Les Suissesses se cassent toujours le nez pour devenir PDG

DécodageLes études le martèlent. Les conseils et les directions restent masculins. Pour l’heure.

Marie Ivorra (industrie, à g.), Marianne Aerni (services, au centre) et Laurence Halifi (construction, à d.). Pour ces trois Romandes, «les femmes sont prêtes à assumer des responsabilités au sommet des entreprises».

Marie Ivorra (industrie, à g.), Marianne Aerni (services, au centre) et Laurence Halifi (construction, à d.). Pour ces trois Romandes, «les femmes sont prêtes à assumer des responsabilités au sommet des entreprises». Image: ODILE MEYLAN

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Les bébés filles qui naissent aujourd’hui devront attendre d’être octogénaires pour gagner autant que les garçonnets. A en croire un récent rapport du WEF (World Economic Forum), ce n’est qu’en… 2095 (!) que la parité salariale serait atteinte. Des différences béantes existent, sur ce plan, entre les pays. Et alors que, toujours selon le WEF, la Suisse caracole en tête en termes de compétitivité globale, elle se traîne sur la question de l’écart entre les genres. Elle a même perdu deux places au classement annuel du WEF: 11e au lieu de 9e. Le pays arrive derrière les nations nordiques, ce qui n’est pas une surprise, mais aussi après le Nicaragua (6e), le Rwanda (7e) ou les Philippines (9e).

Cette onzième place reste honorable, bien sûr. Là où cela se gâte, c’est dans les classements liés au nombre de femmes au sein des conseils d’administration ou des directions générales. Rapport après rapport, les conclusions sont implacables pour le pays qui, rappelons-le, n’a accordé le droit de vote aux femmes qu’en 1971. La progression est réelle mais lente. Selon le «CS Gender 3000», le pourcentage de femmes au sein des conseils helvétiques est passé de 8,6% en 2010 à 11,3% en 2013. Et la situation est pire dans les directions générales.

Les pays voisins ont une bonne longueur d’avance. En raison d’une politique de quotas qui tend à se généraliser. En novembre 2012, la Commission européenne a adopté une proposition de directive visant à imposer un minimum légal de 40% de femmes dans les organes de surveillance des entreprises cotées en Bourse.

Créer un vivier de compétences

Au sommet des entreprises suisses, on peine en revanche à les recruter. «On ne cesse de nous dire qu’il est très difficile de trouver des femmes pour siéger dans des conseils d’administration. Nous sommes en train de prouver le contraire», lâche Marianne Aerni, membre du Cercle suisse des administratrices (CSDA), une association créée au début de l’année pour aider les femmes à se hisser dans ces cénacles. «Cent trente-cinq femmes ont fait la démarche de s’inscrire à notre cercle pour se rendre disponibles», précise encore cette Genevoise de 55 ans, associée de la société de conseil ESA Partners et conseillère stratégique auprès de la direction HEG-Genève.

«Notre objectif est de créer un véritable vivier de compétences», explique Laurence Halifi. A 38 ans, cette Vaudoise est la seule femme administratrice de Glassconcept, une PME employant 42 personnes, dans un secteur qui reste très masculin, celui de la construction. Mais elle entend bien promouvoir d’autres femmes à des postes à responsabilité.

A ses côtés, Marie Ivorra, 47 ans, ancienne CEO de RUAG Space Nyon, filiale du géant industriel suisse RUAG, a dû s’habituer à travailler dans un univers plutôt masculin. Pendant ses vingt-trois ans passés dans ce secteur, cette Genevoise, qui a prouvé sa capacité à diriger une PME de 70 salariés en restant à temps partiel (80%), a surtout noté «que les jeunes femmes sont encore peu nombreuses à se lancer dans les métiers de l’ingénierie». Et cette diplômée de l’EPFL, qui travaille aujourd’hui à la création de start-up, s’en désole.

«Les femmes sont prêtes à prendre des responsabilités, insiste Marianne Aerni. Celles qui s’inscrivent sont des bosseuses. Elles peuvent beaucoup apporter au sein d’un conseil. Lorsqu’elles ne comprennent pas quelque chose, elles osent le dire. Poser des questions.»

Avides de formation

«Elles sont aussi avides de formation, ajoute Laurence Halifi. Le cercle propose des ateliers, des conférences, conseille de participer à des modules de formation. En suivant des cours, elles professionnalisent la fonction d’administrateur.»

Cette difficulté des dirigeants suisses à recruter des femmes laisse songeur. D’autant plus qu’un récent rapport de BNP Paribas – qui a sondé 2500 dirigeants d’entreprise fortunés – a révélé que le chiffre d’affaires moyen d’une société dirigée par une femme atteignait 9,1 millions de dollars (9 millions de francs), contre 8,4 millions de dollars pour celle gérée par un homme. D’autres experts sont plus nuancés en la matière. Si le profil type de l’entrepreneur à succès reste un homme dont le patrimoine moyen se monte à 7,6 millions de dollars, possédant au moins cinq sociétés et âgé de 32 ans au moment de la création de la première d’entre elles, les femmes n’ont pas à rougir. Bien au contraire. Sur les mille cheffes d’entreprise interrogées (37% de l’échantillon des sondés), un autre élément en ressort: elles créent généralement près de cinq entreprises, contre 4,3 en moyenne pour les hommes.

Pour tenter d’inverser la tendance, le cercle lancera au printemps 2015 un prix récompensant une entreprise romande regroupant au moins 50 salariés avec au minimum cinq membres à son conseil. Dont, au moins, deux femmes.

Foison d’études sur un thème sensible

Menée au sein de 3000 entreprises et ciblant 28 000 managers, l’étude de Credit Suisse «CS Gender 3000» débouche sur une vision globale du poids des femmes au sein des instances dirigeantes des sociétés. La Suisse est mal classée. Les pays européens voisins affichent des pourcentages plus élevés, tout comme certains Etats asiatiques (Malaisie, par exemple) mais pas tous (Japon). Selon le rapport Schilling, qui a scruté la Suisse, relayé par La Vie économique, seulement 6% des membres de la direction et 3% des CEO sont des femmes.

En 2013, l’Union patronale suisse et le consultant zCapital avaient aussi publié un document sur la part des femmes dans les conseils d’administration de firmes suisses cotées en Bourse. En constante progression, cette proportion s’est située en moyenne à 16,2% pour les sociétés du SMI. Un pourcentage qui pourrait augmenter si les entreprises helvétiques s’inspiraient de la situation en Europe: en novembre 2012, la Commission européenne a adopté une proposition de directive visant à imposer un minimum légal de 40% de femmes au sommet des entreprises cotées. En Suisse, le Conseil fédéral a fixé en novembre 2013 un quota cible pour les sociétés publiques: la représentation féminine dans les conseils de 24 entreprises liées à la Confédération devra atteindre 30% d’ici à 2020.

De son côté, le cabinet Egon Zehnder a déterminé, en consultant près de 360 firmes pesant chacune au moins près de 5 milliards de francs en Bourse, que la part des femmes dans les conseils des firmes helvétiques était en 2013 de 13,9%, contre 11,6% deux ans plus tôt. En Europe, la proportion a grimpé de 15,6% à 20,3%. Enfin, des différences béantes existent en fonction du secteur étudié. Le rapport du CS révèle que la branche des médias et celle de l’immobilier sont celles où le pourcentage de femmes dans des postes élevés est le plus important (respectivement 23,2% et 20,1%). A l’autre extrême, on trouve le secteur automobile (2,3%). (TDG)

(Créé: 19.11.2014, 21h02)

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