifères, il ne préconise pas davantage les antihistaminiques qui entraînent une somnolence, altèrent la mémoire et perturbent la concentration.

Alors que faire? Le spécialiste relève que l’insomnie s’autoentretient. Il arrive que des événements perturbent occasionnellement notre sommeil. «Cela arrive lors d’un épisode stressant, un deuil, une dépression… Si au-delà de l’événement perturbateur, l’insomnie perdure, le cerveau finit par associer le lit à un endroit où l’on ne dort pas. Un cercle vicieux s’installe. Il faut le rompre.» Comment? Le médecin préconise des thérapies cognitivo-comportementales pour réassocier le lit au sommeil.

Concrètement, l’insomniaque doit limiter le temps passé au lit et ne se coucher que lorsqu’il tombe de fatigue. «Lors d’un réveil nocturne, mieux vaut se lever que rester couché à ruminer de sombres pensées. Mais ne vous levez pas pour regarder vos mails! Ecoutez de la musique, lisez, faites quelque chose qui vous relaxe et empêche de penser au sommeil.» Et de prodiguer, enfin, quelques conseils de bon sens: éviter les excitants, la nicotine, l’alcool – «il permet de s’endormir vite mais le sommeil s’en trouve très fragmenté» – et fuir les écrans, dont la lumière bloque la sécrétion de mélatonine, favorable à l’endormissement.

*Stands à Uni Mail et au Molard de 9 h 30 à 17 h 30 (TDG)

Créé: 16.03.2017, 18h35

Tester et traiter l’apnée du sommeil

L’étude du CHUV a permis de mettre au point un test (NoSAS Score) qui permet d’écarter ou de confirmer son propre risque de souffrir d’apnées du sommeil. Il tient compte du tour de cou, de l’indice de masse corporelle, du ronflement, de l’âge et du sexe. Selon le score obtenu, il est conseillé de consulter un médecin.

Le Dr Alain Bigin Younossian relève que le dépistage du syndrome d’apnées du sommeil nécessite une évaluation par un médecin formé afin de décider quel examen diagnostic sera le plus adapté.
Le CENAS et les HUG proposent l’examen le plus élaboré, appelé polysomnographie, qui comprend un enregistrement du sommeil (électroencéphalogramme, mouvements des yeux et tonus musculaire), des mouvements des jambes, de la respiration (mouvements thoraciques et abdominaux, mesure du flux d’air dans le nez), de l’oxygénation du sang et du rythme cardiaque, le sommeil étant filmé de bout en bout. Après cet exercice réjouissant, le patient peut, si indiqué, passer des tests de vigilance durant la journée, où l’on mesure le temps qu’il met à s’endormir afin d’évaluer la somnolence diurne. S.D.





Plus de 2300 consultations aux HUG

«Nous n’avons pas été informés de cette journée de sensibilisation, c’est dommage», regrette la professeure Paola Gasche, responsable du service de pneumologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), dont le propre Centre de médecine du sommeil (CMS) examine tous les troubles du sommeil, de nature respiratoire, psychiatrique ou neurologique. Le CMS, ex-laboratoire du sommeil dépendant de la psychiatrie, a été rattaché à la pneumologie et devrait rejoindre le site de Cluse-Roseraie.
«Nous avons noté que cette localisation excentrée et l’association à la psychiatrie décourageaient un tiers de nos patients», constate Paola Gasche. En 2016, sur les 3000 consultations de somnologie organisées, seulement 2336 ont pu être menées à bien.

«Le sommeil est à la mode. Mieux informé des risques d’un mauvais sommeil, le public consulte plus facilement.» Si les hommes et les femmes sont également représentés, des profils nouveaux apparaissent dans la consultation – «des jeunes banquiers, des adolescents». Le médecin rappelle que si un adulte a besoin de sept à neuf heures de sommeil, un enfant de 6 à 13 ans devrait dormir entre neuf et onze heures, et un adolescent de 14 à 17 ans entre huit et dix heures (voir l’infographie).

De son côté, le CENAS réalise plus de 500 examens par an, dont 90% ont permis de diagnostiquer un syndrome d’apnée du sommeil.

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