«Chez UBS, nous avons été surpris par la secousse»

Péril sur les banques?Crise sur les marchés, secret bancaire… Les réponses du patron d’UBS en Suisse, Lukas Gähwiler, face aux remises en cause existentielles des banquiers

Lukas Gäwilher, 51?ans, membre du directoire d’UBS; dans les bureaux genevois de la première banque du pays en pleine semaine de crise boursière. Image: Steeve Iuncker-Gomez

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Semaine noire pour les grandes banques européennes. Un jour sur deux, ces dernières essuient des tempêtes boursières d’une ampleur semblant refléter quelque péril imminent. Le lendemain, plus rien, les actions remontent en flèche. La finance helvétique est en première ligne. Et, par ricochet, la Bourse de Zurich.

La semaine dernière, un Credit Suisse en pleine tourmente a enchaîné plusieurs journées marquées par des reculs de 5% à 10% de ses actions. Son premier rival, UBS, a aussi connu des secousses et, depuis la fin de l’été, le cours du titre de celui-ci a perdu le tiers de sa valeur. Exposition à l’effondrement du pétrole, fin du secret bancaire, nouvel arsenal réglementaire, situation en Chine… Tout ou presque est invoqué. Expliquer, certes, mais comprendre? Il y a une «déconnexion entre les performances de la Bourse et celles de nombreuses entreprises», tempérait jeudi le financier John Paulson (très écouté à Wall Street).

Qu’en pensent les premiers concernés? En charge des activités d’UBS en Suisse, Lukas Gähwiler, 51 ans cette année, était la semaine dernière à Genève où il dit passer «deux ou trois fois par an». L’occasion de faire le point avec un membre du directoire du premier groupe bancaire du pays sur ce qui se passe vraiment dans un secteur faisant vivre 30 000 personnes à Genève.

Qu’est-ce qui se passe? Une nouvelle crise bancaire? Est-ce que UBS est menacée?
Non. Nous avons été nous-même surpris par la violence de la secousse boursière sur nos actions. Une fois de plus, les marchés financiers réagissent de manière disproportionnée. Tout le monde sait que 2016 sera une année difficile pour les banques en termes de recettes. Mais cela ne veut pas dire que les fondements de notre activité ont changé en quelques mois!

Quid de la gestion des fortunes étrangères, cruciales pour UBS
à Genève? A-t-elle un avenir?

La réalité est tenace. A Genève, la moitié de nos employés gère toujours des clients installés à l’étranger. Et nous bénéficions toujours d’afflux nets de dépôts (en règle avec le fisc) en provenance du monde entier. Cette activité reste cruciale pour la Suisse. Sans de tels dépôts offshore (ndlr: installée à l’étranger), nous ne pourrions financer les prêts dont les entreprises helvétiques ont besoin.

Chez UBS, les postes de la région lémanique seraient donc moins menacés?
La Suisse romande reste une région clef; elle génère plus du tiers des profits d’UBS en Suisse. Au niveau de la banque de détail, cette importance s’explique par la présence historiquement forte des deux grandes banques dans une région où les établissements cantonaux ont été durement touchés par la crise des années 90. Dans la gestion de fortune, notre implantation est liée à l’importance de la clientèle installée à l’étranger. En Suisse, le tiers des employés dits du «front» (au contact de la clientèle) sont en Suisse romande; alors qu’à Zurich, les emplois dits de «support» sont beaucoup plus nombreux. Ce qui signifie que Genève est moins menacé par de possibles délocalisations… tant que la clientèle est là

Prochaine étape, la fin du secret bancaire en Suisse pour les résidents. Prêts?
Nous nous adapterons à la décision du souverain. Personnellement, j’ai de la difficulté à imaginer que les Suisses décident de traiter les clients du pays différemment de ceux établis à l’étranger. Mais nous verrons.

