«C'est un crime d'emprise perverse et de domination»

Procès de Fabrice A.Ce que le prévenu recherche, disent les experts, c'est la jouissance procurée par le pouvoir de vie ou de mort.

Monsieur Olivier Jornot, procureur général et les experts psychiatres français au premier plan.

Monsieur Olivier Jornot, procureur général et les experts psychiatres français au premier plan. Image: P. Tondeux

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Au deuxième jour du procès de Fabrice A. devant le Tribunal criminel, le prévenu s’est décrit comme un maître de l’arbitraire, un monarque de l’imprévisible. Le sort de ses victimes potentielles? Il le joue à la roulette russe. Les violer? Les tuer? Les épargner? Tout dépend des circonstances et des pulsions du moment.

Quelle est la portée des scénarios décrits dans son terrible journal intime, intitulé «Prévoir l’imprévisible»? Fantasmes ou projets concrets? Fabrice A. joue sur cette ambiguïté. «Vous décrivez des choses qui vont pourtant se réaliser», lui fait remarquer Me Simon Ntah, avocat de la famille d’Adeline. Le prévenu l’admet dans une certaine mesure. Il a par exemple noté que la voiture qu’il volerait pour sa fuite en Pologne ne devait pas être équipée d’un GPS, afin de ne pas se faire repérer.

Sa gorge sans foulard

Une autre annotation, bien plus inquiétante figure dans son journal: «Essayer de tuer avant…» Un lien concret avec l’égorgement d’Adeline? s’enquiert Me Ntah. Le prévenu se rebiffe: «Dans cette phrase, il y a le terme essayer. Essayer ne veut pas dire faire. Cette phrase ne concerne pas forcément Adeline. C’était une idée probable, pas une idée arrêtée. Ça pouvait se faire ou ne pas se faire. J’avais plusieurs scénarios en tête.» Interrogé par le procureur général sur ce terrible 12 septembre 2013, il se souvient de sa victime attachée à un arbre près d’une maison abandonnée. Il lui a fait croire qu’il la laisserait là (entravée mais vivante) avant de prendre la fuite. A un certain moment, il change d’avis. Quand? lui demande Olivier Jornot. «Quand j’ai vu sa gorge sans foulard, j’ai eu l’idée de le faire. J’étais tétanisé par ce que j’allais faire. Je ne l’ai pas décidé. Quelque chose m’a envahi et m’a poussé à l’acte.»

Amoureux d’un homme

Peu avant, la jeune sociothérapeute a pourtant exprimé le souhait de revoir sa fille de huit mois. «Qu’est-ce que cela vous a fait?» veut savoir le procureur général. «C’est entré par une oreille et sorti par l’autre. J’étais totalement focalisé sur ma fuite en Pologne. Je n’ai ressenti aucune empathie.» Plusieurs témoins de la Pâquerette affirment que Fabrice A. était amoureux d’Adeline. Vrai? Cette question de Me Ntah l’énerve: «Je la trouvais très attirante mais je n’étais pas amoureux. Pour tout vous dire puisque vous faites l’expert psychiatre malgré vos lacunes en psychiatrie, je n’ai jamais été amoureux d’une femme.» Interrogé à ce sujet par son propre avocat, Me Yann Arnold, Fabrice A. révèle: «Je n’ai jamais été amoureux d’une femme. Mais d’un homme, oui.»

Dans l’après-midi, l’audition des experts psychiatres français était très attendue. C’est autour de leur déposition et de leur refus de faire des pronostics sur le long terme au sujet de l’accusé que le procès du mois d’octobre était parti en vrille. Rien de tel cette fois-ci. Dans la moiteur d’un prétoire bondé, le juge Fabrice Roch maîtrise la situation. S’il se permet quelques fois d’interrompre une explication trop touffue, c’est avec un sourire courtois. Quant au procureur général et à Me Simon Ntah, ils n’ont visiblement pas envie de rejouer le scénario catastrophe d’octobre.

Les experts relèvent les propos tenus par Fabrice A. au sujet de l’égorgement. Il a éprouvé, leur a-t-il dit «quelque chose de physiologiquement puissant, une sensation décuplée, un orgasme dans le cerveau». Les médecins parlent d’une «orgie narcissique». Et ils répètent que le meurtre d’Adeline n’est pas un crime sexuel, mais «un crime de toute puissance, de domination, d’emprise perverse». La jouissance réside ici dans «la position démiurgique de Fabrice A. qui a le pouvoir de donner la mort ou de laisser la vie».

Leur diagnostic est clair. L’accusé n’est pas un malade mental mais un psychopathe pervers dont la responsabilité pénale est entière. Quant au risque de récidive, il existe. A court, moyen et long terme. Mais les psychiatres refusent de fermer toutes les portes. «Parfois des sujets sur lesquels on n’avait pas parié un kopeck changent. Ce n’est pas probable, mais possible», relève Daniel Zagury. Le procès se poursuit.

(TDG)

Créé: 16.05.2017, 19h59

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