Trouver un successeur, un défi croissant

Transmission d’entreprise Les patrons qui peinent à remettre leur société pullulent en Suisse. Pas seulement parce que les repreneurs manquent à l’appel.

Giovanni Giunta, co-fondateur de Relais PME

Giovanni Giunta, co-fondateur de Relais PME Image: DR

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Boucherie Blanc SA, à Blonay. L’ex-patron de l’entreprise familiale a dû sortir de sa retraite pour remplacer un chef, brusquement parti. François Blanc aura travaillé six mois, le temps de dénicher un nouveau cadre pour épauler son fils. «On a été extrêmement chanceux, on en a trouvé un.»

Zone industrielle de Meyrin, Mecan Decoupe SA. Le fondateur Christian Udasse se fait du souci. «Il faut s’y prendre dix ans à l’avance pour trouver un repreneur, dit-il. Un profil aux compétences clés en mécanique, multilingue, qui sait rester serein dans un contexte de franc fort.» Cugy, en terres vaudoises. Pascal Derivaz a pris les rênes de Global Office Software SA il y a quatre ans. Le directeur regrette une chose: «Ne pas avoir été davantage accompagné après avoir racheté la PME. Gérer tout tout seul, des finances aux clients mécontents, ça peut être compliqué.»

Retraites en masse

Compliqué, voilà qui décrit bien l’univers de la transmission d’entreprise en Suisse, un pays qui compte un tissu de PME très riche. Toujours plus difficile même, selon une étude publiée hier par Credit Suisse et l’Université de Saint-Gall. A tel point qu’environ 40% des sociétés cherchant un repreneur disparaissent faute d’en avoir trouvé, estimait le numéro deux bancaire helvétique dans un précédent état des lieux en 2013.

Le nombre de patrons concernés s’accroît, alors que la génération du baby-boom – par essence foisonnante – commence à prendre sa retraite. Or les jeunes, qui privilégient les études universitaires, peinent à décrocher une place d’apprentissage ou n’ont pas de quoi racheter, manquent à l’appel. L’âge moyen des gérants de PME suisses? Cinquante-quatre ans, contre 41 pour la population active. La Suisse va subir «une vague de départs à la retraite sans précédent», annonce Credit Suisse.

Un patron de PME sur cinq prévoit de transmettre son entreprise dans les cinq prochaines années, selon l’enquête. Plus de 70 000 PME subiront un changement de génération d’ici à 2021. Dix pour-cent des effectifs nationaux sont en jeux.

«Transmettre son entreprise est d’autant plus complexe que les gens y sont peu sensibilisés», selon Giovanni Giunta, co-fondateur de Relais PME, l’observatoire suisse de la cession et reprise d’entreprise. Un manque d’information qui engendre un manque d’anticipation d’autant plus nuisible que les transmissions, qui portent sur des questions juridiques, financières et sentimentales, prennent vite des années. «Les patrons hésitent à dire qu’ils vendent, de peur d’effrayer leurs clients et banques, cela ne facilite pas leur reprise, poursuit Giovanni Giunta. Une fois que tout est signé et qu’avocats ou fiduciaires se sont retirés, les repreneurs se retrouvent seuls. Presque rien n’est mis en place pour les accompagner.» Quelques services se sont développés. Des retraités sont mis à disposition par l’association Adlatus pour accompagner des nouveaux patrons, des banques proposent des check-up. Le centre patronal a lancé Relève PME, une structure visant à sensibiliser à ces défis. Et Relais PME lancera une formation pour repreneurs sans doute à la rentrée prochaine.

Successeurs plus âgés

Face aux manques, l’âge moyen des repreneurs et la part de femmes vont augmenter, selon Credit Suisse. Trois quarts des PME suisses sont familiales, une part en baisse. Plus de la moitié des sociétés passent le flambeau à des repreneurs extérieurs à la famille.

La question est cruciale car racheter une entreprise reste plus viable que de créer une start-up. Selon l’Office de la statistique, 95% des sociétés rachetées existent cinq ans après leur reprise, là où moins de la moitié des jeunes pousses survivent à un laps de temps similaire. Ce qui n’est guère étonnant: le repreneur bénéficie, lui, d’un produit ou d’un service reconnu, d’un nom, d’un réseau de clients, et aussi d’une relation avec une banque.

(TDG)

Créé: 23.06.2016, 09h07

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