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Alcool et jeunes

Ces Genevois ivres morts à 15 ans

Par Laurence Bézaguet. Mis à jour le 17.10.2012 49 Commentaires

En quête de sensations fortes, de plus en plus d’adolescents arrivent dans un état critique aux Urgences. Les parents sont démunis.

Image: Chris Blaser/Tamedia

(Image: Gilles Laplace, source HUG)

Le rôle des parents

«Lâchez-nous les baskets… mais ne nous laissez pas tomber quand même!»

«Plus on consomme régulièrement très jeune, plus on risque de devenir dépendant par la suite», avertit Laurence Fehlmann Rielle, secrétaire générale de la Fédération genevoise pour la prévention de l’alcoolisme (FEGPA). Cet organisme travaille avec des collectivités, comme les communes, et des personnes relais pour combattre la consommation précoce et diminuer les comportements à risques. Car, relève la spécialiste, «le mode d’alcoolisation-express des jeunes met leur santé et leur intégrité physique en danger».
La FEGPA les aide à développer des compétences sociales. Mais «pour être efficaces, les adultes qui entourent ces jeunes doivent être conscients des risques encourus, poursuit Laurence Fehlmann Rielle. Or, les parents font souvent preuve d’un biais d’optimisme. Ils voient bien le danger, mais pensent que leur enfant n’entre pas dans la catégorie à risque!»
Des parents qui se sentent, en outre, de plus en plus démunis. Une enquête réalisée à Genève par la FEGPA a démontré qu’ils ont besoin d’être renforcés dans leurs motivations et leurs compétences. «Notre site mon-ado.ch peut les aider à aborder les questions liées à l’alcool avec leurs enfants. Nous leur offrons des données scientifiques sans préjugé, ajoute la porte-parole de la FEGPA. Mais les familles ont très souvent l’impression que leur progéniture ne les écoute plus, que seuls les copains et les médias ont une influence sur elle.»
Faux, à en croire notre interlocutrice! «Une autre enquête a relevé que les jeunes ont grandement besoin de leurs parents et qu’ils s’attendent à ce qu’ils ne soient pas trop permissifs face à l’alcool. «Lâchez-nous les baskets… mais ne nous laissez pas tomber quand même!» leur disent-ils en substance. Un message précieux, mais pas simple à suivre.» L.B.

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Les jeunes Romands «champions» de l’alcool, titrait la Tribune dans son édition du 9 octobre. Selon une récente enquête de l’Office fédéral de la santé publique, 26% des 15-19 ans se saoulent au moins une fois par mois. Ils déclarent avoir bu 5,5 verres et dépensé 51 francs lors de leur dernière sortie nocturne. «Une fête sans alcool, ce n’est pas une fête! L’ivresse nous désinhibe et nous permet de nouer plus facilement des contacts», justifie une collégienne de 15 ans.

Ces chiffres «ne surprennent pas du tout» Marianne Caflisch, médecin adjointe à la consultation des adolescents de l’Hôpital des enfants: «Depuis une petite dizaine d’années, nous constatons une hausse constante des cas d’ivresse entraînant des hospitalisations pour intoxication alcoolique.» Entre 2004 et 2010, le nombre de jeunes qui ont ainsi fini aux Urgences pédiatriques a même augmenté de plus de 230% (voir l’infographie ci-dessous). La courbe semble heureusement se stabiliser depuis 2009. «Il se peut que les adultes soient plus attentifs et les lieux publics plus restrictifs, même si des ados n’hésitent pas à boire dans les parcs, pendant la pause de midi ou entre 5 et 7 heures, avance Marianne Caflisch. Les écoles mettent vraisemblablement aussi davantage en garde leurs élèves durant les voyages d’études.» Mais gare à trop d’optimisme, prévient la doctoresse: «Les jeunes gèrent peut-être différemment leur ivresse entre eux.»

Concrètement: quelque 90 adolescents, en moyenne, issus de toutes les catégories socio-économiques – dont 50% de filles – atterrissent chaque année aux Urgences pédiatriques pour excès de boissons, ce qui représente une à deux hospitalisation par week-end: «Environ 20% d’entre eux sont envoyés aux soins intensifs à la suite d’un coma éthylique, les autres souffrent souvent d’hypothermie et de trous noirs. Ils ne savent plus ce qui s’est passé et s’inquiètent d’éventuelles violences subies.» La perte de contrôle peut, en effet, engendrer des comportements agressifs et des relations sexuelles non protégées, voire non désirées.

Ivresses volontaires

Et cette réalité ne serait que la pointe de l’iceberg! Les chiffres des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ne tiennent pas compte des jeunes pris en charge par leur propre médecin, un centre d’accueil ou la police. «Ici, on ne voit sans doute que les cas extrêmes, admet Marianne Caflisch. Nos plus grands pics se produisent en fin d’année scolaire.»

