Automne morose pour les femmes en politique

Élections fédéralesLa part de politiciennes sous la Coupole fédérale est promise à une stagnation, voire à un recul au Conseil des Etats. Les partis s’en inquiètent, mais certains peinent à s’y attaquer.

Les trois conseillères fédérales – Simonetta Sommaruga (PS), Eveline Widmer-Schlumpf (PBD) et Doris Leuthard (PDC) – soutiennent la campagne fédérale «Votez femmes».

Les trois conseillères fédérales – Simonetta Sommaruga (PS), Eveline Widmer-Schlumpf (PBD) et Doris Leuthard (PDC) – soutiennent la campagne fédérale «Votez femmes». Image: PASCAL LAUENER/REUTERS

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Douze mille milliards de dollars. C’est le potentiel de croissance économique mondiale qui résulterait de l’égalité des genres, selon un récent rapport du McKinsey Global Institute. Mais si la Suisse met la main sur une partie du magot, ce ne sera pas grâce aux élections fédérales d’octobre. Les milieux prônant l’égalité sont inquiets. La part des candidates sur les listes pour le Conseil national n’a pas évolué depuis vingt ans. Elle est de 34,5% en moyenne (37,1% dans le canton de Genève, 34,7% dans le canton de Vaud).

La campagne «Votez femmes» soutenue par les trois conseillères fédérales et la chancelière semble passer presque inaperçue. Dans certains cantons, Obwald par exemple, l’électeur n’a même pas la possibilité d’envoyer une femme à Berne. Surtout ne pas lever la tête

Mais, cette année, la véritable inquiétude concerne le Conseil des Etats. Sur les neuf femmes que compte la Chambre haute (19,6%), deux se retirent et une au moins est menacée, Anne Seydoux (PDC/JU). Au point que les Femmes socialistes ont appelé les Jurassiens à voter pour la sortante PDC! D’autres candidates n’ont pas la vie facile. Politicienne expérimentée, la PLR bernoise Claudine Esseiva en a ras le bol. «Je suis interloquée de la manière dont je suis traitée par les médias. On pose aux hommes des questions de fond, et moi, on me demande comment je vais faire pour siéger en ayant un enfant! En somme, comme jeune femme, on attend de nous d’être mainstream et de ne surtout pas oser lever la tête», dénonce celle qui est aussi secrétaire générale des Femmes PLR. La situation contraste néanmoins avec les campagnes électorales qu’elle a connues en Suisse romande, ayant grandi à Fribourg. «Cela ne m’était jamais arrivé.»

Autres lieux, autres mœurs. A Lausanne, Rebecca Ruiz (PS) se fait questionner régulièrement sur la manière dont elle concilie vies familiale, professionnelle et politique, mais «de manière positive»: «Que ce soit dans la population ou auprès de mes collègues, je n’ai jamais senti de différence du fait que je suis une femme.» Les campagnes menées par le Bureau de l’égalité et les milieux associatifs y sont pour beaucoup, juge Rebecca Ruiz. Même sentiment d’Anne Mahrer (Les Verts) à Genève. «Le débat se fait toujours sur les idées, le programme du parti. Les gens sont prêts à voter pour des femmes. Mais, en voyant les listes, on s’aperçoit que la très grande majorité des partis ne les favorisent pas», souligne la conseillère nationale.

«Pas que les femmes de gauche»

Le problème serait-il d’abord celui des partis? La gauche le pense, elle qui pratique la plupart du temps la parité sur ses listes, avec, au terme des élections, une part de femmes élues proche de 50% au parlement fédéral. «Au PS Vaud, on fait même maintenant un peu de discrimination positive pour les hommes, sourit Cesla Amarelle, vice-présidente des Femmes socialistes. Il est bien clair que les listes paritaires aident à améliorer la représentativité, tout comme le fait de ne pas cumuler.»

