Portrait-robot d’un riche bénéficiaire du forfait fiscal

VotationLoin des vedettes et des oligarques, enquête sur une trentaine de rentiers installés en Suisse.

Un profil habituel du forfaitaire n’a rien à voir avec les vedettes comme Johnny Hallyday.

Un profil habituel du forfaitaire n’a rien à voir avec les vedettes comme Johnny Hallyday. Image: Lionel Cironneau/Keystone

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Français, sexagénaire ou septuagénaire. Industriel ou commerçant. Il a vendu son entreprise et choisi de s’établir sur les rives du Léman ou dans une station alpine valaisanne, grisonne ou bernoise. Un avocat, qu’il a trop grassement payé à son goût – même s’il en a besoin — lui a décroché le Graal: être imposé selon le système du «forfait fiscal». En échange, il passe au moins la moitié de son temps en Suisse, afin de bénéficier de ce statut.

Notre enquête – basée sur une trentaine de cas réels – permet d’affiner ce portrait-robot du «forfaitaire fiscal» installé en Suisse romande. Il a gardé un pied-à-terre à Paris et peut-être une résidence dans le sud de la France ou une région qui lui est chère. Sa fortune? Entre 30 et 100 millions de francs, parfois beaucoup plus. Il fuit les mondanités, préfère une Mercedes à une Lamborghini. Bon vivant, il fréquente d’excellents restaurants, joue volontiers au golf, possède une belle montre et s’est entouré d’une ou deux personnes de confiance – homme à tout faire, femme de ménage – qui s’occupent de l’entretien de sa maison lorsqu’il est en voyage.

Beaucoup de Français

Un profil qui n’a rien à voir avec les vedettes comme Johnny Hallyday, les sportifs comme Jo-Wilfried Tsonga ou les milliardaires comme le fondateur d’Ikea, Ingvar Kamprad, en passant par les oligarques russes ou ukrainiens, qui symbolisent cette pratique fiscale soumise au vote le 30 novembre.

Dans leur très grande majorité, les forfaitaires sont originaires d’Europe. Les plus anciens proviennent des pays voisins. Pour des questions logiques de langue et de culture, les Allemands préfèrent la Suisse alémanique, les Français la Suisse romande et les Italiens le Tessin. On trouve aussi des Belges, quelques Espagnols, une poignée de Grecs. Les Anglais adorent Verbier. Les Italiens et, depuis peu, les Russes se sont entichés de Crans-Montana ou des stations grisonnes. Les fortunes de l’Est ont découvert plus récemment ce système. On trouve aussi, aux côtés des Russes, des Ukrainiens, des Polonais, des Tchèques…

Chacun de ces 5500 riches étrangers coulant une paisible retraite dans le pays a surtout son histoire particulière. Beaucoup d’entre eux ont créé une fondation – véhicule fiscal intéressant – soutenant les arts, la culture, la recherche médicale.

Club de sport et fondations

D’autres soutiennent le sport, à l’exemple de feu Paul-Annick Weiller, industriel alsacien qui a présidé le Servette FC de 1991 à 1997. Ce mécène au bénéfice d’un forfait fiscal allongeait sans sourciller près de 4 millions de francs par an pour éponger les dettes du club. Autre forfaitaire, le milliardaire russe Gennadi Timchenko soutient aussi le sport local, et en particulier le Genève-Servette Hockey Club. Avec un budget annuel de l’ordre de 2,5 millions de francs par année, précise-t-on dans son entourage, sa fondation Neva finance aussi des institutions culturelles genevoises comme le Grand Théâtre ou le Théâtre de Carouge.

Autre oligarque qui confiait en mai dernier dans ces colonnes bénéficier d’un forfait fiscal depuis 2010, l’Ukrainien Igor Kolomoisky se verrait aussi endosser l’habit du mécène sportif. «Il est situé dans quelle division, le club de football de Genève?» demandait alors le milliardaire – par ailleurs propriétaire du club de Dniepropetrovsk – avant de faire la moue en apprenant que le Servette FC barbotait en Challenge League.

Millionnaires anonymes

Tous les bénéficiaires de forfaits fiscaux n’ont pas ces motivations. La plupart rasent les murs, adorant la discrétion de la Suisse. Ils sont rares à témoigner, même de manière anonyme. «Laissez-moi choisir mes cigares, merci de me rappeler dans une heure», nous lâche un Français avant de décliner l’invitation à témoigner. Certains sont des héritiers, mais la plupart «ne sont pas nés avec une cuillère en or massif dans la bouche», résume un banquier genevois qui compte plusieurs de ces étrangers fortunés comme clients. Si les garages de leurs demeures abritent rarement des bolides hors de prix, certains signes de richesse ou de bon goût ne trompent pas. L’artisan genevois Luc Forster se souvient encore de cette bouteille, malheureusement vide, de Cheval Blanc 1982 qui trônait sur la table d’un riche forfaitaire chez qui il était venu achever des travaux. (TDG)

(Créé: 14.11.2014, 20h50)

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