Regrettant la banalisation des soirées arrosées, la spécialiste – comme d’ailleurs l’ensemble des acteurs confrontés à ce fléau – pointe du doigt le changement dans la façon de boire: «Les jeunes s’enivrent le plus vite possible avec des alcools forts et des bières à haut dosage (11 degrés). Ils se mettent volontairement dans un état d’ivresse; parfois même avant d’aller à la fête, car c’est moins coûteux. Même si certains n’hésitent pas à sortir 200 francs en début de soirée…» C’est le phénomène du «binge drinking», soit la consommation occasionnelle mais excessive avec l’intention de se saouler.

Jusqu’à présent surtout connue dans les pays nordiques ou anglo-saxons, cette «mode» s’est étendue à toute l’Europe. Elle n’épargne pas Genève, pas plus que ses plus jeunes habitants, eux aussi en quête de sensations fortes. «Nous soignons des enfants de 11-12 ans pour des intoxications aiguës», confirme la médecin adjointe à la consultation des adolescents des HUG. Cela reste heureusement rare (cinq cas sur les 90 hospitalisations juvéniles annuelles liées à l’alcool).

Les adolescents n’imaginent pas qu’ils peuvent se saouler rapidement; ils constatent surtout que l’alcool est facilement disponible dans leurs soirées. «Alors ils boivent naturellement pour faire comme les autres. L’exemple des pairs est très important à cet âge!» rappelle la doctoresse. Ce rite de passage «obligé» est d’autant plus privilégié par les jeunes en quête de transgression que l’alcool est plus facile d’accès et bien moins stigmatisé socialement que les drogues.

La meilleure prévention reste l’information précoce, estiment les thérapeutes. Or, les fêtards apparaissent nettement plus sensibles aux effets positifs de la fameuse cuite du samedi soir (joie, convivialité et facilité de communication) qu’aux graves conséquences qui les menacent. «Les ados ivres peuvent pourtant mourir d’hypothermie ou aspirer leurs vomissements dans les poumons. Et puis, les chutes sont fréquentes, sous l’influence de l’alcool; fractures et blessures à la tête à la clé, informe Marianne Caflisch. L’hypoglycémie peut aussi entraîner des crises d’épilepsie, sans oublier les effets toxiques de l’alcool sur les cellules du cerveau, et bien sûr le coma.»

Rupture de confiance

Or, il est difficile de sortir ces adolescents de leur spirale infernale, car ils ne viennent pas spontanément vers des spécialistes. Il faut en général une hospitalisation ou un problème avec la justice pour qu’ils sollicitent de l’aide. «J’essaie ainsi de rencontrer tous les jeunes dans les dix jours après leur admission aux Urgences. Pour voir ce qu’ils ont compris, ainsi que la réaction des familles. Cette consultation est suivie à 85%, dans deux tiers des situations l’adolescent est accompagné par un parent.» L’attitude parentale est déterminante pour contrer les abus, parfois suivis de rupture scolaire, estime la spécialiste des HUG: «La plupart ont confiance en leurs enfants et se sentent démunis quand ça tourne mal. Le plus dur, c’est la rupture de confiance.

Les parents sont d’abord choqués et inquiets par rapport à la santé de leur enfant, puis c’est la déception et la colère.» Les familles tentent alors de remettre un cadre: «Le jeune est en général privé de sorties pendant un certain temps. C’est bien, à condition que la punition soit mesurée. Il faut fixer des limites tenables qui permettent à l’enfant d’apprendre à dire non à ceux qui le poussent à consommer et de réacquérir la confiance parentale.» La doctoresse ne prône donc pas la tolérance zéro: «Contrairement aux adultes qui condamnent les mauvaises influences des pairs, je n’insiste pas sur le changement d’amis. C’est leur choix! J’essaye simplement d’aider les jeunes à gérer leur consommation. On peut aller à des fêtes et s’amuser sans boire, en gardant le contrôle.» (TDG)

Créé: 17.10.2012, 07h21

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49 Commentaires

Rémy Bardot

17.10.2012, 08:44 Heures
Signaler un abus 86 Recommandation 30

Une idée pour responsabiliser les ados et surtout leurs parents qui ne s'occupent pas d'eux ? : les caisses-maladies arrêtent de payer les factures d'urgence pour comas éthyliques...! Répondre


Simoes carlos

17.10.2012, 09:35 Heures
Signaler un abus 73 Recommandation 24

Les frais de prise en soins aux urgences devraient être à la charge des parents , LA RESPONSABILITE INDIVIDUEL EST UNE UTOPIE dans ce pays. Répondre



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