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Conservation

Au secours! Il pleut sur les trésors des Archives de l'Etat de Genève

Par Christian Bernet. Mis à jour le 12.12.2012 2 Commentaires

Les documents historiques sont stockés dans des locaux sidérants de vétusté. Visite.

Image: Magali Girardin

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C’est la bonne nouvelle. Aux Archives d’Etat, aucune souris ne grignote les parchemins. On n’y trouve pas non plus de poisson d’argent, cet insecte qui ronge les bibliothèques. Et les portes sont soigneusement fermées le soir. Pour le reste, cette noble institution cumule les avaries comme un vieux bateau à la dérive. «Même la pluie s’infiltre par-dessous les fenêtres», glisse Pierre Flückiger dans un soupir fataliste, en montrant les murs tachés à la rue de l’Hôtel-de-Ville.

L’archiviste d’Etat tire la sonnette d’alarme dans ses rapports annuels. Sans grand effet. «Il y a aujourd’hui un réel risque de voir se détériorer ce patrimoine unique et irremplaçable.» Les Archives frappent par leur vétusté. Au siège central, on s’attend à visiter des lieux confinés, strictement contrôlés. Rien de tel. Ici, pas d’armoires fermées. Les rayonnages, ouverts, s’alignent sous une vieille charpente. Aucune installation ne régule le niveau d’humidité, ô combien important pour les vieux livres. Le faux plafond a craqué

La température, elle, est réglée par une vieille machinerie. «Elle consomme beaucoup d’eau. Il y a parfois des rejets. Une fois, l’eau s’est accumulée dans un faux plafond qui a craqué. Les escaliers ont été douchés», raconte l’archiviste. A la cave, ce n’est pas mieux. «Quand il y a un orage, de l’eau pénètre par le saut-de-loup. Il suffirait de poser une fenêtre.»

La prévention contre le feu n’est pas optimale. Rien n’est cloisonné et il existe des jours entre les étages. Les sorties de secours sont archaïques. Les archives sont protégées par de simples fenêtres à la merci d’un jet de pierre. Il n’existe par ailleurs aucune séparation entre la salle de lecture et les lieux de stockage. Les archives sont à la portée de n’importe qui.

Eparpillés dans la ville, les trois autres sites, plus modernes, sont aussi à la peine. Pierre Flückiger a conservé quelques photos des petites mais régulières catastrophes. On y voit des sols couverts d’eau. «Les installations de ventilation ne sont plus optimales, note l’archiviste. Et nous avons aussi des problèmes d’infiltration.»

Couvert de salpêtre

Dans les caves de la rue Henri-Fazy, les murs sont couverts de salpêtre. «Une conduite d’eau traversait le local et coulait sur les documents. Nous avons fini par la réparer.» Ici, on y conserve les minutes des notaires, soit toutes les transactions immobilières depuis le XIXe siècle. «Nous consultons régulièrement ces documents pour aider le Registre foncier à établir des servitudes, précise l’archiviste. Les archives ne relèvent pas que du patrimoine, elles servent aussi à la sécurité du droit.»

L’éclatement des archives sur sept bâtiments complique la gestion. «Nous avons deux salles de lecture, ouvertes en même temps. Cela multiplie les besoins en personnel. Et une personne qui transporte les documents d’un site à l’autre. Parfois en tram. Tout cela n’est pas très efficient.»

Dans les années 1980, un projet d’Hôtel des archives avait été lancé. Il devait s’implanter sur la place Sturm. «Mais cette place est maudite.» Le projet n’a pas abouti. Pour Pierre Flückiger, il faudrait centraliser, comme cela se fait partout ailleurs. Il en coûterait probablement une quarantaine de millions.

«Lamentable»

L’archiviste ne crie plus dans le désert. Roger Golay, le président du Mouvement citoyens genevois (MCG), a découvert la situation et s’en inquiète. «Les conditions de stockage ne sont plus du tout adaptées. C’est lamentable. C’est notre mémoire qu’on prend le risque de voir se détériorer. Il faut réagir d’urgence.»

Le député a déposé une motion qui vient d’être traitée par la Commission des travaux. Le texte invite le gouvernement à faire «des propositions précises pour assurer à long terme la sécurité et la pérennité des archives d’Etat». Elle s’est toutefois refusée à réclamer la réalisation d’un nouveau bâtiment, vu les coûts estimés. (TDG)

Créé: 12.12.2012, 21h15

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2 Commentaires

Janine Csillagi

13.12.2012, 16:21 Heures
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Voici quelques photos... https://www.facebook.com/photo.php?fbid=557395510941255+set=a.557394757607997.142899.100000124346721+type=3+theater Répondre


Hélène Guinet

26.12.2012, 03:43 Heures
Signaler un abus 2 Recommandation 1

Bonjour, il existe en france une association qui s'appelle le bouclier bleu et qui aide en cas de catastrophe voici leur présentation sur leur site : Fondé en 2001, le cfbb - Comité Français du Bouclier Bleu - est le relais en France du Comité International du Bouclier Bleu, l'ICBS (International Committee of the Blue Shield). voici le lien http://www.bouclier-bleu.fr/ si cela peut vous aider Répondre



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