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Banque nationale suisse

«La crispation monétaire se relâche»

Par Roland Rossier, Berne. Mis à jour le 24.01.2013

Le franc fort et l’immobilier mettent la BNS sous pression. Le point avec Jean-Pierre Danthine, No 2 de l’institut

Jean-Pierre Danthine, vice-président de la direction générale de la Banque nationale suisse.

Jean-Pierre Danthine, vice-président de la direction générale de la Banque nationale suisse.
Image: ARC

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la Tribune de Genève: Depuis le début de l’année, l’euro se raffermit. Pourquoi ne pas fixer un nouveau taux plancher, par exemple à 1.25 franc pour un euro, pour aider l’industrie d’exportation et le tourisme?

Le cours plancher que nous avons fixé en septembre 2011 représente une mesure extraordinaire répondant à une situation extraordinaire, notamment un sentiment de peur lié à la crise de la zone euro propulsant le franc à des niveaux intolérables.

Justement. Cette peur s’éloigne…

Aujourd’hui, cette crispation semble se relâcher. Nous saluons cette évolution mais, même si nous estimons que le franc continue d’être trop fort, la politique du cours plancher n’est pas construite pour permettre une modulation fine du niveau de ce plancher. Le cours du franc par rapport à l’euro est libre de se mouvoir au-dessus de cette barre de 1,20 franc.

La Banque nationale suisse va sans doute boucler l’exercice avec un bénéfice de 6 milliards de francs. Confédération et Cantons recevront au moins 1 milliard. Avant la crise de 2008, la BNS versait 2,5 milliards. Que penser du système actuel, basé sur une nouvelle convention?

L’accord conclu à fin 2011, qui doit tenir jusqu’en 2015, représente une bonne prise en compte de la situation nouvelle résultant de l’augmentation de la taille du bilan de la BNS. Aujourd’hui, nos résultats sont soumis à des fluctuations de forte amplitude. La taille de ce bilan justifie le rythme de provisionnement aux réserves monétaires, calibré sur le double du taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) de la Suisse.

Fin novembre, les réserves de devises de la BNS se sont élevées à 425 milliards de francs. C’est un record absolu! Et aujourd’hui?

A fin décembre, elles se sont élevées à 427 milliards de francs.

Le gonflement du bilan que ce phénomène entraîne n’est-il pas dangereux? Existe-t-il un risque de «bulle BNS»?
Non. Une bulle éclate. Une banque peut tomber en faillite. Mais la BNS est une banque ou une entreprise particulière car elle peut créer de la monnaie. Pour lutter contre le franc fort, nous créons des francs par simple écriture et, avec ces francs, nous achetons des devises. En conséquence, la taille de notre bilan augmente et il en résulte une augmentation des risques liés à nos résultats. Notre risque majeur est celui de la valeur du franc par rapport aux autres monnaies. Quand le franc s’affaiblit, ce risque va dans la bonne direction puisque les devises que nous possédons prennent de la valeur. Les fluctuations de nos résultats ont une incidence sur la capacité de la BNS à redistribuer ses bénéfices.

Vous vendez des euros?

Nous ne communiquons pas nos pratiques d’intervention.

Les avoirs en comptes de virement des banques ont pratiquement doublé en une année (même si ce montant semble se résorber un peu depuis 2 mois). Cet argent «protégé» au sein de la BNS ne devrait-il pas plutôt irriguer l’économie, les entreprises et les ménages?

En moyenne, la semaine passée, ces avoirs se sont élevés à 284 milliards de francs. L’ensemble de ces liquidités n’est pas utilisé au sein de l’économie, car la demande de crédits auprès des banques n’est pas aussi importante. On peut conduire le cheval à la source, mais pas l’obliger à boire. Cependant, les agrégats monétaires permettant de mesurer la détention de monnaie par les entreprises et les ménages ont augmenté d’environ 10% en un an. Les crédits ont eux aussi augmenté, ce qui montre qu’une partie des liquidités injectées est entrée dans le circuit économique.

La situation vous parait saine?

Nous sommes dans une phase de liquidités excédentaires. Si ces masses de liquidités se transformaient en crédits, l’économie s’enflammerait et il y aurait un risque d’inflation. Pour l’heure, la conjoncture nationale, comme internationale, est caractérisée par une faible croissance, et ce risque n’existe pas. L’inflation est négative en Suisse et est appelée à le rester encore pour quelques mois.

Les banques ne sont pas les seules à s’héberger chez vous. Dans votre bilan, le poste «autres engagements» est passé de 1,8 milliard en décembre 2010 à 64 milliards en septembre 2012. Qui utilise cette possibilité?

Pour l’essentiel des comptes de virement du secteur non bancaire. Les assurances, les centrales de clearing et PostFinance, qui est un opérateur important.

Comment peut-on être sûr de résorber cette «construction financière» sans heurts?

Actuellement, cette question d’absorption des liquidités ne se pose pas, car il n’y a aucun risque d’inflation. Lorsque ce sera nécessaire, nous pourrons absorber ces liquidités à court terme par l’émission de bons de la BNS (SNB Bills). A long terme, la seule manière de réduire notre bilan de manière permanente consistera à revendre les devises étrangères que nous aurons acquises, c’est-à-dire d’annuler, ou renverser, l’acte de création monétaire qui était au départ de notre opération d’achat de devises.

Jamais les taux hypothécaires n’ont été aussi bas en Suisse (1,4% pour des taux fixes à 5 ans, en 2012). Mais les prix semblent s’orienter à la baisse. Faut-il tout de même agiter l’épée de Damoclès d’une activation du volant anticyclique de fonds propres, ou est-ce une «astuce» de la BNS pour calmer le jeu?

Nos statistiques montrent que les prix ne baissent pas en ce moment. La dynamique du marché immobilier reste trop forte. Elle n’est pas soutenable. La situation doit se stabiliser. Pour cela, nous nous sommes assurés que les principaux acteurs du marché immobilier étaient conscients du problème, et nous étudions l’impact des mesures déjà prises – comme la limitation de l’utilisation des fonds du 2e pilier. Soit l’atterrissage se fait en douceur, soit d’autres mesures telle que celle que vous évoquez seront nécessaires.

Vous surveillez les prêteurs, et en particulier ceux qui réclament de l’acquéreur moins de 20% de fonds propres?

Nous faisons des enquêtes régulières, sur une base trimestrielle, pour connaître dans quelle proportion des prêts cette règle des 80%-20% n’est pas respectée. Les arbres ne poussent pas jusqu’au ciel. Notre souci, c’est de ralentir cette dynamique et d’éviter à la Suisse de connaître une crise immobilière comme celle du début des années 1990. Ces crises mettent beaucoup de temps à se résorber. On le voit aux Etats-Unis, en Irlande, en Grande-Bretagne ou en Espagne. (24 heures)

Créé: 24.01.2013, 07h09

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