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L’oligarque « genevois » qui défie Poutine

Par Roland Rossier. Mis à jour le 30.05.2014 23 Commentaires

Le milliardaire ukrainien Igor Kolomoisky règne sur un véritable empire. Au bénéfice d’un forfait fiscal négocié avec les autorités genevoises, il fait front face aux prorusses depuis son fief situé à la frontière de Donetsk.

1/3 Igor Kolomoisky, dans son bureau de gouverneur, devant le drapeau ukrainien et celui de l'«oblast» de Dniepropetrovsk (orné par un cosaque): «en trois mois, nous avons collecté 10 millions de francs pour soutenir l'armée».
Roland Rossier

   

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Pendant qu’une guerre civile fait rage à l’est de l’Ukraine, un oligarque a décidé de résister depuis son fief de Dniepropetrovsk, région voisine de celle de Donetsk. Nommé le 3 mars gouverneur de cet « oblast » qui est l’un des poumons économiques du pays, Igor Kolomoisky, 51 ans, défie Poutine et les pro-russes. Au bénéfice d’un forfait fiscal depuis octobre 2010, ce milliardaire aux méthodes musclées qui est à la tête d’un véritable empire (banque, transport aérien, sidérurgie, médias, pétrole, agro-alimentaire etc…) se retranche parfois à Genève. Mais, continuellement escorté par des gardes du corps armés jusqu’aux dents, il consacre désormais l’essentiel de son temps à motiver ses troupes et à soutenir financièrement les actions de l’armée ukrainienne. Il se déplace sans cesse, entre Dniepropetrovsk et Kiev, dans des jets privés même s’il possède 75% du capital de la compagnie nationale ukrainienne. Il a défrayé la chronique en offrant une récompense de 1500 dollars pour une kalachnikov et 10'000 dollars pour la capture d’un agent russe. Aujourd’hui, il fait monter les enchères ! (lire son interview demain dans la Tribune de Genève, dans laquelle il révèle le montant de l’argent récolté en trois mois pour soutenir l’armée régulière).

Pourquoi réside-t-il à Genève ? « Notamment pour raisons familiales, raconte-t-il depuis son bureau de gouverneur. Cela remonte à 1999, après la naissance de notre fils. Nous étions en Crimée, mais le climat ne lui convenait pas. Un de mes amis m’a alors proposé de venir au bord du lac Léman. » Igor Kolomoisky s’est d’abord installé près de Thonon, en 2000. « Un an plus tard, j’ai persuadé ma sœur, qui habitait en Israël, de nous rejoindre à Genève. Ma fille avait alors 16 ans. Elle n’aimait plus vivre en Ukraine et était surtout fatiguée d’être sans cesse accompagnée de gardes du corps pour se déplacer ». La famille se plaît dans la région. Après avoir acheté la maison de Haute-Savoie, les Kolomoisky louent un appartement au Quai Wilson. L’oligarque devient résident genevois. « Je bénéficie d’un forfait fiscal depuis octobre 2010 », ajoute-t-il.

L’oligarque possède trois passeports : « En plus du passeport de l’Ukraine, j’ai celui d’Israël et celui de Chypre, qui me permet de voyager facilement dans l’Union européenne. » Dans son fief de Dniepropetrovsk, il peut compter sur l’appui de deux poids-lourds locaux: Alexander Dubilet, président du directoire de PrivatBank, et le rabbin Shmuel Kaminezki, qui règne sur la communauté juive de la ville, forte de 50000 personnes. Et sur le Menorah Center, un complexe où la culture se mélange à la religion et aux affaires. « Il nous a coûté environ 70 millions de dollars », précise l’oligarque. Igor Kolomoisky possède aussi le club de football local, le FC Dnipro Dnipropetrovsk, second du championnat de première division. Mais pourquoi préfère-t-il être en pleine lumière, comme gouverneur, plutôt que tapi dans l’ombre, comme tout oligarque qui se respecte ?

« Je ne voulais pas être gouverneur. Si vous m’aviez dit à Noël que je serais gouverneur de l’Oblast de Dniepropetrovsk trois mois plus tard, je ne vous aurais jamais cru. J’étais alors en vacances en famille, aux Maldives. Mais, quand j’apprends le 16 janvier que le Parlement a voté une loi restreignant le droit de manifester, je pense que les jours du président Ianoukovitch sont comptés. Trois jours plus tard, depuis Genève, je regarde le peuple qui manifeste dans la rue, sur la place Maïdan. Pour moi, le renversement du régime est proche. Je communique alors de manière permanente avec les dirigeants politiques dont je suis proche, dont Vitali Klitchko ».

Sa famille pense qu’il est à moitié fou de s’exposer pareillement. Mais il n’en a cure : « entre oligarques, nous avions décidé, pour calmer la situation politique, de nous répartir les régions. Rinat Akhmetov devait aller à Donetsk, Victor Pinchuk à Zaporijiya et moi à Dniepropetrovsk. Dès mon entrée en fonction, je suis allé parler avec les principales forces politiques de Dniepropetrovsk. Ici, la situation est plus calme car la région compte beaucoup moins de pro-russes que celle de Donetsk. » L’entretien avec l’oligarque s’achève. A l’est, dans la région voisine de Donetsk, les combats font rage. L’aéroport local est au centre des conflits. Et, hier soir, la tension est montée d’un cran avec la destruction d’un hélicoptère de l’armée régulière par un missile sol-air tiré par les rebelles prorusses.

Retrouvez notre interview de l'oligarque ukrainien dans nos éditions payantes de ce week-end. (TDG)

Créé: 30.05.2014, 19h46

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23 Commentaires

Laurent Leisi

30.05.2014, 23:48 Heures
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Un des plus gros boss de la mafia Ukrainienne, oligarque milliardaire à la fortune au moins aussi douteuse que celle de Ianoukovitch et qui bénéficie d'un forfait fiscal à Genève... histoire de payer le minimum, et surtout le moins possible dans son pays d'origine l'Ukraine... J'éprouve une honte terrible pour ce type d'individus ! Répondre


Juju La justice

31.05.2014, 03:11 Heures
Signaler un abus 119 Recommandation 9

Cet individu offre un million pour liquider physiquement un de ces rivaux politique. Très étonnant que la Suisse le garde encore : d'un côté on demande la perpétuité pour un meurtrier (Sperisen) et d'un autre c'est un forfait fiscal et une belle tribune dans la presse :) Répondre