Google, toujours plus critiqué en Europe

InternetLa firme américaine devient si puissante qu’elle commence à faire peur, surtout en Europe.

Image: AFP

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Google. De sympathique orchestratrice de la connaissance, l’entreprise semble s’être transformée en monstre. Jamais dans l’histoire un groupe n’a en effet été aussi puissant: la multinationale domine Internet, du marché des moteurs de recherche aux navigateurs (via Chrome) et aux systèmes d’exploitation (Android), en passant par les messageries (Gmail), les cartes (Google Maps), les vidéos (YouTube). Et la pub: la gigantesque régie accapare près d’un tiers de toutes les annonces sur Internet. En Suisse, ce pourcentage grimpe même autour des 60%.

Accusations graves

Ce qui inquiète. Mathias Döpfner, directeur d’Axel Springer, un des plus grands éditeurs de presse allemands pourtant, dit ouvertement «avoir peur» tant la dépendance de son groupe vis-à-vis de Google est importante. Une entreprise d’Axel Springer a récemment perdu près des trois-quarts de son trafic Internet suite à un changement mineur de l’algorithme du moteur américain. Marc Walder, à la tête de la maison Ringier, y voit une «domination dangereuse». Les concurrents directs ne sont pas les seuls à réagir: des chefs d’Etats, comme Angela Merkel ou François Hollande, militent pour réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis et de Google.

La firme californienne a beau impressionner tant ses services sont géniaux, et tant elle permet à ses utilisateurs de gagner en productivité. Elle n’en reste pas moins très critiquée depuis quelques mois sur le Vieux-Continent, où elle a été accusée de violation du droit d’auteur, de ne pas respecter le droit à l’oubli, de privilégier les sociétés qui lui sont affiliées, de ne pas payer beaucoup d’impôt et surtout d’utilisation abusive de données privées. La Commission européenne, a-t-on appris le mois dernier, soupçonne le groupe de Mountain View d’avoir abusé de sa position dominante et fait pression sur les fabricants de téléphones utilisant Android pour qu’ils privilégient ses applications au détriment de celles de la concurrence.

Solutions bricolées

La fronde est surtout européenne, alors qu’en Chine et en Asie, ou recourt largement à d’autres outils, notamment pour des raisons culturelles et de langues. La dépendance du Vieux-Continent à une société proche des services secrets américains est considérée comme malsaine.

Des solutions ont été bricolées çà et là. Le Commissaire européen à la concurrence, Joaquín Almunia, a obtenu que les résultats de recherches sur Google ne privilégient pas uniquement ses propres services et ceux de ses partenaires, mais aussi ceux des concurrents. De nombreux observateurs ont estimé que cette solution n’était guère convaincante et totalement à l’avantage de Google. Sommé par la Cour européenne de justice, le géant vient aussi de lancer une plate-forme de droit à l’oubli disponible en Europe et fait actuellement face à des millions de demandes, treize par seconde en moyenne au début du mois d’août. En France, Google a accepté l’an dernier de débourser 60 millions d’euros pour rétribuer les éditeurs de presse, qui se disaient floués (selon eux le groupe accaparait toute la pub à leurs dépens). En Allemagne et en Suisse, les éditeurs cherchent encore la meilleure solution.

Son quasi-monopole, lui, n’est guère égratigné (le moteur de recherche de l’entreprise détient toujours plus de 90% des parts de marché en Europe). Deux pistes sont de plus en plus évoquées en guise de réaction: le démantèlement de Google et la création d’un concurrent européen (l’union fait la force), qui permettrait au continent de rattraper son retard sur le terrain numérique.

La thèse du démantèlement

Les défenseurs de la thèse du démantèlement citent allègrement le Sherman Act du droit américain, qui dès le XIXe siècle prohiba les ententes au sommet et déboucha sur la division des monopoles qui s’étaient constitués dans le pétrole et les chemins de fer. Les juristes sont beaucoup plus prudents. «L’Europe n’a pas les moyens juridiques pour démanteler Google», selon l’avocat Nicolas Capt. «On ne peut d’ailleurs techniquement pas parler de monopole, donc encore moins de le démanteler, car les utilisateurs peuvent recourir à d’autres services», renchérit François Charlet, juriste spécialisé dans les nouvelles technologies. Les spécialistes s’accordent: le droit européen, et helvétique, de la concurrence doit être totalement mis à jour pour s’adapter aux nouvelles exigences du Web.

