Après le chaos, procès bis pour Fabrice A.

Drame de La Pâquerette Il y a huit mois, les premiers juges avaient soudain interrompu le procès. Après leur récusation, les débats reprennent lundi avec de nouveaux magistrats.

Arrêté le 15 septembre 2013 en Pologne, Fabrice A. a été renvoyé en Suisse le 22 septembre 2013.

Arrêté le 15 septembre 2013 en Pologne, Fabrice A. a été renvoyé en Suisse le 22 septembre 2013. Image: EPA

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Le deuxième procès de Fabrice A., assassin en 2013 d’une jeune sociothérapeute de La Pâquerette, commence lundi. Se déroulera-t-il de manière plus sereine et plus maîtrisée que le premier essai, qui avait lamentablement échoué l’automne dernier? Les débats reprennent en tout cas à zéro avec le même dossier mais d’autres juges. Le psychodrame du mois d’octobre a accouché d’une souris: il n’y aura pas de troisième expertise psychiatrique du criminel.

«Il faut faire table rase du passé, considère Me Simon Ntah, avocat de la famille de la défunte Adeline M. Oublier les enjeux procéduraux, les reports et se concentrer sur l’essentiel. C’est-à-dire sur ce que l’assassin a fait, comment il l’a fait et pourquoi il a choisi Adeline.» Table rase du passé? Cela ne va pas être facile. Notamment parce que Fabrice A. a déjà répondu à un certain nombre de questions au mois d’octobre. S’il a choisi d’égorger Adeline, a-t-il expliqué, c’est paradoxalement à cause de ses qualités. La jeune mère de famille était, selon ses termes, «avenante, souriante, généreuse». Elle croyait en lui. «J’ai utilisé ses qualités pour les retourner contre elle. Je n’en suis pas fier.»

Pas de leçon à recevoir

Table rase du passé? Difficile également d’oublier comment Pierre Lamothe et Daniel Zagury, les deux experts psychiatres français, des sommités dans leur domaine, ont été malmenés lors des débats du mois d’octobre. On ne doute pas de leur capacité à prendre du recul, mais tout de même. Oublie-t-on si facilement les piques, les attaques, les vexations et la décision finale de la justice genevoise (désavouée d’ailleurs sèchement peu de temps après) d’éliminer tout bonnement leur expertise psychiatrique, sous prétexte qu’elle était lacunaire?

Et du côté du procureur général, Olivier Jornot, le ton sera-t-il plus apaisé? Car c’est bien sur la même expertise qu’il devra à nouveau interroger les deux psychiatres français mardi ou mercredi prochain. «Il ne faut pas que des experts étrangers utilisent le procès comme une tribune pour déterminer si l’internement à vie est une bonne ou une mauvaise mesure au regard des principes psychiatriques et moraux, avertit d’emblée Me Simon Ntah. Cette mesure fait maintenant partie de la loi en Suisse. Les débats doivent se concentrer sur le fait de savoir si elle peut ou non s’appliquer à l’assassin d’Adeline.»

En septembre 2013, Fabrice A. finissait de purger une peine de quinze ans de réclusion infligée en France et une peine de cinq ans infligée à Genève pour deux viols avec cruauté. Il se trouvait au centre de sociothérapie La Pâquerette (qui a disparu depuis le drame), dont la mission était de réinsérer dans la société les criminels les plus dangereux. Après le meurtre d’Adeline, les méthodes utilisées par ce centre ont donné lieu à une virulente polémique. Il s’agissait justement d’emmener Fabrice A. faire de l’«équithérapie» ce 12 septembre 2013.

Une sociothérapeute avait été choisie pour l’accompagner. Il s’agissait d’Adeline. Dans le plan de sortie du criminel, il était prévu qu’après avoir quitté le centre équestre, il passerait en ville avec son accompagnatrice pour acheter un cure-pied destiné à nettoyer les sabots des chevaux. Mais, a raconté Fabrice A. lors de son premier procès, il a fait une scène à Adeline – «Un caprice comme font les enfants» – pour qu’ils passent chercher ce cure-pied avant de se rendre au manège. Elle aurait refusé puis accepté, signant ainsi son arrêt de mort. Car, à l’insu de la jeune femme, c’est un couteau de chasse que Fabrice A. a acquis dans les Rues-Basses. Avec cette arme redoutable, il l’a menacée et égorgée après l’avoir attachée à un arbre, dans les bois de Bellevue, près d’une maison abandonnée. Une fois son meurtre accompli, Fabrice A. s’enfuira en Pologne pour retrouver une ancienne fiancée qui l’avait autrefois éconduit. Projet avorté grâce à son arrestation trois jours plus tard.

Un juge très sérieux

Enjeu central de ce procès: l’internement à vie. Mesure adoptée en 2004 par la Suisse et qui n’a jamais passé à ce jour la rampe du Tribunal fédéral. Le procureur général va-t-il la requérir? Il lui faut pour cela deux expertises psychiatriques convergentes. Or, si les quatre experts (deux Français et deux Suisses) admettent qu’il n’y a pas moyen pour le moment de guérir Fabrice A. et qu’il représente un grave danger pour la sécurité publique, ils ne peuvent pas jurer que cet accusé de 43 ans sera incurable jusqu’à la fin de ses jours. C’est sur cette nuance que le procès du mois d’octobre a dérapé et achoppé.

Dès lundi, ce sera le très sérieux, très rigoureux et très austère juge Fabrice Roch qui remplacera la présidente Anne-Isabelle Jeandin Potenza, récusée après les événements d’octobre. Espérons qu’il saura tuer dans l’œuf toute velléité de dérapage, que les débats seront à la hauteur de l’enjeu et qu’ils arriveront jusqu’à leur terme afin que la justice genevoise ne se ridiculise pas une deuxième fois.

(TDG)

Créé: 11.05.2017, 19h12

Rapport à la rentrée?

Elle comptait initialement rendre ses conclusions en octobre 2015. En fait, la commission d’enquête parlementaire (CEP) chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit au meurtre d’Adeline en 2013 ne devrait pas livrer son rapport avant la rentrée, selon nos sources. La complexité de la tâche et de nombreux écueils peuvent expliquer ce retard. Une fois la rédaction achevée, le rapport sera débattu au sein même de la CEP. Celle-ci devra ensuite soumettre son projet aux autorités et aux personnes qui seraient mises en cause, en leur laissant une période raisonnable pour se déterminer. Le document sera alors remis au Conseil d’Etat puis au parlement.
S.R.

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