En fin d’année, vous affichiez, dans la presse alémanique, des objectifs de croissance de votre clientèle en Suisse de 50% en dix ans. Au service de M. et Mme Tout-le-monde, la banque de détail n’est donc plus dénigrée?
Pas du tout. Elle a toujours joué un rôle très important pour UBS. Mais, grâce à la popularisation de l’e-banking, la banque de détail est même devenue encore plus attrayante. Et nous n’oublions pas que les clients de la gestion de fortune proviennent souvent du réseau d’agences.

Comment attirer ces clients? En entrant dans une guerre des prix? UBS est loin d’être la banque la meilleur marché…
La clef est le service en ligne. Notre but est de créer un écosystème qui fournisse tous les services (contrôle des paiements par carte, du compte salaire, du troisième pilier, etc) utilisés par le client, sur son écran. Sans oublier des conseillers disponibles 24 heures sur 24 au téléphone. Un tel niveau de services permet de retenir le client de la même façon que ce dernier, il y a vingt ans, restait fidèle à la banque où il contractait son prêt hypothécaire.

Le réseau d’agences, que vous avez rénové à grands frais, a-t-il un avenir avec ce basculement sur Internet?
La clientèle continue de vouloir une relation en face à face avec ses conseillers. Donc, si nous voulons conserver notre réseau de 300 agences, il nous faut absolument accroître de 30% à 50% sa clientèle ces dix prochaines années. Aujourd’hui, dans une agence UBS, un conseiller suit, en général, entre 100 et 1500 clients, selon le segment (gestion de fortune ou clientèle particulière). Avec le basculement sur Internet de nombre de formalités administratives, il est possible de doubler cet effectif.

Accroître de 50% sa clientèle passe-t-il aussi par le rachat de concurrents?
Evoquée en boucle, cette concentration du secteur bancaire reflète des réalités très différentes. Dans la banque de détail, les deux grandes banques, les instituts cantonaux et le réseau Raiffeisen se partagent depuis longtemps 90% de l’activité. Racheter une banque en dehors de ce groupe n’est donc que d’un intérêt limité.

Et dans les activités de gestion de fortune?
Le paysage y est tout autre. 250 banques (souvent genevoises et souvent d’une taille limitée à des dépôts de moins de 10 milliards de francs) se partagent la clientèle fortunée offshore. Certaines sont vouées à la fermeture, car leur modèle d’affaires est révolu. Alors, bien sûr que, dans ce domaine, il y a des établissements à vendre. Mais, soyons clairs. Au plan mondial, nos équipes de gestion de fortune parviennent, chaque année, à collecter entre 40 et 50 milliards d’argent frais. A cette aune, un établissement regroupant une clientèle pesant 10 milliards de francs ne va guère nous intéresser. Car il faut encore considérer les éventuels risques liés à la compliance, à la qualité des conseillers ou aux possibles problèmes de clientèle liés au passé.

Quittons la finance. Quel est le retour vous parvenant, des entreprises, des dégâts causés par une année d’appréciation du franc face à l’euro? Le gros du choc est-il passé?
Je ne crois pas; nous n’en avons pas encore vu les vraies conséquences. L’an dernier, les entreprises ont paré au plus pressé, en restructurant. La vérité quant à l’impact sur leurs comptes va apparaître en 2016 et 2017. Les plus touchés seront les fournisseurs des grandes entreprises dédiées à l’export, des PME qui n’ont guère de marge de manœuvre. Cependant, pour tout vous dire, les patrons que je rencontre me parlent en réalité moins de l’euro que de leurs craintes face à la multiplication des charges liées aux contraintes réglementaires en Suisse…

Par exemple, pour recruter des étrangers, à la suite du vote du 9 février 2014?
Par exemple, oui. Ces dix prochaines années, un million de salariés partiront à la retraite. Et, au rythme actuel d’arrivée des nouveaux entrants sur le marché du travail, il en manquera 500 000 au pays. Regardez le cas de notre banque: sur nos 21 000 collaborateurs en Suisse, environ 5000 viennent de l’étranger. Alors, la situation est simple: si nous n’arrivons plus à faire venir ici l’informaticien étranger de talent, nous risquons d’amener le travail chez lui. (TDG)

(Créé: 14.02.2016, 19h23)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Hollande ne se représentera pas
Plus...