Un duo de choc pour relancer la France

Forum de DavosManuel Valls et Emmanuel Macron veulent séduire les grands patrons. Mais ils pourraient se heurter à la vieille garde socialiste

Le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Economie, Manuel Macron.

Le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l’Economie, Manuel Macron. Image: FABRICE COFFRINI/AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Opération séduction. Le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a multiplié ce vendredi les rencontres et les interviews avec les grands médias anglo-saxons.

Grâce à la maîtrise de l’anglais, il a gagné des points au sein des milieux économiques, souvent goguenards quand ils évoquent la France. Reste à savoir si l’attitude offensive de l’homme politique et du premier ministre Manuel Valls aboutira à la relance de la seconde économie de la zone euro. Pendant de nombreuses années, les politiciens français, quand ils allaient à Davos, rasaient plutôt les murs. Se pavaner au milieu des «maîtres du monde»? Dans l’Hexagone, où on aime encore couper la tête des «rois», c’était très mal vu. Cette année, c’est la rupture.

C’est sans complexe que Manuel Valls s’est exprimé devant un parterre de grands patrons, et qu’Emmanuel Macron a expliqué pourquoi les milieux d’affaires sont bienvenus en France. Mais ce sera pour eux une tâche difficile. Les deux hommes politiques font face à l’hostilité frontale de la gauche dure, et aux chausse-trappes plus subtiles de la gauche au pouvoir.

Syndicats intouchables

Vendredi à Davos, le ministre de l’Economie a rompu plusieurs lances en direction d’une meilleure flexibilité du marché du travail (35 heures remises en cause du bout des lèvres, notamment). En revanche, il n’entend pas s’attaquer dans l’immédiat à d’autres règles sociales et syndicales rigides pesant sur les entreprises employant plus de 50 salariés.

Pense-t-il avoir le soutien politique nécessaire pour développer les réformes économiques qu’il souhaite? «Je suis à ce poste pour pousser et dynamiser les choses, non pour spéculer sur les soutiens politiques que je peux recevoir ou pas», a-t-il répondu.

Cette attitude plus décomplexée va-t-elle porter ses fruits? Décrit par les médias français comme un prodige, Emmanuel Macron – et Manuel Valls – parviendront-ils à sortir la France de l’ornière? Originaire d’Amiens, de ce nord de la France dont les terres, autrefois à gauche, sont désormais labourées par le Front national, Emmanuel Macron a fait ses classes à Paris, dans le très sélect Lycée Henri IV.

Il épouse ensuite le cursus classique de l’élite française, de l’ENA à l’Inspection des finances. Puis, il devient banquier d’affaires chez Rothschild & Cie. Son heure de gloire dans un monde parisien des affaires aussi dur que feutré, il la connaît en 2012 grâce à ses bonnes relations avec Peter Brabeck, patron de Nestlé.

Le groupe veveysan, conseillé par Rothschild, parvient ainsi à racheter, pour 11 milliards de francs, la division nutrition de Pfizer convoitée par Danone. Em manuel Macron souffle ainsi la politesse à son rival, Mathieu Pigasse, associé chez Lazard, banque d’affaires conseillant Danone.

Gauche décomplexée

En août 2014, à 37 ans, il est nommé ministre de l’Economie par Manuel Valls, avec l’adoubement de François Hollande.

Auteur d’un livre à paraître le 11 février, l’économiste Jean-Marc Daniel * est d’avis que Manuel Valls et Emmanuel Macron incarnent une gauche libérale, décomplexée par rapport à l’argent, ce «mur d’argent» longtemps dénoncé, et représenté par les fameuses «200 familles» qui, il y a cent ans, faisaient la pluie et le beau temps dans l’Hexagone.

«Ce qui a changé, c’est que cette gauche libérale qui accepte les règles de jeu de l’économie de marché dispose du soutien de l’opinion publique», relève l’économiste. Mais, poursuit-il, «Emmanuel Macron est muselé, et Manuel Valls enfermé par le président François Hollande dans un rôle de super ministre de l’Intérieur». Soit le rôle du méchant qui finit par user les politiciens les plus aguerris.

«Je me demande si le président Hollande ne les utilise pas pour mieux les poignarder.» Mais, pour l’heure, Emmanuel Macron et Manuel Valls mesurent avant tout l’effet de leur passage à Davos. Un passage qui n’est pas passé inaperçu auprès des 2500 participants.

* Jean-Marc Daniel «Valls, Macron. Les socialistes de l’excellence», Editions François Bourin. (TDG)

(Créé: 23.01.2016, 12h38)

Articles en relation

Davos: après l’effort, le réconfort

Chronique Plus...

La révolution digitale, une machine à tuer l’emploi

Forum de Davos Où trouver les postes de travail de demain, pour remplacer ceux qui vont disparaître dans le tourbillon du numérique? Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Herrmann en vacances
Plus...