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Survie

A l’abri des flammes, des coups de couteau et des tirs

Par Frédéric Vormus. Mis à jour le 30.09.2012

Depuis Meyrin, DuPont de Nemours équipe pompiers, policiers et militaires d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient.

1/21 Vêtements "indestructibles"
Genève, le 27 septembre, 147 rte du nant d'avril, Reportage au sein de l'entreprise Dupont de Nemours. La société genevoise fabrique des vêtements pour les pompiers, policiers et militaires d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient.
Pascal Frautschi

   

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Une boule de feu explose. Huit longues secondes. Les 1200 °C sont atteints. Une silhouette disparaît emportée par la violence des flammes qui l’enserrent. Dans le jargon, on appelle ça un flash over. Le cauchemar du pompier.

D’un coup, la dizaine de brûleurs s’interrompt. L’uniforme de combattant du feu qui habille un mannequin doté de 122 capteurs thermiques, le Thermo-Man, fume encore. Quelques flammèches continuent de brûloter, notamment sur les bandes fluorescentes de sécurité. Les sapeurs-pompiers présents dans l’assemblé reprennent leur souffle. La démonstration se poursuit au Centre technique européen de la multinationale américaine DuPont de Nemours, à Meyrin.

L’enfer à la demande

Dans un container d’aluminium bourré d’électronique, on fabrique l’enfer à la demande. Des ingénieurs y effectuent des tests de résistance au feu. Le matériau passé au crible est le Nomex, une fibre synthétique commercialisée par la firme américaine vers la fin des années 60. En raison de ses propriétés, notamment sa faible combustibilité, mais également sa capacité à protéger de la chaleur, il est l’un des matériaux les plus utilisés dans la confection de vêtements d’intervention des sapeurs-pompiers.

L’uniforme reste sur le Thermo-Man encore une minute après l’exposition à la boule de feu. Il s’agit d’analyser les brûlures consécutives au flash over mais aussi à la chaleur contenue dans la veste, qui se comporte alors comme une cocotte-minute. Les résultats tombent. Si le mannequin électronique avait été un corps, il aurait été brûlé sur 12% de sa surface. L’absence de casque et de gants ainsi que les 6 ans qu’affiche l’uniforme expliquent ces résultats en demi-teinte. La veste et le pantalon ont été donnés par les sapeurs-pompiers de la Ville de Lausanne. Leur capitaine Roland Valet s’explique sur le choix de cet équipement: «Il s’agit toujours d’un compromis entre la souplesse et la résistance. Ces vêtements ne servent pas uniquement à des interventions contre le feu. S’ils doivent nous protéger, on leur demande également de nous permettre de nous mouvoir facilement.»

DuPont de Nemours n’en vend pourtant pas. L’entreprise développe, entre autres activités, des fibres. Dans le cas du Nomex, le matériau est livré à des tisseurs qui ensuite fournissent les fabricants d’uniformes de pompier. Le segment protection et sécurité, en incluant la part de consultance, a rapporté 3,9 milliards de francs en 2011, soit près de 10% du chiffre d’affaires général du groupe. Sur les 700 employés de la multinationale à Genève, le site de Meyrin en compte 225, pour la plupart des scientifiques qui font de la recherche appliquée.

Des applications liées au kevlar, inventé par DuPont de Nemours en 1965, sont développées pour toute la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique. Cette fibre d’aramide est notamment utilisée dans la confection de gilets pare-balles, ce qui explique la présence d’un atelier de balistique dans les sous-sols du Centre technique européen. Les ingénieurs doivent répondre aux demandes de plus en plus spécifiques des forces de police ou armées.

Un pic à glace tordu

Un gilet pare-balles est très efficace pour retenir des projectiles d’armes à feu mais n’empêche pas les blessures par coups de couteau. Les chercheurs ont développé un enduit résineux qui puisse faire dévier l’arme blanche sans pour autant réduire les performances balistiques. Pour tester la résistance de ces nouveaux tissus de kevlar en condition, une longue colonne de plusieurs mètres de haut dotée d’une arme blanche a été construite. Lors de la démonstration, un pic à glace, tel que celui utilisé par Sharon Stone, s’est tordu contre le kevlar.

Plus impressionnant encore, l’essai d’armes à feu. Onze feuilles de kevlar sont disposées sur une structure de silicone représentant un abdomen humain. Un canon posé à une distance de 5 mètres crache une balle à plus de 440 mètres par seconde. Elle ne traverse que les deux premières feuilles de kevlar avant de s’écraser sur la troisième comme une fleur dans un herbier…

(TDG)

Créé: 30.09.2012, 21h59

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