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L'éditorial

«La brutale leçon de Merck»

Par Pierre Ruetschi / Rédacteur en chef. Mis à jour le 25.04.2012 92 Commentaires

Comment accepter qu’une entreprise qui réalise 745 millions de bénéfices liquide plus de mille collaborateurs?

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève.

Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève.
Image: Laurent Guiraud

«Comment accepter qu’une entreprise qui réalise 745 millions de bénéfices et a copieusement augmenté ses dividendes en 2011 liquide plus de mille collaborateurs?» Pierre Ruetschi, rédacteur en chef de la Tribune de Genève (Image: Laurent Giraud)

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1250 postes supprimés à Genève d’un seul trait. Un séisme, un tsunami à l’échelle du canton et de l’arc lémanique. Politiques, syndicalistes, entrepreneurs rivalisaient hier de superlatifs pour donner sa juste ampleur à la décision annoncée par Merck (MRK 36.055 -3.06%) Serono. Jamais dans l’histoire du canton, même dans les années les plus sombres de l’industrie déclinante, la région n’avait subi une coupe aussi brutale et massive. Le choc est d’autant plus intense que cette société, ou au moins la partie Serono de son identité, faisait partie de l’ADN genevois.

Créée par un immigré italien du nom de Bertarelli dans le quartier de Sécheron, elle a bâti son succès sur l’invention d’un vertueux médicament contre la sclérose en plaques. Et le jeune patron, un certain Ernesto, qui l’a reprise des mains de son père en 1996, a incarné la réussite flamboyante aussi bien en affaires que sur mer. Mais le vent a tourné et il s’en est dessaisi opportunément. Le rêve est fini. L’histoire s’arrête là. La société rachetée par l’allemand Merck en 2006 ne survivra donc pas aux grands maux ou défis (selon les points de vue) de l’époque: rentabilité, compétitivité, restructuration. Difficile à expliquer aux collaborateurs licenciés et aux 750 autres employés qui se verront proposer un job en Chine, à Darmstadt ou Boston.

Comment accepter qu’une entreprise qui réalise 745 millions de bénéfices et a copieusement augmenté ses dividendes en 2011 liquide plus de mille collaborateurs? Sans états d’âme, sans prévenir! Adieu chère Suisse! Un départ qui rappelle celui, avorté, de Novartis à Nyon. La colère gronde. Va-t-on revivre la mobilisation qui a fait l’honneur du canton de Vaud, de ses autorités et syndicats qui ont travaillé main dans la main? C’est peu probable. Même les militants de gauche partent vaincus. Car justement, les cols blancs de la biotech ne sont pas syndiqués et le «piquet - vin chaud» n’appartient pas à leur culture.

Le président du Conseil d’Etat a dit hier sa consternation, tout doucement d’abord avant de hausser le ton aux micros des radios du soir. De belles paroles pour, en fin de compte, un aveu d’impuissance. Même réaction du Conseil fédéral qui ne se voit pas remettre en cause une décision bien pesée du géant industriel allemand. L’état de résignation l’emporte, un peu vite, sur le désir d’engagement. L’heure semblait déjà au simple «damage control» avec l’objectif limité du meilleur plan social possible. Voilà pour les employés.

Reste le sort de la place genevoise. Un cataclysme pour la région qui voit son pôle biotech décapité avant même qu’il ait pu trouver sa place. Stop à la croissance, des multinationales surtout, scandait la gauche. Elle peut dire merci à Merck! Le problème, c’est qu’elle va découvrir que des centaines de Genevois pur sucre travaillaient dans la société allemande. Que sa disparition va créer du chômage local, entraîner des coûts et que les caisses de l’Etat vont être privées de dizaines de millions de revenus fiscaux. «Ces cols blancs vont retrouver facilement un emploi», a affirmé hier à chaud, avec une provocatrice insouciance, une Sandrine Salerno qui s’était déjà distinguée par ses propos triviaux accablant les multinationales. La conseillère administrative devrait comprendre que l’on ne règle pas les robinets de l’économie internationale comme ceux de son bain le matin. Que fermer aujourd’hui la porte aux multinationales, c’est s’en priver demain.

On s’attendait aux pires nouvelles sur le front bancaire et voilà donc qu’elles déboulent du côté des pharmaceutiques. La crise européenne, la bataille fiscale internationale, le franc fort; comment croire que la Suisse s’en sortirait indemne? Le coup pendable qu’a joué Merck à l’arc lémanique aura au moins servi à faire comprendre la fragilité de la dynamique genevoise. Et la nécessité de continuer à se battre pour attirer des grandes entreprises multinationales sans lesquelles le tissu genevois se scléroserait. (TDG)

Créé: 25.04.2012, 07h24

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92 Commentaires

Jacques Wisard

25.04.2012, 08:00 Heures
Signaler un abus 23 Recommandation 0

Le vrai tissu économique de Genève sont le PME et non les multinationales. Infiniment plus rentables pour l'Etat qui ne pratique pas de "forfait" avec de petites entreprises, elles représentent un moindre danger face à la délocalisation. Non aucune sclérose sans ces multinationales apatrides mais des entreprises utiles et dynamiques, se souciant de leur clientèle et non de leurs actionnaires... Répondre


Tou Contefait

25.04.2012, 08:18 Heures
Signaler un abus 13 Recommandation 0

attirer de nouvelles multinationales, conclusion aberrante: ces multinationales qui jettent un millier d'emploi à la poubelle d'un coup sans prévenir alors qu'elles font du profit, il faut justement les empêcher désormais radicalement de venir s'installer à Genève. Madame Salerno a raison. Il faut au contraire développer les petites entreprises locales, si nous voulons la sécurité pour l'avenir. Répondre



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