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Modèle économique

«Les médias doivent davantage publier les bonnes nouvelles»

Interview: Richard Etienne. Mis à jour le 19.11.2013

Contenu et modèle publicitaire originaux font le succès du Huffington Post, selon sa fondatrice Arianna Huffington

Rencontre avec Arianna Huffington, fondatrice du Huffington Post.

Rencontre avec Arianna Huffington, fondatrice du Huffington Post.
Image: Laurent Guiraud

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Arianna Huffington, cofondatrice, présidente et éditeur en chef du Huffington Post Media Group, était hier à Genève pour donner une conférence à l’Université sur les médias aujourd’hui et demain. Pour la Tribune de Genève, elle évoque les raisons du succès du Huffington Post, un groupe de titres Web gratuits qui n’a pas cessé de croître dans le monde depuis son lancement en 2005 (lire ci-contre). Dans le monde des médias, la tendance est plutôt au dégraissage. Entretien dans le cadre de la série «hommes de presse» qui a commencé avec l’administrateur du Temps Jean-Clément Texier le mois dernier.

De nombreux sites gratuits n’ont pas le succès du Huffington Post. Quel est votre secret?

Je vois plusieurs grandes raisons. Notre site mélange contenu journalistique et blogs, ce qui diversifie notre offre, entre enquête traditionnelle et opinion spécialisée. Ces contenus sont depuis les débuts du Huffington Post largement transmis via les réseaux sociaux. D’autres part, contrairement aux titres traditionnels qui sont mauvais sur ce secteur, on couvre aussi les bonnes nouvelles, ce que le public lit énormément. Nous avons une section intitulée «what is working» qui cartonne.

Le contenu, plus que le modèle économique, explique votre succès?

La qualité du contenu et le choix des sujets sont essentiels. Une section consacrée au sommeil fonctionne par exemple très bien. Cette année, on a ouvert une rubrique intitulée «The Third Metric», qui marche aussi très bien. Elle tente de redéfinir le succès au-delà de l’argent et du pouvoir. C’est très important d’avoir des idées.

Vous avez aussi développé des modèles publicitaires variés. Lesquels marchent le mieux?

Nous proposons des sections spéciales sponsorisées par des marques. La firme Johnson & Johnson accompagne ainsi une rubrique consacrée à la santé maternelle. On parle de contrats annuels à sept chiffres et ils sont presque toujours renouvelés. Nous sommes aussi depuis 2007 les pionniers du «native advertisement», une façon de faire des annonces aujourd’hui très répandue sur le Web. Tous ces modèles s’adaptent bien aux smartphones, mieux que les modèles du coût par clic, car la taille de l’écran importe moins.

Vous avez des développeurs pas chers en Ukraine. Est-ce là aussi une clé du succès?

Notre équipe de développeurs en Ukraine n’a jamais été importante et elle est plus petite que dans le passé. La majeure partie des employés sont à New York (450 sur 700). Notre chaîne de télévision «Huffpost live» emploie aussi 100 personnes à New York. Nos équipes en Ukraine jouent donc un rôle mineur.

Profitez-vous du virage au payant de nombreux titres aux Etats-Unis? Que pensez-vous des modèles payants?

Certainement. Je pense que sur Internet il y a plein de modèles qui fonctionnent selon les marques et les situations. Il est cohérent que des titres aux lecteurs qui ont l’habitude de payer adoptent de tels modèles. Des modèles basés sur la philanthropie ou financés par des milliardaires se développent aussi. Nous resterons toujours gratuits.

Le Huffington Post a remporté en 2012 le Prix Pulitzer. Votre modèle suffit-il pour financer des grosses enquêtes?

Dès le début nous avons voulu aussi faire de l’enquête, même si pour l’instant c’est surtout notre équipe américaine qui peut se le permettre. Toutes nos éditions, même notre plus petite au Maghreb, compte cela dit des journalistes. Vous grandissez en vous alliant avec des éditeurs locaux. Pourquoi?

On s’est toujours allié sauf avec des groupes locaux au Royaume-Uni et au Canada. Nous privilégions les partenariats car ils permettent de compter sur les connaissances du marché d’éditeurs locaux et parce que qu’on peut se partager les coûts. On utilise souvent leurs bureaux par exemple.

Allez-vous encore grandir?

En janvier nous ouvrons un Huffington Post brésilien, puis en février en Corée du Sud, au printemps en Inde, cet été en Grèce. Nous sommes aussi en train de négocier quelque chose dans les pays du Moyen-Orient.

Et en Suisse?

C’est compliqué, il y a trois langues. Huffington Post Deutschland, lancé le mois dernier, vise aussi la Suisse alémanique. L’édition française, qui fêtera ses deux ans en janvier 2014, pourrait inclure un volet suisse romand bientôt. Nous sommes en train d’y réfléchir très sérieusement, ce qui impliquerait de contacter des blogueurs et éditeurs romands, mais il n’y a rien de concret aujourd’hui.

Le Huffington Post est controversé. Quand vous avez été racheté en 2011 par AOL, des blogueurs ont manifesté car ils n’étaient pas payés. D’autres disent que vous piquez du contenu aux autres titres. Que répondez-vous?

Ceux qui critiquent de la sorte le Huffington Post ne connaissent rien à Internet. Quant aux blogueurs, notre modèle a toujours été clair: les journalistes sont payés, pas les blogueurs. Et ça marche très bien: nous recevons chaque jour des centaines de demandes de blogueurs qui souhaitent être publiés sur le Huffington Post. Nous leur amenons en effet un grand trafic qu’ils peuvent monétiser.

Les succès en ligne sont souvent éphémères, comment préparez-vous le futur?

En cherchant toujours de nouvelles idées et en m’entourant de talents. Je suis la personne la plus âgées au Huffington Post [63 ans]. La plupart des mes proches collaborateurs n’ont pas trente ans. (TDG)

Créé: 19.11.2013, 18h34

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