Les marchés tournent le dos aux sociétés Internet

BoursesGoogle, Apple, Amazon... en quelques semaines, les titres liés aux nouvelles technologies ont chuté. Une «bulle techno» est-elle en train d’exploser?

La chute du Nasdaq et des valeurs technologiques depuis le début du mois de décembre 2015.

La chute du Nasdaq et des valeurs technologiques depuis le début du mois de décembre 2015. Image: P. FY SOURCE: YAHOO! FINANCE

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Depuis quelques semaines les journées se suivent et se ressemblent sur les marchés. Le vert a laissé sa place au rouge, un rouge tellement vif que le mot «krach boursier» n’est plus inapproprié pour décrire ce qui se passe actuellement. Si la plupart des branches économiques (finance, industrie, textile, santé…) sont touchées, l’une d’entre elles se prend une claque après l’autre: celle des nouvelles technologies.

Paradoxalement, à quelques jours du dernier Forum de Davos dont le thème principal était justement consacré à la numérisation de notre société, les marchés se détournent à une vitesse vertigineuse des valeurs liées à ce phénomène. «Ne parlons plus de chute, mais de désintégration», écrivait un analyste financier sur le site La Bourse au Quotidien en faisant référence à la dernière victime en date: la valeur vedette et jusqu’ici préservée LinkedIn.

La présentation jugée décevante de ses résultats vendredi a fait plonger le cours du titre de l’entreprise de plus de 43% en une journée. Bilan: 11 milliards de francs de valorisation boursière effacée en quelques heures. Une telle chute n’était plus survenue depuis l’effondrement boursier des célèbres chaussures Crocs (–58%) le 13 novembre 2008.

Explosion d’une bulle «techno»
Certaines questions se posent du coup. Pourquoi les valeurs considérées comme les plus prometteuses du marché il y a encore quelques mois sont désormais perçues aussi négativement? Pire, ne sommes-nous pas en train d’assister à l’explosion de cette nouvelle «bulle techno», tant redoutée par certains? La chute depuis un mois du Nasdaq, l’indice vedette des valeurs technologiques, le laisse craindre.

Mike Wade, professeur à l’IMD, avertissait il y a deux mois déjà que la fin de l’euphorie des valeurs technologiques était proche. «Ce n’est pas une question de si, mais de quand», affirmait ce dernier en rappelant qu’en sept ans, le Nasdaq avait triplé en valeur. Or, la seule autre fois où cet indice avait atteint un tel sommet, c’était avant le krach boursier survenu au début du siècle. L’explosion en 2015 du nombre de «licornes» à la Silicon Valley, – ces start-up non cotées, mais dont la valorisation est estimée en milliards (Uber, SpaceX ou AirBnB) –, laissait d’ailleurs augurer d’une telle surchauffe.

Le négatif masque le positif
Au dire des analystes, un ralentissement notable de la croissance des chiffres d’affaires de plusieurs de ces sociétés est également constaté depuis quelques trimestres. «Pour les valeurs technologiques, ce sont les taux de croissance qui sont les plus observés et non le fait que la valorisation d’une société soit ou non sous-évaluée», rappelle Olivier Good, analyste spécialisé dans les nouvelles technologies à la banque privée genevoise UBP.

Le cas d’Apple est particulièrement parlant. Le géant de Cupertino, dont la valorisation reste largement sous-évaluée, n’a pas échappé à la curée et cela malgré des résultats records au 4e trimestre 2015. Le souci: des perspectives revues à la baisse pour les ventes d’iPhones, le produit vedette de la marque à la pomme.

Globalement, pour l’ensemble de la branche, les signaux négatifs se multiplient. Ils parviennent surtout à masquer tous les éléments positifs qui ont longtemps aveuglé les investisseurs. Prenez Yahoo: les dividendes versés par la généreuse Marissa Mayer ne suffisent plus à dissimuler l’incapacité de la patronne à remettre le groupe américain sur les rails.

GoPro sombre sur fonds de ventes en baisse et de la nécessité de casser ses marges face à une concurrence de plus en plus rude. Quant à Tesla, l’un des titres préférés des marchés au cours des trois dernières années, les investisseurs s’attendent désormais à ce que son patron, Elon Musk, annonce mercredi soir une révision à la baisse des ventes prévues pour son exercice 2016.

Les conséquences pour l’emploi
«Rationalisation et bon sens» semblent malgré tout avoir cédé la place à une panique générale. Si certains imaginent déjà un Nasdaq à 3800 points (contre environ 4200-4300 points actuellement) voire pire, personne n’ose se prononcer sur un retour du marché dans le vert.

Quant aux conséquences concrètes de cette correction boursière, elles restent encore difficiles à calculer. «Les capitaux vont se tarir et des centaines de milliers de personnes vont perdre leur emploi», estimait dans Le Temps Jialu Shan, chercheuse au centre de disruption digitale de l’IMD. Les premières mesures n’ont d’ailleurs pas tardé à tomber à l’exemple de GoPro qui vient d’annoncer le licenciement de 7% de ses effectifs, soit une centaine de personnes. La restructuration de Twitter a déjà coûté leur poste à plus de 300 salariés et rien ne laisse penser que l’hémorragie s’arrête là au vu des difficultés du réseau social. Quant à Yahoo, Marissa Mayer prévoit désormais de «rendre leur liberté» à quelque 1500 salariés (15% du personnel total).

(TDG)

(Créé: 09.02.2016, 21h15)

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«La bulle qui a explosé dans les années 2000 ne se répétera pas»

En décembre, Michael Wade, un professeur d’innovation et de stratégie à l’IMD prédisait dans un article la fin de plusieurs années de croissance pour les valeurs liées aux nouvelles technologies. Tous ne croient toutefois pas à l’explosion d’une nouvelle bulle, à l’exemple de son confrère de l’IMD, le professeur en économie Arturo Bris. Entretien

Aviez-vous prédit une telle chute en Bourse des valeurs technologiques?

J’étais persuadé depuis 2014 déjà qu’un effondrement des marchés allait survenir. L’éclatement d’une nouvelle bulle Internet ne figurait par contre pas parmi la liste de mes probabilités. Car, contrairement à la fin du siècle dernier où nous étions confrontés à des entreprises sans modèles économiques tangibles, les nouveaux acteurs du marché sont désormais très bien connectés aux autres branches de l’économie (pharma, construction, biens divers de consommation, etc.). Leur potentiel apparaît donc sans limites.

Assiste-t-on toutefois à l’explosion d’une nouvelle bulle technologique?

La bulle qui a explosé au début des années 2000 ne se répétera pas. Car aujourd’hui les Uber, Tesla et autres Google ne sont plus seulement des sociétés technologiques, mais des détaillants, des sociétés de services ou des vendeurs de produits de consommation.

Cette chute boursière apparaît du coup d’autant plus injustifiée?

La forte baisse de sociétés Internet va de pair avec celle de toutes les autres industries, des banques aux sociétés d’ingénierie. De plus, le marché ne s’intéresse plus seulement à la rentabilité des entreprises, mais à leur potentiel de croissance. Les entreprises ont besoin de se réinventer ou d’être acquises dans le but d’en générer et de satisfaire les investisseurs.

A quoi faut-il s’attendre pour les fameuses «licornes» de la Silicon Valley… Sont-elles menacées?

Nos craintes devraient plus se concentrer sur la Chine et la santé de ses entreprises que sur ces start-up surnommées «licornes». O.W.

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