Le fait que Google ait un immense accès à des données considérées comme privées a poussé l'administration fédérale allemande pour la réglementation et le contrôle des cartels (Bundeskartellamt) à explorer une autre piste: celle d’un encadrement beaucoup plus sévère, quitte à traiter Google comme une entreprise publique. Faisable? Là aussi, de nombreux observateurs se montrent sceptiques.

Un concurrent européen?

Et le «Google européen»? Les exemples d’Airbus et de Galileo sont régulièrement cités. Le constructeur d’avion et le système de positionnement par satellites sont tous deux des projets européens à succès. Airbus, né d’une collaboration en 1970 entre plusieurs entreprises du continent alors que l'industrie aéronautique était dominée par les États-Unis, a enregistré l’an dernier beaucoup plus de commandes que son rival américain. Le scénario peut-il se répéter sur Internet? L’Allemagne et la France font pression dans ce sens. Selon le ministre de l’Economie en Allemagne Sigmar Gabriel, «seule l’Union européenne a désormais le pouvoir de corriger les règles du jeu de Google». Du côté des éditeurs helvétiques, on confirme: «La solution ne peut qu’être européenne», selon Daniel Hammer, secrétaire général de l'association Médias suisses.

Des observateurs font remarquer que le continent n’en serait pas à sa première tentative, alors qu’en 2005 Quaero, un moteur de recherche lancé par de nombreuses entreprises européennes, avait déjà tenté de percer, sans grand succès. Google, 59,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires l’an dernier, a de quoi racheter de nombreux concurrents (26 acquisitions déjà cette année). Ou de grassement payer, par exemple les navigateurs FireFox ou Internet Explorer, les deux principaux derrière Google Chrome, afin qu’ils proposent à ses utilisateurs de recourir par défaut au moteur de recherche de Google.

Le jeu du marché reste faussé. Que se passera-t-il si Google continue d’accroître sa domination sur Internet? La question est toujours plus pertinente, alors que rien ne semble pouvoir enrayer sa formidable marche en avant. (TDG)

(Créé: 26.08.2014, 18h41)

Swisscows, un moteur de recherche suisse

Il s’appelle Swisscows et il tombe à pic. Le nouveau moteur de recherche helvétique, lancé il a y deux mois par la société Hulbee AG, surfe en effet sur la fronde qui s’abat sur Google en Europe. Avec succès: «Après deux mois, nous avons déjà, avec quelque 400’000 visiteurs uniques, 5% du marché de la recherche en ligne en Suisse et notre part grandit constamment», se félicite Andreas Wiebe, directeur général de l’entreprise thurgovienne de 54 employés. Son objectif est ambitieux: détenir d’ici à deux ans 30% du marché.

Swisscows est un moteur de recherche qui se base sur la reconnaissance sémantique des informations. Le service garantit à ses utilisateurs que leurs données ne seront pas récupérées et que la totalité de ses serveurs se situent en Suisse. «Les données ne sont pas accessibles aux États-Unis ou autres fouineurs de données», souligne le site dans ses conditions générales. Ces dernières mentionnent clairement que, contrairement au géant américain, Swisscows ne sauvegarde ni adresse IP, ni cookie de pistage, ni requête d’utilisateur.

«Nous sommes arrivés au bon moment, les gens ne se sont en effet jamais autant inquiétés par rapport à l’utilisation que font les grands groupes de leurs données personnelles qu’aujourd’hui», poursuit Andreas Wiebe. Des recherches portant sur le sex ou la pornographie y sont bloquées, ce qui, espère-t-on chez Hulbee AG, incitera les écoles ou autres sociétés à installer le moteur par défaut sur leurs ordinateurs.

Le moteur «Swiss made» est disponible sur territoire helvétique mais aussi en Allemagne, Autriche, France. Il continue de se développer, alors que ses résultats intégreront des images dès le mois de septembre. En France, le moteur de recherche Qwant, lancé en février 2013, mise également sur le respect de la vie privée de ses utilisateurs et dit attirer toujours plus de clics. Sur Internet, il existe actuellement des centaines de moteurs de recherche, plus ou moins spécialisés.

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