Présidente des Femmes UDC romandes, Alice Glauser serait favorable à des listes paritaires. «Certaines d’entre nous en rêvent. Mais ça n’est pas un thème de discussion au comité central de l’UDC.» Pourtant, le problème est latent à ses yeux. «Nous souhaiterions que les femmes de droite soient plus nombreuses et puissent donner leur avis à Berne aussi. Il n’y a pas que les femmes de gauche!»

Le président du PDC, Christophe Darbellay, se montre lui aussi préoccupé par la représentativité défaillante des femmes sous la Coupole, mais il ne croit pas à la parité des listes: «L’important est d’avoir des femmes élues. Je préfère en avoir une seule sur la liste et qu’elle l’emporte!»

Or – c’est une composante du problème – le personnel politique féminin manque parfois. Les femmes se moquent-elles de la chose publique? «La politique est organisée par des hommes, pour des hommes! La réalité est aussi qu’il est difficile pour certaines femmes de tout concilier, alors elles arrêtent», explique Anne Mahrer. Tant Christophe Darbellay que Cesla Amarelle parlent d’un autre obstacle, de plus en plus présent: le durcissement des mœurs en politique rebute la gent féminine. «Regardez les commentaires sur Facebook, c’est le restant de la colère de Dieu! Je pense que cela convient moins aux femmes, qui sont plus pragmatiques et accordent plus d’importance à trouver une solution», relève le président du PDC. (TDG)

Créé: 05.10.2015, 07h11

«Oui, il y a encore un sens à voter femmes»

Sylvie Durrer, les listes pour le Conseil national sont composées de 34,5% de femmes en moyenne. Un commentaire?

Il serait bien sûr souhaitable qu’il y ait davantage de candidates au niveau national. Mais on ne constate pas non plus de recul. Ensuite, la situation est très contrastée selon les partis. Chez les Verts ou au Parti socialiste, par exemple, la parité est presque atteinte. Dans les autres formations, la situation est plus difficile. Or les partis ont un rôle à?jouer dans le fait d’avoir plus de femmes, bien placées sur leurs listes et mises en avant dans le débat. Il faut rester vigilant. Les femmes ont disparu du Conseil d’Etat à?Lucerne cette année. Et dans d’autres cantons, comme Neuchâtel, les?candidatures féminines reculent.

Mais y a-t-il encore un sens à voter femmes aujourd’hui?

Oui, tout d’abord parce que nous avons besoin d’une démocratie vraiment représentative. Les femmes forment la?moitié de la population! Ensuite, s’il y a certes plus de ressemblances que?de dissemblances entre les femmes et les hommes, et que ceux-ci peuvent porter une vaste palette d’intérêts – et inversement d’ailleurs –, il reste des spécificités liées au genre. Les?femmes s’engagent plus pour l’accueil extrafamilial des enfants, l’égalité salariale ou encore le?soin aux personnes âgées ou aux malades. Elles mettent davantage ces thèmes à l’agenda politique. Enfin, il semble aussi que, globalement, les femmes soient un peu plus pragmatiques et aient davantage une vision à long terme.

On insiste souvent sur l’importance des modèles. La présidence de Simonetta Sommaruga ou l’omniprésence d’Angela Merkel cette année n’ont eu
aucun effet?


Si, cela a un effet. Mais il ne s’agit pas d’une baguette magique. Les femmes voient aussi les difficultés de l’exercice et la dureté des critiques. Pour favoriser un engagement politique actif, il faut que les conditions-cadres soient réunies. Or, les femmes équilibrent déjà?difficilement travail et famille. La?politique peut devenir alors l’élément à sacrifier.

Constate-t-on un effet miroir
entre la position des femmes dans l’économie et en politique?


Je n’en suis pas sûre. Dans le monde économique, l’importance de la mixité est reconnue, soutenue par diverses études. Elle est devenue un enjeu de?performance relevant de la direction générale. On ne constate pas la même mobilisation parmi les responsables politiques.

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