«On ne parvient plus à écouler les stocks de montres»

Marché du travailLe taux de chômage atteint 9% dans le secteur de l'horlogerie. Explications du professeur Giovanni Ferro-Luzzi.

Horlogers au travail dans un atelier de production d'une grande marque genevoise.

Horlogers au travail dans un atelier de production d'une grande marque genevoise. Image: Pierre Abensur

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Le taux de chômage a poursuivi sa baisse au mois de mai aussi bien à Genève (5.4%) qu'en Suisse (3.3%). Mais pas dans l'industrie horlogère, où il se maintient à un niveau très élevé: 9%, selon les chiffres du Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO) publiés jeudi. Seul le secteur de l'hôtellerie et de la restauration fait moins bien, comme le remarquait vendredi la Neue Zürcher Zeitung.

Giovanni Ferro-Luzzi est professeur à l'université de Genève et à la Haute école de gestion. Selon lui, les perspectives de ralentissement économique vont continuer de mettre à mal l'industrie horlogère. A Genève, le nombre de chômeurs (252) dans le secteur a augmenté de 20% entre mai 2015 et mai 2016.

Ce taux de chômage de 9% dans le secteur de l'horlogerie s'explique-t-il uniquement comme une conséquence du franc fort ?

L'abandon du taux plancher, en janvier 2015 a en quelque sorte porté le coup de grâce à l'industrie horlogère helvétique. Il faut savoir que plus de neuf montres fabriquées en Suisse sur dix sont exportées. L'horlogerie a ainsi été obligée de rogner ses marges afin de pouvoir continuer à vendre à des pays qui, en outre, ont subi un ralentissement de leur croissance économique: la Chine, surtout, mais aussi la Russie qui, elle, a vu sa monnaie, le rouble, s'effondrer. L'appétit de ses deux pays pour l'horlogerie de luxe avait longtemps permis de masquer la baisse de la demande. Mais comme désormais on ne parvient plus à écouler les stocks, la seule solution est de licencier du personnel.

La place horlogère genevoise doit-elle s'attendre à une dégradation de la situation sur le marché du travail ?

Entre mai 2015 et mai 2016, le nombre de chômeurs genevois a augmenté de 20% dans le secteur de l'horlogerie. Les chiffres de l'Office cantonal de la statistique (OCSTAT) sur l'évolution des exportations montrent que la baisse de l'activité économique va se poursuivre dans le canton. Ce qui n'est bien entendu pas bon signe pour les marques horlogères genevoises. Depuis 2011, la bijouterie a par exemple vu ses ventes diminuer fortement. Les touristes chinois sont moins désireux de dépenser plus pour des montres suisses.

Que pensez-vous des critiques de l'industrie horlogère vis-à-vis de l'enquête du SECO ? Elle estime, notamment, que ses statistiques sont erronées car elles se basent sur le recensement de la population datant de 2010 et qu'elles ne prennent pas en compte les sous-traitants.

Ces critiques ont une certaine validité. Le but des statistiques est d'essayer de saisir la réalité mais c'est parfois difficile. Et les entreprises ne veulent pas toujours communiquer. Par ailleurs, les chiffres du SECO ne prennent pas en compte les travailleurs frontaliers, très présents dans le secteur horloger. Leur nombre peut atteindre jusqu'à 80% dans certaines manufactures, notamment dans le canton du Jura et de Neuchâtel, dont les taux de chômage figurent parmi les plus élevés du pays. (TDG)

Créé: 10.06.2016, 17h16

Giovanni Ferro-Luzzi est professeur à l'université de Genève et à la Haute école de gestion. (Image: DR)

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