Avec ses clips léchés, la pop coréenne séduit les adolescents jusqu’à Genève

Tendance La K-pop conduit certains jeunes à se plonger dans la culture asiatique. Rencontre avec Anelore et Laura.

Laura (en arrière-plan) et Anelore exhibent fièrement des CD au parfum asiatique dénichés chez Tanigami à Saint-Gervais.

Laura (en arrière-plan) et Anelore exhibent fièrement des CD au parfum asiatique dénichés chez Tanigami à Saint-Gervais. Image: GORGES CABRERA

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«On est tellement fan qu’on apprend le coréen et qu’on projette d’aller vivre à Séoul», annoncent d’emblée Anelore (16 ans) et Laura (bientôt 17 ans), en affichant un sourire XXL. Les liens de ces deux amies d’enfance se sont encore renforcés avec leur passion commune pour la K-pop (abréviation de Korean pop). Un genre musical originaire de Corée du Sud qui ne date certes pas d’aujourd’hui, «mais après l’Asie et les Etats-Unis, le «buzz» en Occident, oui», assure Laura. Et les ingrédients audiovisuels sont là pour faire encore plus monter la sauce, estime Anelore: «Les chorégraphies sont léchées et sacrément accrocheuses, les décors incroyables.?On sent que les boites de production ont du fric.»

Surtout des filles

Comme tant d’autres adolescents genevois, Laura est tombée dans la marmite, il y a dix-huit mois, en sautant de vidéo en vidéo sur YouTube: «J’y ai découvert tout à fait par hasard le groupe «Le Rire jaune». Mais c’est le succès planétaire du chanteur Psy avec son «Gangnam Style» qui a vraiment attiré mon attention», précise cette férue d’animation. Et dans la foulée… celle de sa complice. «Pour moi, ça a été un sacré coup de cœur», lâche Anelore, jusqu’alors groupie exclusive des «One Direction».

Popularisé donc par Psy, ce courant de mode très formaté - reconnu par le magazine Time comme l’exportation la plus rentable de Corée du Sud - touche un public de niche. Surtout des filles, entre 12 et 20 ans. «Nos copines Thalie et Morgane sont, elles aussi, fans. Mais des garçons s’y intéressent également. Grâce à la K-pop, on s’est fait plein d’amis», affirment les deux attachantes adolescentes, qui vont s’approvisionner chez Tanigami. Ce magasin de Saint-Gervais ravit les passionnés de mangas et de produits dérivés importés de l’Empire du Soleil levant depuis plus de vingt ans. «La K-pop cartonne chez les ados.?Ici, on en voit tous les jours, relève Remi, employé dans cette enseigne. Ça me rappelle le phénomène des beaux gosses des Boys Bands de mon époque.»

C’est le goût pour la pop culture venue d’Asie, d’abord japonaise - mangas, jeux vidéo, J-pop - qui a envoûté ces ados. «Au-dela de l’aspect musical, Anelore s’intéresse à la culture coréenne.» Un vrai plus, selon sa mère Sandra: «Non seulement elle apprend le coréen, mais elle souhaite aussi ouvrir ses horizons en allant étudier dans ce pays émergent (lire ci-contre).»

Selon le magazine féminin madmoiZelle.com, ces ados «partagent également un désir de sortir de la culture américaine, cherchent des choses plus calmes, moins trash.»

Derrière les paillettes…

Anelore et Laura ont, pour leur part, d’abord été attirées par la plastique parfaite des jeunes chanteurs: «L’atout numéro un, avec les clips, pour avoir du succès. La plupart de nos idoles sont passées par la chirurgie esthétique.» Des physiques «papier glacé» qui tranchent avec le profil plutôt rondouillard de Psy…

Recrutées très jeunes par les labels, les stars en herbe sont soumises à un programme d’entraînement intensif en danse et en chant pendant des années. «Souvent issus de petites villes, ces artistes en devenir sont formatés dans des pensionnats à Séoul», précise Anelore. Quand la soussignée raconte avoir visité cette mégalopole, lieu de tous les contraires où traditions et nouvelles technologies cohabitent… les deux amies ne peuvent contenir leur envie: «Trop de chance! Ce serait énorme de pouvoir y aller! Un vrai rêve de découvrir cette culture, même si derrière les paillettes se cache de la souffrance.» Car la vie de leurs idoles, au look androgyne, s’avère parfois extrêmement dure: «Certains partent en dépression.»

Bref silence. Et voilà les copines énumérer les noms de leurs super-héros: les Big Bang qui cartonnent depuis dix ans avec leur leader G Dragon et surtout les BTS/Bangtansonyondan emmenés par Suga. «C’est notre groupe préféré, indiquent les deux fans. Leurs chansons qui racontent la jeunesse nous parlent. Leurs albums se suivent comme les chapitres d’un livre.» Des chansons pourtant moins légères que celles qui illustrent la K-pop en général: «Il y est notamment question de drogue et de suicide. En Corée, le taux de suicide chez les jeunes figure parmi les plus importants au monde. La pression est incroyablement forte là-bas!» Elles citent encore le groupe de filles F (x), guidé par «la très belle Amber, un peu garçon manqué.»

En attendant que ces idoles se produisent un jour chez nous, des soirées spéciales K-pop sont organisées par le groupe Far East Community à Genève. Il communique par les réseaux sociaux ou le bouche à oreille. Le prochain rendez-vous «Séoul de nuit» est fixé au XS Club, le 10 mars. Avec un horaire malheureusement trop tardif pour les jeunes Anelore et Laura!


Une langue qui séduit

«Le fait d’avoir passé des heures à écouter de la K-pop ou à voir des dramas sur Internet m’a permis de me familiariser avec cette langue», se réjouit Anelore, qui ne regarde que des films en coréen! Comme son amie Laura, elle est déterminée à maîtriser le coréen pour mieux apprécier Séoul, qui leur tend les bras. Scolarisée au Cycle de la Gradelle, Anelore veut devenir styliste. Elle ambitionne de démarrer sa formation ici, puis de la poursuivre à Séoul où «on peut sortir fringué comme on veut». Elève au Collège Claparède en option musique, Laura espère, elle, s’y installer pour travailler dans ce domaine.

A l’image de ces deux adolescentes, la vague de la K-pop et de la culture qui l’entoure suscite un engouement certain pour cette langue rare d’Extrême-Orient. «De très jeunes gens nous sollicitent pour apprendre le coréen, confirme Maxime Vignuda, responsable du bureau genevois de l’Ecole suisse de langues. Nous organisons des cours en immersion à Séoul durant l’été. La K-pop a boosté l’envie de découvrir cette langue plus facile d’accès que le chinois ou le japonais.» Plus difficile, en revanche, d’apprendre le coréen à Genève: aucune offre du genre à la Maison des langues de l’Université, et pas davantage de possibilité à l’Ecole-club Migros. (TDG)

Créé: 03.03.2017, 21h15

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